CHAPITRE III
Le trai Messie, c'est l'esprit bomaio ; le vrai roMégisUleur do peuple, c'est le peuple lui-même.
Mais s'il en fut ainsi dans le Christianisme, à combien plus forte raison doit-il en être ainsi dans la religion ou la société qui succédera au Christianisme!
Grâce au Christianisme, légalité humaine est enfin devenue une nolion acquise et désormais ineffaçable. Comment pourrait-il donc s'élever un révélateur qui allât à rencontre de celte révélation aujourd'hui acquise !
Assurément ce serait un faux prophète que celui qui ne partirait pas du principe de l'égalité humaine.
Donc, loin que l'idée môme de ce révélateur détruise l'idée du législateur peuple, elle la confirme au contraire.
Car ce révélateur homme ne sera révélateur que parce qu'il servira à constituer et à faire régner sur la terre la liberté de tous, l'égalité de tous, la fraternité de tous.
Ce qui égare sur le révélateur ou sur les révélateurs dans l'avenir, c'est l'idée fausse qu'on se fait du révélateur dans le passé. Il est reste; en particulier sur Jésus un reflet de l'opinion des Juifs grossiers qui ne croyaient qu'à un messie ou roi temporel. On s'obstine à le considérer dans l'histoire de cette façon, comme un messie, c'est-à-dire comme un roi (un roi Dieu, il est vrai, ou un Dieu roi , mais un roi), au lieu de voir en lui ce qu'il fut, un émancipateur de l'Humanité. On le prend, comme les Juifs, quoique avec un autre point de vue qu'eux, par ce qu'il y a de plus humain, un nom, un renom, une gloire. Et, généralisant cette idée fausse qu'on se fait de lui, on constitue ainsi le type de révélateur, et on se persuade que c'est un homme que l'Humanité attend , que c'est un législateur homme qui la sauvera, tandis que c'est l'homme en général, la nature humaine, qui, par les efforts de tous et de quelques-uns en particulier, doit se perfectionner, se purifier, se transformer, et que le vrai roi-législateur qui doit venir, le vrai roilégislateur du peuple, c'est le peuple lui-même.
CHAPITll IV.
Noos sommes tons ao sein de U même lainière.
Le vrai sens de la révélation étant ainsi précisé, et l'idée même de révélation étant reconnue adéquate à l'idée d'explicitation de Yégalité humaine, toutes les autres questions que l'on se fait ou que l'on peut se
faire sur le révélateur ou sur les révélateurs nous semblent fort peu importantes.
Y aura-t-il un seul révélateur ou plusieurs? Il y en aura assurément plusieurs; mais qu'importe!
La vérité est au concours, et tous sont appelés à la découvrir. Il est bien vrai que tous ne la découvriront pas d'abord, qu'il n'y en aura d'abord qu'un certain nombre. On peut même soutenir que, parmi ce petit nombre d'hommes plus éclairés les uns que les autres, il y en a toujours un , à chaque instant de l'Humanité, plus éclairé que tous. Mais il n'est que plus éclairé, il n'est pas éclairé d'une autre manière. Fût-il même beaucoup plus éclairé que tous les autres, il aura été, en tout cas, secondé par les efforts des autres. U aura reçu de l'Humanité passée et de l'Humanité vivante la lumière qu'il aura lui-même développée. C'est le sort de tous les savants, de tous les artistes. C'est en ce sens seulement qu'il sera révélateur. Il sera révélateur par la grâce de Dieu sans doute, mais par l'aide et l'intervention de l'Humanité ; et s'il ne savait pas le reconnaître, il ne serait véritablement pas inspiré. C'est l'orgueil qui divise; l'amour unit tout. Il est temps que ce que l'on appelle grand homme s'absorbe dans l'Humanité. La vraie grandeur consiste à procurer la grandeur de tous, et non à se faire une grandeur à soi.