‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 17 sur 88 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Trois systèmes incomplets sar cette question de la sonvenineté.

Ainsi donc, en résumé sur cette question : Où réside la souveraineté ? trois voix s'élèvent, qui proclament à la fois la vérité et l'erreur.

La première voix dit : « La souveraineté est dans le peuple; le vrai législateur, c'est tous : » SociALism (i).

La seconde voix dit : « Là souveraineté est dans la raison; le vrai législateur, c'est chacup : p IifDivmuAusiiB.

La troisième voix dit : « La souveraineté est en Dieu; le vrai législateur, c'est quelqu'un ou quelques-uns; ce n'est pas tous, ce n'est pas chacun : p Révélation.

(1) Ce mot, pris dans ce sens, demanderait une explication. On la trouvera dans V Appendice k la suite de ces Discours. Voyes le morceau intitulé : De Vlndmdwxlisme et du Socialisme. (1850.)

IfC TROUS OISCOUES.

Et obacMO de oee trais prwcipest je le répèie, conlieiii me T^nté Retraite par me erreur*

Et cbacunl de oe$ troîa princspes peut, en coofléquence» servir à tottre en rwie les deui autres : aucunae peut résister à cette double attaque.

La soaferaiiietéestenIMeu;inaiselleestdans chacun et dans tous.

La sottveraioetéest en chacun; mais elle est dans Dieu et dans tous.

Lasouverainetéesteotous; mais eUe est dans chacun et dans Dieu.

Le vrai légialatenr, dites-vous» c'est la science, c'est la vérité, c'est Dieu. Oui, certes; mais si Dieu se oianifeste dans quelqu'un ou dans quelques-uns, il se manifeste aussi dans chacun et dans tous. Vous me comiDandez au oom de la raison; c'est apparemment que vous me reconnalasez susceptible de raison. Vous alléguez le Verbe divin; mais c'est lainmiàre qm éelair$ totU homme v^mant aumoïKb (4). J'en suis donc participant au même titre que vous, et chacun en est particîpaat Donc, au 0om mèine de la raison, le vrai législateur, c'est chacun, et par conséquent c'est tous.

Voilà la Révélation renversée. Mais réciproquement que la raison individuelle s'élève et veuille trôner sur les ruines de toute croyance et de toute société , nous la ferons aisément déguerpir de ce trône. Vous allégaes votre raison pour usurper la souveraineté. J'alléguerai la mienne, et chacun alléguera la sienne. Donc il y aura autant de souverains que d'individus. Donc plus de société; car comment tous ces souverains, sans lègle commune, pourriuentriis s'accorder? L'un trouvera mauvais ce que l'autre trouvera bon. Donc la force seute pourra décider. Donc plus de souveraineté. Donc le principe est abeufde. Mais il est absurde par un autre côté; car puisque vous alléguez votre raison, c'est donc que vous alléguez la raison, la raison en général. Vous ne pouvez vous dire raisonijable sans reconnaître la raison. Moi aussi j'allègue la raison, et chacun allègue la raison. Donc, si nous sommes cent qui voyions la raison d'une manière, et que vous soyez seul à voir la raison d'une autre manière, il est inévitable que la raison nous commandera d'organiser l'association humaine autrement que vous ne la voudriez. Donc, au nom même du principe de la raison que vous invoquez, la souveraineté n'est pas dans ehacun, et le vrai lé^* lateur, c'est tous ou la majorité. C'est ainsi que le Socialisme, au nom même de la raison individuelle, renversera du premier coup son adversaire, et courbera la raison individuelle devant la raison coUeotive. Mais la Révélation, à son tour, ne se fera pas faute; car aux partisans de la souveraineté de la raison elle dira : a Votre raison vient de Dieu; donc vous êtes radicalement déraisonnables si vous ne la soumettez pas

(1) s. Jean, ch. I.

AUX poLiri^uEs. m

à Diea. Or doyea-vous que Dieii n'ait pas pu investir 4'aiitr^ hamii^es de plus de raison que tous? j> Ainsi Toilà les révélateurs qui, au nom de la raison, ébranlent la foi que la raison individueUe peut avoir en elle-même^ et finissent par la faire tomber à genoux devant leur système et devant leurs idoles.

Enfin y que le principe nu de la Souveraineté du Peuple se dresse comme xax fantôme, nous lui dirons : a Si tu prétends être par toimême, et n'avoir pas d'autre cause et d'autre sanction que toi-même, nous te déclarons faux, absurde, et chimérique. Que le souverain soit toui, je le veux bien; mais a condition que ioui s'entendent et s'accordent. Or s'ils s'entendent et s'aocordent, ils obéiront donc à une raison qui apparaîtra à tous. Donc, en ce cas, le vrai souverain, c'est cette raison, ce n'est pas ceux qui lui obéissent. Et s'ils ne s'accordent pas, le vrai souverain, c'est chacun; car d'où imi tireraient-ils la souveraineté, sinon de chacun, par délégation, par contrat? Donc chacun peut le rompre, ce contrat. Au-dessus de chacun, au-dessus de tous, il tant donc une raison supérieure qui les éclaire et les relie. Dans ce cas seulement, tous 9oni constitués au-dessus de chacun; mais alors mêine cela n'a lieu que parce que chacun le veut et y consent. Donc encore chacun est au-dessus de tous. Donc la souveraineté ne réside dans tous, ou dans le peuple, que par délégation de chacun, comme l'a dit Rousseau; et la souveraineté né peut résider ainsi dans tous par chacun , que parce qu'une raison supérieure , ce que Rousseau appelle le législateur, et qu'il fait descendre du Ciel, cimente l'union de tous et de chacun, et, éclairant la terre d'une lumière divine, permet cet accord de la raison individuelle et de la raison collective. »

Donc, nous élevant au-dessus de ces trois formules incomplètes et fausses, qui ont chacune un de vérité pour deux d'erreur, nous écrirons la vérité entière, complète, et sans mélange d'erreur, dans cette formule trinaire, qui comprend et rectifie les trois autres formules données jusqu'ici :

Le vrai législateur, c'est chacun par tous au moyen de la icience et de l'amour.

Ou réciproquement, le vrai législateur, c'est toueforchacun au moyen de la icience et de l'amour.

Ou réciproquement encore, le vrai législateur, c'est la science et l'a^ mour par chacun et par tous.

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