‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 71 sur 132 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La science politique est encore dans l'enfance.

Véritablement la science politique est encore dans l'enfance. Nos luttes ténéhreuses et notre anarchie profonde d'aujourd'hui, comme

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dos révolutions depuis cinquante ans, le prouvent, au surplus» de ta façon la plus évidente.

Il n'y a fias cinquante ans que la machine à vapeur est inventée; mais, dès te Jour de son invention, tous les mécaniciens se sont accordés, sur les pièces qui composent cette machine, sur leur rôle, sur leur proportion; ils ne diffèrent même pas sur les perfectionnements à découvrir. C'est que la mécanique est une science, et que Fart du constructeur de machines est fondé sur cette science. Mais il n'en est pas de même pour la machine sociale. Pas de principe, pas de science qui serve de guide et de règle aux constructeurs de machines politiques, et à tous ceux qui s'érigent au sein de la société en tuteurs de cette société, sous les noms divers de rois ou <f empereurs, de princes, de ministres, de sénateurs, de représentants de la nation nommés par elle, et enfin de journalistes ne relevant que de leur pensée.

Cette nombreuse cohorte de mécaniciens politiques se divise à finfini : tôt capita, tôt sens tu. La plupart, il est vrai, au lieu d'idées, n'ont pour se diriger que leurs passions et leurs intérêts privés; mais les plus théoriciens même et les plus désintéressés manquent d'un principe. Vainement donc le soin des destinées sociales leur est confié: ils sont, comme dit Homère, les pasteurs du peuplé; mais, suivant le mot de l'Évangile, ce sont des aveugles qui conduisent d'autres aveugles.

J'appelle science politique une science véritable, fondée sur la nature des choses, c'est-à-dire sur la nature de l'homme. Cette science n'existe pas. Son principe n'existe pas, ou du moins n'est pas encore claifement révélé aux intelligences.

Si cette science existait,, si son principe fondamental était connu, nos gouvernants et nos publicistes ne travailleraient pas. empiriquement comme ils font depuis cinquante ans; ils invoqueraient celte science, ils s'accorderaient sur ce principe.

Nous avons eu depuis ces cinquante ans sept Constitutions principales, sans compter un million de lois de détail. Pourquoi toutes ces Constitutions sont-elles à l'antipode des unes des autres, sinon parce que la politique ne reconnaît pas encore un principe?

Nous avons eu depuis ces cinquante ans et nous avons encore la lutte incessante des factions. Pourquoi cette lutte, sinon parce qu'il n'existe aucun critérium de certitude dans l'art de la politique?

La politique est l'organisation des dhrers pouvoirs généraux de la société : c'est donc un art, et cet art doit relever de quelque principe certain. Mais il faut bien, je le répète, que ce principe n'ait pas encore été clairement révélé, puisque tous nos législateurs et tous nos écrivains politiques en sont encore au tâtonnement et à l'eaipicisme,

Ils ne s'accordent qu'au point de départ et sur l'énoncé du problème ; tous reconnaissent que la science ou l'art politique a pour objet de déterminer quels sont les pouvoirs généraux nécessaires à l'existence d'une société, et comment ces pouvoirs doivent être organisés pour remplir le mieux possible les fonctions qui leur sont inhérentes.

Voilà, en effet, le problème : mais où est sa solution? Est-elle dans la Constitution de 91, ou dans celle de 93, ou dans celle de l'an m, ou dans celle de l'an VIII, ou dans les Constitutions de l'Empire, ou dans les élucubrations de Sieyès, ou dans la Charte anglaise de Louis XVIII, on dans la nouvelle édition très peu corrigée donnée de cette Charte en 4830? L'opposition radicale de toutes ces Constitutions entre elles, et la lutte de tous les partis qui s'y rattachent, prouvent non seulement que le problème n'est pas résolu, mais que le principe nécessaire pour le résoudre n'est pas connu.

Il faut donc en convenir, quelque étrange que cette idée paraisse an premier abord, tous les artistes en législation, tous les constructeurs de machines politiques, et avec eux tous les publicistes, tous les écrivains politiques, tous les journalistes qui depuis la Révolution ont parlé, écrit, légiféré sur la politique, ont parlé, écrit, légiféré, sans avoir un principe, un axiome fondamental dans cet art de la politique.

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