CHAPITRE II
Jésos émaacipaitur, et non roi.
Au temps où naquit le Christianisme, les Juifs aussi attendaient un messie, c'est-à-dire un roi, un roi temporel. Le révélateur vint, Jésus vint; et ce ne fut pas un messie, c'est-à-dire un roi, un roi temporel.
Les plus grossiers des Juifs, ne pouvant s'élever au-dessus de la hiérarchie exislan te ou' passée, se persuadaient que ce messie, ce roi tem-
liorel, sortirait de la race des rois, de la race de David. On a accommodé la légende de Jésus et sa généalogie à cette opinion. Mais cette généalogie môme prouve, par les incertitudes qu'elle laisse et les contradictions qu'elle renferme, qu'il n'était pas de la race d'où on croyait que le Messie devait sortir.
C'est ainsi qu'il y a de faibles intelligences aujourd'hui et une multitude d'âmes cupides qui s'imaginent qu'un descendant des Bourbons ou un descendant de Napoléon pourrait servir de législateur à la France.
D'un autre côté, Jé3us rencontra des disciples qui, frappés de sa sainteté et de la vérité de sa doctrine, s'imaginèrent qu'il était prédestiné à ce rôle du roi temporel qu'attendait le vulgaire. L'Évangile dit que Jésus ne se servit de leur enthousiasme que pour préparer lui-même sa mort, son divin sacrifice. Le mouvement sur Jérusalem eut lieu, et Jésus fut condamné. Quand il parut devant Pilale, il dit : Ma royauté n'est pas encore venue.
Il fallut ensuite trois cents ans pour que le législateur réel en vînt à reconnaître la philosophie du Christ.
Voici donc ce qui se passa pendant ces trois cents ans.
D'un côté, l'intelligence, l'équité, le droit : c'est Jésus, ce sont ses disciples, c'est S. Paul, ce sont tous les Pères de l'Église, tous les premiers Chrétiens.
De l'autre, le fait : c'est la hiérarchie ancienne qui continue.
Au troisième siècle, Jésus fut plus véritablement roi, quand le concile de Nicée s'ouvrit. Car Constantin, le roi de fait, fut obligé de reconnaître la parole du roi d'intelligence et d'équité.
Mais au concile de Nicée même, Jésus fut-il roi, roi temporel? Non; car le vrai roi , ce fut ce concile. Et qu'était-ce que ce concile, sinon la représentation du peuple?
Donc la mission même de Jésus ne consista pas à régner, mais à faire régner le vrai législateur, c'est-à-dire le peuple.
C'est à cela que servit , dans la mesure où. cela était alors possible, sa révélation.
En résumé, on attendait un messie, un législateur : ce messie ne fut pas un roi temporel; ce messie fut un inspirateur, un zélateur de vérité ; il émit la vérité ; la vérité qu'il émit fut le dogme de la fraternité, et par conséquent d'une plus grande liberté de chacun et d'une plus grande égalité; et le résultat fut de donner lieu à une représentation du peuple.
m TROIS DISCOURS.