‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 111 sur 132 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Un grand progrès intellectuel !étall nécessaire pour que le progrès politique et social pût s'accomplir.

11 fallait du dévouement; la Révolution en avait bien trouvé! Napoléon aussi en avait trouvé. Combien, de la part de tous les peuples de l'Europe, n'en avait-il pas fallu pour entretenir de carnage humain vingt ans de guerre? Pour qu'un à deux millions d'hommes soient

restés sur les champs de bataille de l'Europe, dans ces vingt ans, il a fallu, certes, beaucoup- de dévouement : les passions meurtrières de notre espèce n'y eussent pas suffi. Le mal est-il donc plus aisé que le bien à produire , et ne trouve t-on de dévouement que pour une œuvre d'extermination !

Mais il aurait fallu s'entendre, dira- t-on encore; il aurait fallu que la France eût des principes, pour se réunir dans une pareille œuvre. Sans doute, il aurait fallu s'accorder, s'entendre, convenir dans certains principes. La France s'entendit au début de la Révolution; voilà pourquoi la Révolution se fit. Plus tard elle cessa de s'entendre; et alors vint l'anarchie. Napoléon parut : la France s'organisa sous lui pour la guerre, pour la conquête; c'est ainsi qu'elle gagna cent batailles, et qu'elle soumit pour un moment l'Europe. Il aurait donc fallu, pour la conquête pacifique dont je parle, des phénomènes analogues : qui en doute?

Mais c'est une religion, me dira-t-on enfin, qu'une pareille œuvre, ou du moins une pareille œuvre demande une religion. Eh! sans contredit. N'avons-nous pas, il y a long-temps déjà (1), donné la preuve que la Révolution Française est une religion en germe? Le problème économique n'est pas soluble sans le problème métaphysique. Il aurait donc été nécessaire qu'un nouveau progrès intellectuel se fît, qui vînt aider et fomenter le progrès politique. Les astrologues faisaient naître les grands hommes ou surgir les grands événements sous des conjonctions d'astres divers. Il faut des conjonctions semblables dans l'ordre moral. Mais combien n'a-t-il pas fallu de rencontres de cet ordre pour que Napoléon pût gagner ses batailles ! Outre l'élan et l'enthousiasme de la France, ne lui a-t-il pas fallu tous les progrès que venaient de faire certaines sciences? N'a-t-il pas vaincu parla supériorité intellectuelle des Français, qui leur permit de changer l'art militaire et d'inventer une stratégie nouvelle? De ce que les victoires pacifiques dont je parle demandaient des progrès considérables dans la connaissance humaine, on ne peut donc nullement conclure qu'il était absolument impossible de les remporter.

Page 1