‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 3 sur 99 · LE PORT DE MER · texte numérisé non relu

LE PORT DE MER

Le Havre. — Tancarville, 1817.

J'aime la mer, les flots, les barques, les cordages, La pénétrante odeur qu'exhalent les rivages, Le mouvement du port; cet attrayant tableau.

Si connu de mes yeux, me rit toujours nouveau. J'aime le grand vaisseau qu'aux bassins on apprête, Qui munit sa carène, et contre la tempête S'arme comme un guerrier partant pour un combat; La vergue avec lenteur montant le long du mât, Le cabestan qui crie et l'ancre qui se lève, La voile qu'on déploie et que le vent soulève, Le matelot qu'on voit sur les vergues marcher, Et sur le bleu du ciel dans l'air se détacher : Spectacles animés dont le port m'environne !

J'aime jusqu'à l'odeur du vaisseau qu'on goudronne. Le bruit sourd des marteaux, la chanson du marin Dont au lever du jour se charge l'air serein ; Et loin, comme immobile et perdu dans l'espace. Au bout de l'horizon le navire qui passe.

Tandis que nous dormions, il a marché la nuit,

Et le soleil levant le dore et le conduit.

D'où vient-il? Quel négoce enrichit son pilote?

Où va-t-il? sur son bord je m'embarque et je flotte.

Mon esprit, emporté d'un rêve aventureux,

Le suit, loin de la terre, et voit de nouiv^eaux cieux.

Vaste Océan! pays des voiles vagabondes!

Grand chemin qui sépare et réunit les mondes, Espace sans barrière et sans divisions.

Empire où vont sans rois toutes les nations.

Où le commerce étend ses libres industries !

Immense rendez-vous de- toutes les patries!

Là, sur chaque vaisseau, chaque peuple à la fois Porte avec lui la sienne, et son culte et ses lois. Gènes a trouvé Smyrne au fond de l'Atlantique, L'Inde sur son chemin voit passer l'Amérique ; Divers de pavillons, de langues et de mœurs, Londre et Paris, la Grèce et les îles ses sœurs, La Chine et l'Indoustan, que quelque port rassemble, Un jour par un beau temps se rencontrent ensemble , Puis, adieu ! Le vent souffle, et l'œil les a perdus.

Oh! que souvent vers vous mes regards sont tendus. Profonds et vastes flots! que souvent je désire Me sentir emporté par quelque beau navire!

Non pas que, citoyen du monde commerçant.

Des rives de la Seine aux pays du croissant, Ou des monts du Mexique aux empires du Gange, Je veuille aller tenter un profitable échange, Marchander à Bahrem les perles de ses eaux.

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