‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 15 sur 132 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Distinction entre la révélation et les révélateurs.

Et de même enfin pour la question que l'on se fait sur l'assentiment que le révélateur rencontrera. Sa parole n'ayant d'autre sanction que la vérité, il est évident que l'obéissance à laquelle il a droit est l'assentiment, et non l'obéissance.

Sans doute le révélateur ne relève pas directement, dans son inspira-

lion, du peuple. Il ne relève directement, dans son inspiration, que de Dieu, source suprême de toute inspiration. Mais le peuple, à son tour, ne relève pas de lui. Car l'homme ne dira plus : Le maître Va dit. L'homme est émancipé de l'homme.

L'homme dira : La vérité dit, la science dit.

L'idolâtrie, et tous les vices et les maux qu'elle entraine, sont venus de ce que l'on n'a pas distingué entre la révélation et les révélateurs, et qu'on a attribué aui révélateurs une autorité autre que celle de la vérité. On a dit : Le maître a enseigné, au lieu de dire : La vérité enseigne. Ainsi la vérité même, la vérité des révélateurs, a tourné à l'erreur, à l'idolâtrie.

Nous croyons à la révélation, mais nous ne croyons pas aux messies, aux révélateurs, dans le sens faux et idolâtrique où l'on a pris jusqu'ici ces mots de messie et de révélateur.

Pour croire à la révélation, il nous suffit de cette seule réflexion : L'œil peut-il voir sans la lumière ?

Pour croire à des révélateurs, à des initiateurs, il nous suffit de même de cette simple réflexion : N'y a-t-il i>as des yeux plus perçants que d'autres?

Dieu, la divine lumière, Dieu qui est la Science et la Vérité, se communique à l'Humanité par mesure et graduellement, et c'est par des hommes que cette communication se fait. Il y a donc dans l'Humanité une révélation continue, et les initiateurs se succèdent.

Mais il ne s'agit plus d'obéissance, il s'agit de liberté. Il ne s'agit plus de grandeur des uns, de bassesse des autres; il s'agit de grandeur pour tous. Il ne s'agit plus d'adorer Dieu dans des créatures, il s'agit d'adorer Dieu en esprit et en vérité.

Quel est l'inspirateur? Dieu, révélé dans l'Humanité.

Donc, après Dieu, quel est l'inspirateur? L'Humanité, le peuple.

Et qu'est l'inspiré? Un homme, un frère, un égal.

Et quel est le juge de l'inspiration? L'Humanité, le peuple.

Et enfin qui réalise l'inspiration? L'Humanité, le peuple.

Rien donc n'est plus vrai que les idées et les sentiments exprimés dans ces belles paroles :

« Toute la destinée de l'avenir semble comprise dans cette pensée du » sage, que la voix publique répète chaque jour, cl qui circule autour » de nous comme une leçon vulgaire, que bien peu arrêtent au pds- » sage pour la laisser retentir dans la sérieuse profondeur de leur cs- » prit : La voix du peuple e$t la voix de Dieu. Dieu, en effet, en créant » les hommes égaux, a voulu les réunir dans des limites semblables à » celles qui embrassent les enfants d'une même famille. Tout en périt mettant à la variété de répandre sur leurs figures des nuances et des » dissemblances, il les a toutes comprises cependant entre les bornes

j» d'un lype infranchissable ; et il n'a pas voulu que la léle d'un homme, » quels que fussent son génie et sa force, jetée en contre-poids du pla- » teau qui contient l'Humanité tout entière, pût l'ébranler à elle seule, » le soulever, et le forcer à céder devant elle. Pour faire conuaître à » l'Humanité son ordre et sa volonté, il n'accepte pas entre lui et elle » des délégués intermédiaires. Déclarons donc résolument que ni la » sagesse ni l'amour du bien public ne donnent le droit de faire la loi b aux hommes, et que toute pensée philosophique, avant de revenir » épurée et digne de se répandre dans la réalité, doit passer par l'é- » preuve du sentiment universel, qui seul la sanctionne de son auto- » rilé, et, transformant son essence, d'humaine et d'imparfaite qu'elle » était, la rend toute sacrée et toute divine (1). »

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