‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 61 sur 132 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

En quoi cette Parabole est vraie.

Certes, nous ne prétendons pas qu'il y ait dans cet écrit de Saint- Simon une véritable conception du Pouvoir et du Gouvernement qui convient à la France du Dix-Neuvième Siècle. Loin de là, nous n'y trouvons pas même, à l'état de pureté incorruptible, le germe d'une telle conception. Saint-Simon lui-même le sentit plus tard; et son dernier écrit, le Nouveau Christianisme, bien qu'il ne soit encore qu'une critique, est d'une plus haute inspiration. Dans la Parabole, il se montre plus occupé des gouvernants que de l'idée même d'un Gouvernement. Il semble qu'il veuille uniquement remplacer les anciens gouvernants par les trois mille premiers savants, artistes et artisans de France. Mais au nom de quel principe, d'abord, prétend-il faire ce changement? Est-ce parce qu'ils sont les plus intelligents ou les plus riches? C'est encore l'aristocratie, et de plus une aristocratie grossière, parce qu'elle est sans morale et sans religion. La sensation et l'intelligence, en d'autres termes la richesse et la capacité, pourraient bien, sans autre principe, ne produire que d'absurdes guides pour la société, ou d'ignobles tyrans. Ensuite, d'après quelle conception du Pouvoir ou du Gouvernement Saint-Simon prétend-il faire ce changement? Arrêté par la mort, il n'a réellement produit aucune conception solide de ce genre. Et la preuve, c'est ce qui est advenu de son école. Il a seulement posé admirablement la question; et c'est à ce titre qu'il nous a paru utile de citer ici cet Apologue de notre maître, et de le mêler à nos raisonnements, pour leur donner plus de force et de clarté.

Oui, dans cette Parabole, Saint-Simon fait véritablement sentir le vide et la nullité de cette prétendue Restauration de l'ancien Gouvernement Français. On ne pouvait mieux faire comprendre à ces faux gouvernants pourquoi , tout en se prélassant et singeant leurs ancêtres, ils n'étaient que de faux gouvernants. Saint-Simon leur prouve qu'ils sont des Créions dans la ruche sociale, parce que, n'étant ni les plus

savants, ni les plus laborieux, ni les plus aimants, ils remplissent pourtant le rôle des meilleurs et des plus capables. Il n'aurait pas pu dire cela autrefois à la grande coalition du roi, des nobles, et des prêtres, coalition qu'on appelait l'État. Les prêtres lui auraient dit : Nous sommes les plus savants et les plus aimants au point de vue général; car nous sommes la religion, qui est la science et la charité divinement unies. Les nobles lui auraient dit : Nous sommes les plus utiles et les plus dévoués; car nous sommes des producteurs de paix; nous défendons les artisans, les artistes, les prêtres, la nation tout entière. Et le roi lui aurait dit : Je suis l'unité et l'ordre incarné de tous ces éléments divers qui composent la nation ; je suis l'État. Saint-Simon n'aurait rien eu à répliquer. Mais maintenant il a évidemment raison, quand il oppose à l'ancienne monarchie nobiliaire et catholique les trois mille premiers savants, artistes, et artisans de France. Il a évidemment raison, quand il affirme que, au point actuel, ces trois mille premiers savants, artistes, et artisans de France, comparés à ce qui reste de superfétation monarchique, nobiliaire, ou cléricale, sont a les » Français les plus essentiellement producteurs, ceux qui donnent les s produits les plus importants, ceux qui dirigent les travaux les plus » utiles à la nation, et qui la rendent productive dans les sciences, » dans les beaux-arts, et dans les arts et métiers; qu'ils sont ainsi la » fleur de la société française; qu'ils sont de tous les Français les plus d utiles à leur pays, ceux qui lui procurent le plus de gloire, qui hâ- » tent le plus sa civilisation ainsi que sa prospérité; et enfin que la na- » tion deviendrait un corps sans âme à l'instant où elle les perdrait, • tandis que politiquement elle ne perdrait pas grand'chose si elle perdait en masse tous ses gouvernants, lesquels, comme dit Saint-Simon, seraient aisément remplacés.

«le la Constitution Anglalae a la démontre que l'opinion de la Hceto C> i rondin c le Pouvoir on le Gouvernement est

Page 1