‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 26 sur 132 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Rousseau na lailque prophétiser la religion de l'avenir.

Oui , voilà la vérité sur la question de la souveraineté ou du législateur; et, l'âme émue de cette vérité, plutôt que vain de l'avoir décou-

verte et formulée comme je viens de le faire (car c'est Rousseau luimême qui m'a suggéré cette vérité, et m'en a fourni les prémisses), j'ose dire que, par cette vérité, nous faisons un pas immense en avant du Contrat Social de Rousseau, tel qu'on l'a compris jusqu'ici.

La souveraineté du peuple, telle qu'on a cru la voir dans le Contrat Social, est une erreur et une impossibilité ; et nous devons hautement le reconnaître, si nous voulons que cette souveraineté du peuple sorte un jour de la région des chimères.

Quoi ! sans la religion, sans la science, le peuple serait supposé le souverain légitime de chaque citoyen! Assemblez donc ce peuple, et voyez si vous voulez le reconnaître pour souverain de votre conscience et maître légitime de tous vos actes.

Est-ce là, encore une fois, ce que Rousseau a voulu dire? A-t-il dit ou voulu dire que, par le simple fait de la substitution de la démocratie à tout autre système, le vrai souverain était trouvé? Non, mille fois non ; jamais absurdité pareille n'a pu entrer dans sa pensée. Qu'a-t-il donc voulu dire?

Il a prophétisé la démocratie. Mais la démocratie, c'est la religion ; car la démocratie ne peut s'organiser sans la religion. Donc il a prophétisé la religion.

En sorte que l'on peut ainsi formuler l'œuvre de Rousseau : il a prophétisé la religion de l'avenir.

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