CHAPITRE VII
L'état Mine I du monde comparé a son étal aacieu, tous le rapport de la révélation ei des rétélatears.
Pour détruire l'illusion de ceux qui rêvent l'apparition d'un Messie nous avons préféré à tout autre genre d'arguments des raisons internes, directes, et, comme dirait un philosophe allemand, subjectives, c'està-dire tirées de l'idée même de révélateur et de l'objet de la révélation. Mais les considérations que fournit l'état actuel du monde, comparé à son élat ancien, ne sont pas moins concluantes. Un pareil législateur, dans l'état actuel du genre humain, est absolument impossible.
Dans l'antiquité, il y avait lieu à de tels phénomènes. Ainsi on conçoit que Moïse, nourri de toute la science égyptienne, ait pu donnera un petit peuple abruti par l'esclavage, la misère, et l'ignorance, un code et une organisation complète. Cependant il serait infiniment plus vrai de dire que toutes les législations anciennes, et toutes les religions, ont toujours été l'œuvre d'un ou de plusieurs siècles et des efforts d une infinité d'hommes, une résultante en un mot de toutes les tendances de l'esprit humain arrivé à un certain point de son développement. Gela est vrai du Mosaïsme et du Christianisme , comme du Brahmanisme, du Bouddhisme, du Jupitérisme, etc. Mais l'antiquité, par l'effet de la division des peuples et des barrières qui séparaient spirituellement et matériellement les hommes, et par la difficulté d'une histoire circonstanciée et complète, arrivait toujours et devait nécessairement arriver à tout rapporter à des types. De même que la Grèce à créé les types de ses demi-dieux, et a attribué à un seul Hercule les travaux de tous ses Hercules, au seul Orphée les travaux et la
(1) De la Nécessité d'une Représentation spéciale pour les Prolétaires, par Jean Rey naud. — Voyei l'Appendice à la suite de cea Diacoura.
iOC TROIS DISCOURS.
tradition de tous les anciens hiérophantes, à Homère tous ses chants primitifs; ainsi, sans même parler de la part que l'Egypte a à réclamer dans la législation de Moïse, la plus simple critique démontre que les Juifs ont attribué à Moïse des ouvrages qui ne lui appartenaient pas; en sorte que rien ne prouve que Moïse, quelque grand qu'il ait été par lui-même, ne soit pas, à beaucoup d'égards, un type que la tradition et la politique ont élevé et grandi, comme les Romains ont fait pour Romulus et Numa, dont tout, jusqu'à leurs noms, parait aujourd'hui fabuleux et emblématique. Et de môme le Christianisme, sorti de l'Orient par l'Essénianisme, le Platonisme, le Pythagorisme, et par bien d'autres sources encore, et élaboré par tous les efforts réunis de l'intelligence pendant trois siècles, a cependant tout attribué, tout rapporté au type de Jésus, avec d'autant plus d'ardeur et de soumission que sa tendance théologique et la nature même de ses idées constitutives le conduisaient nécessairement au dogme d'un rédempteur.
Mais dans les temps modernes, et surtout depuis l'époque d'émancipatioade la pensée que l'on ajustement caractérisée par le fait de la substitution de la parole écrite à la parole parlée, il n'y a plus lieu à de tels phénomènes. De même qu'aujourd'hui en Euro|>e une invasion d'un peuple par un autre, et une occupation du sol à la manière des conquêtes anciennes, est impossible, parce que le sol tout entier est aujourd'hui occupé; de même il n'y a plus lieu à cette sorte de conquête de l'espèce tout entière par un seul homme, parce que le sol de l'esprit, si l'on peut parler ainsi, est occupé par une multitude d'hommes, et est, surtout depuis la découverte de l'imprimerie, à la disposition de tous. Le législateur antique pouvait avoir, ou paraître avoir, sur tous et à tous égards, une supériorité immense et en quelque sorte infinie : aujourd'hui la chose n'est plus possible; et ce mol est très profond qui dit, au contraire, que personne n'a plus d'esprit que tout le monde.
Le législateur, comme on l'entendait dans l'antiquité, est désormais remplacé par ce que l'on appelle abstraitement In presse, l'opinion publique, c'est-à-dire par les efforts et les travaux de tous ceux qui cultivent leur raison, et particulièrement de tous ceux qui sentent la charité dans leur cœur, et chez qui l'amour du progrès dans toutes les directions échauffe et féconde l'intelligence. Ces hommes se divisent en deux classes : ceux qui exposent les idées à l'état d'idées pures, et ceux qui les font passer dans la réalité et dans la loi. Les premiers sont les inspirateurs, les préparateurs, les devanciers; les seconds sont les metteurs en oeuvre, les exécutants. Les uns répondent à ce que dans l'antiquité religieuse on appelait les prophètes; les autres font plus particulièrement l'œuvre des législateurs et des conciles. Mais soit qu'on considère
la production de l'idée ou sa réalisation, le sentiment ou l'acte, l'inspiration ou le résultat, toujours est-il que l'on arrive à la multiplicité là où l'antiquité arrivait nécessairement à l'unité. Il n'y a pas un seul Messie, il y a simultanément plusieurs hommes qui réalisent partiellement, jamais complètement, ce type; et de plus il y a en même temps une multitude de penseurs et d'artistes qui se rapprochent de ce type par quelque côté, tout en en restant à une distance immense par le plus grand nomhre de faces. De même il n'y a pas, il ne peut plus y avoir un législateur unique, unManou, un Bouddha, un Orphée, un Moïse, un Mahomet, ni même un Solon, un Lycurgue, un Numa, ou un Dracon. Le législateur des temps modernes ne peut être que la re- présentation du peuple. Ainsi pour ne considérer que le Dix-Huitième Siècle et la Révolution, qui en fut la pratique, on a, d'un côté, Voltaire, Diderot, Jean- Jacques Rousseau, et avec eux une grande foule d'écrivains d'un rang inférieur; de l'autre, Mirabeau, Danton, Robespierre, l'Assemblée Constituante, et la Convention. Napoléon lui-même, pour qui comprend et sa grandeur et sa faiblesse, ne fut que le continuateur au-debors de l'œuvre de destruction commandée par le Dix- Huitième Siècle contre la féodalité, le continuateur de la défense soutenue par la Révolution Française contre la ligue européenne; et l'Empire, sorte de dictature qui ne pouvait durer qu'un moment, a vécu par égales portions d'idées philosophiques déjà passées en loi et d'idées réactionnaires empruntées à l'ancien régime (1).
Le gouvernement représentatif, dans notre foi profonde, n'est donc pas seulement un instrument de transition, comme l'ont prétendu des hommes qui croyaient s'être élevés à une grande hauteur de pensée alors qu'ils étaient dans le plagiat pur et simple du mode de formation des religions de l'antiquité suivant les préjugés historiques les plus vulgaires; le gouvernement représentatif est, au contraire, suivant nous, l'instrument permanent et nécessaire du progrès, et la forme perfectible mais indestructible de la société de l'avenir. Au reste, il faut être bien aveugle pour ne pas voir que cette forme a toujours existé à divers degrés dans le passé, et pour ne pas la retrouver, non seulement dans la constitution grecque ou romaine, mais dans toute la constitution du Christianisme. Comment le Christianisme s'est- il fondé et gouverné, si ce n'est par les conciles? et qu'était-ce, encore une fois, que les conciles, sinon la représentation du peuple chrétien? C'est bien ici qu'il faut dire : Ce qui a été sera. Tout le progrès à faire est de donner à la représentation nationale la grandeur, la science, et l'autorité des conciles. Mais n'anticipons pas sur ce que nous avons à dire; nous reviendrons plus loin sur cette idée.
(i) Vojr. VÉtude sur Napoléon dans l'Appendice à la suite de ces Discourt.