‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 51 sur 132 · chapitre m · texte numérisé non relu

chapitre m

U pouvoir est box depuis cinquante ans.

Nous flottons depuis un demi-siècle entre l'imitation de l'ancien Gouvernement Français et l'imitation du Gouvernement Anglais.

Je laisse de côté nos imitations éphémères des gouvernements de la Grèce et de Rome.

Je passe également sous silence l'imitation de César et de Charlemagne par Napoléon.

Nous avons voulu copier des institutions qui avaient leur principe et leur raison d'existence où et quand elles existaient, mais qui chez nous, au temps actuel, n'ont plus leur principe et leur raison d'existence. Nous avons fait principalement de la fausse Monarchie Française, de la fausse Monarchie Anglaise.

Le pouvoir, depuis cinquante ans, me paraît donc tout aussi faux que ce monastère de Haute-Combe. J'avais là sous les yeux un vain simulacre de la vie monastique. Nous avons sous les yeux un vain simulacre de la vie politique. On avait ramassé, par l'appât de la cupidité et de la fainéantise, quelques hommes ignorants, grossiers, sans piété, sans croyances, sans moralité, et on leur avait dit : Prenez ce costume, vous êtes moines. On a rassemblé de même» par l'appât de la cupidité, et par tous les mobiles, nobles ou ignobles, que fournissent les passions, un certain nombre d'hommes sans croyances et sans vertus politiques, et on leur a dit : Prenez ce costume, vous êtes des gouvernants.

Mais suivant quel principe gouvernerons-nous? pouvaient-ils demander à la société qui les instituait pour ses chefs. Montesquieu a dit que Yhonneur, ou l'ambition, est le principe des monarchies tempérées; la vertu, ou l'amour de l'égalité, le principe des républiques ; la crainte, le principe des États despotiques. Sommes-nous dans une monarchie, dans une république, ou vivons-nous sous un despote? Vous nous chargez de faire ou d'exécuter des lois. Mais donnez-nous d'abord un critérium, une règle, une boussole. Dans les divers États, dit encore

Montesquieu, les lois doivent être relatives à la nature de ces États, c'est-à-dire à ce qui les constitue monarchie, république, ou despotisme, et à leur principe, c'est-à-dire à ce qui les soutient et les fait agir, ce que Montesquieu appelle l'honneur, la vertu, la crainte. Quel principe nous soutient et doit nous faire agir? Quelle est la vraie nature de notre gouvernement? Voilà ce que nos gouvernants eux-mêmes se demandent et nous demandent depuis cinquante ans.

Hélasl peut-on leur répondre, nous flottons principalement entre l'imitation de l'ancien Gouvernement Français et l'imitation du Gouvernement Anglais.

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