CHAPITRE III
A quelle condition, saivani Rousseau, la souveraineté du peaple oeni se réaliser.
Politiques, qui vous rattachez d'une façon plus ou moins rigide au grand principe de la souveraineté populaire, mais qui, au lieu d'appeler la science, ou pour mieux dire la religion , au secours de cette souveraineté, repoussez tout secours de la science religieuse nouvelle, je vous adjurais tout-à-1'beure au nom de la réalité, vous demandant si elle vit en effet cette souveraineté du peuple votre idole, et si elle est viable. Maintenant c'est par votre maître, c'est par notre maître à tous, que je vous adjure de me répondre; c'est par Rousseau.
Qui a écrit les pages que je viens de citer? C'est le révélateur même du dogme de la souveraineté du peuple, c'est l'initiateur à la seule législation que connaîtra l'avenir, c'est Rousseau.
Et où a-t-il écrit ces choses? Au beau milieu du livre où il enseigne ce dogme de la souveraineté du peuple.
• Donc, vous ne pouvez le nier, c'est Rousseau lui-même qui réclame une science ou plutôt une religion, pour faire passer du néant à l'existence le principe de la souveraineté du peuple. Il dit précisément, mais plus étoquemment, ce que nous disions tout-à-l'heure : a La souveraineté du peuple existera, le peuple sera en effet le vrai souverain, le souverain légitime, quand la science humaine aura donné à cette souveraineté le souffle de l'existence. Jusque là ce n'est qu'un projet. »
Donc, au nom de Rousseau, comme en vertu de la réalité, nous avons raison de vous dire : Cette souveraineté du peuple, dont vous parlez, n'est et ne sera qu'un vain mot tant que la science qui doit la rendre praticable ne sera pas faite. Cette souveraineté du peuple, dont vous vous armez pour éliminer la religion, |*>ur mettre le scellé et Finterdit sur la religion, a au contraire besoin, pour pouvoir exister, que la religion soit traitée, discutée, résolue. En un mot, cette souveneté du peuple, dont Vous faites toute la politique, ne peut se passer de la religion) car, suivant Rousseau, le peuple souverain n'est pas le législateur, et ne peut même pas l'être. Le peuple souverain n'est, suivant Rousseau, que f ouvrier qui monte et fait marcher la machine. Mais il a fallu un mécanicien qui inventât la machine; et c'est cet inventeur, cet initiateur, ce révélateur que Rousseau appelle le législateur.