chapitre v
Quel est le Gouvernement qui convient aojounTnuO ta France?
Qu'on ne s'y trompe pas, c'est l'excuse des hommes que j'ai l'inten-
(1) Aux irails sous lesquels nous dépeignons, dans ce chapitre, ceux qui, de l'anarchie actuelle, concluent l'abolition de tout Gouvernement, de tout Pouvoir Social, on croira pout-être reconnaître le système de Yan—archie et le système administratif, qui ont fait quelque bruit depuis deux ans, et dont l'un anéanUt l'idée même de l'État, tandis que l'autre remplace cette idée par un pur mécanisme sans moralité et sans intelligence. Mais ces théories étaient alors (1848) inconnues, ou ue faisaieul que poindre. Il s'agissait plutôt d'une troisième forme de ta même erreur, le système dit Américain, qui faisait de l'État une sorte de réduction de la société et la représentation pure et simple des intérêts particuliers, légitimant ainsi, au nom du fait, toutes les déviaUons possibles. (1860.)
tion de présenter, en faisant la critique des institutions. Hélas! la critique des hommes est trop facile à faire au milieu de l'incroyable désordre de la société et du pouvoir. Vains jouets de leurs passions et afTublés d une autorité qu'ils ne conçoivent pas eux-mêmes, les hommes se rendent aisément coupables de délits et de crimes. Sans doute ils sont responsables; et si ce pouvoir qui leur est échu leur est si fatal, c'est apparemment qu'ils ont mérité d'en être investis. Mais aux yeux de la froide raison, ce sont les institutions qui sont la cause première de leurs fautes ; et, en dernière analyse, c'est l'ignorance humaine qu'il faut accuser.
Je m'élève donc au-dessus de tout ce triste spectacle que nous avons sous les yeux. J'arrache de mon cœur toute acrimonie contre les hommes; et m'avançant vers l'autel de la Patrie, je demande au génie de la France de m'éclairer, et je pose celte question solennelle : Quel est le Gouvernement qui convient aujourd'hui à la France?
Je dirai d'abord quels sont les gouvernements qui ne lui conviennent pas; et je m'efforcerai de pénétrer ainsi jusqu'au fond de nos douleurs et de nos discordes civiles.
J'espère qu'on ne m'arrêtera point, dès le premier mot, en me disant : a Nous avons un gouvernement, nous avons une constitution. »
Nous avons une constitution, j'en conviens. Je n'examine pas sa source. Je ne m'enquiers pas comment, après la constitution de 89, vint la constitution de 93, celle de» l'an III, celle de l'an VIII, celle de 4804, ni comment se révéla à Louis XVIII la Charte de 18U, ni comment sortit des barricades la Charte de 1830. J'admets que nous avons uue constitution ; mais je cherche à me rendre compte de cette constitution. Je me demande comment, ayant une constitution, nous avons tant de partis ; comment , depuis cinquante ans, nous avons, en première ligne, trois grands partis, les Royalistes, les Girondins, et les Républicains, et, dans chacun de ces partis, une multitude de partis; et, comment encore, en dehors de tous ces partis, surgissent aujourd'hui tant de sectes diverses qui cherchent, dans des théories excentriques à la poUtique, la réalisation de leurs désirs, de leurs idées, de leurs besoins.
Ceux d'ailleurs qui me couperaient la parole avec cet argument brutal : « Nous avons une constitution, » auraient peut-être tort dans l'intérêt de leur foi politique. Car peut-être découvrirai-je la raison d'être de cette constitution, ce qu'elle renferme de vérité, et pourquoi elle subsiste sous une forme ou sous une autre , malgré tant d'assauts renouvelés sans cesse contre elle.
Montesquieu, ou le législateur actuel de la Frauee.