‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 62 sur 132 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

C'est l'Invasion et Waterloo qui nous ont donné la Monarchie Anglaise. On a reproché souvent aux Bourbons et aux émigrés d'être revenus à la suite et dans les bagages de l'ennemi. Elle aussi, cette

m TROIS DISCOURS.

Constitution, elle est entrée en France dans les fourgons de l'étranger.

La France, depuis Charlemagne, avait l'initiative du gouvernement |K)li tique en Europe. Elle a perdu , à la chute de Napoléon , cette initiative.

Pour gage de sa défaite, on lui ordonna d'implanter dans son sang et de recevoir dans tout son être un germe de vie qui ne lui convenait pas. On lui dit : Tu es vaincue, tu seras gouvernée comme l'Angleterre.

Ainsi la nation qui, depuis Charlemagne, était la première dans le monde, revêtit tout-à-coup le gouvernement d'un peuple qui avait toujours jusque-là compté moins qu'elle dans l'univers, et marché après elle.

Louis XVIII a écrit au Peuple Anglais qu'il reconnaissait lui devoir sa couronne. Il est vrai qu'il ajoutait après Dieu; mais on sait que ce prince était athée. C'est aussi aux Anglais que nous devons la Charte.

Louis XVIII ne fut que le scribe qui rédigea l'arrêt du destin. Honte aux rhéteurs qui, sous son règne, se sont prosternés devant sa haute sagesse! Il fut sage comme le greffier qui rédige la sentence d'un condamné, ou comme le bourreau qui l'exécute. Honte, dis-je, à ces rhéteurs qui, sous les insignes de l'éloquence, de l'art, ou de la philosophie, ont humilié aux pieds de ce prince la France et le Dix-Huitième Siècle, en présentant cette Charte octroyée par V Angleterre comme l'arche d'alliance qu'avait vainement cherchée la Révolution Française, et le dernier terme de la perfectibilité en matière de gouvernement! Au surplus, ces rhéteurs eux-mêmes savaient bien de quoi la Charte était le fruit; et le plus nardi, j'allais dire le plus effronté de tous, osa un jour, devant la jeunesse française, consacrer dans un même éloge la Charte et Waterloo.

Je ne fais pas de l'histoire. Je n'ai donc pas à examiner si la tentative d'appliquer la Constitution Anglaise à la France a été nécessaire. Je veux seulement démontrer que cette application est impossible. Aussi n'a-t-elle pu se faire, et n'avons-nous eu depuis 4815 qu'une imitation défectueuse de la Constitution des Anglais. De là nos discordes depuis cette époque, et la perpétuation sans résultat des trois grandes Sectes politiques qui nous divisent depuis cinquante ans, les Royalistes, les Girondins ou Doctrinaires, et les Républicains.

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