‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 20 sur 88 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Saite.

11 y a des gens qui, ne comprenant pas la Révolution, dont pourtant ils parlent sans cesse, s'imaginent que la tentative des Jacobins pour fonder une religion nouvelle ne tenait pas aux entrailles même de cette Révolution. Selon eux, cette tentative n'aurait été qu'une sorte de horsd'œuvre, une efflorescence inutile. Mais alors à quoi s'arrêtent-ils, et que trouvent-ils de solide dans la Révolution? Si la tentative de fonder une morale, une religion, un culte, ne fut qu'une efflorescence, une superfluité, comment s'expliquent-ils que c'ait été le siget avoué du drame qui commença au 34 mai et unit au 9 thermidor? La Révolution tout entière est donc aussi une superfluité !

Robespierre, lui, jusqu'à son dernier moment, n'en jugea pas ainsi. Loin que ce culte qu'il avait voulu établir lui parût une superfluité.

c'était pour lui, comme il le disait, toute une révolution, c'est-à-dire pour qui comprend sa pensée, toute la Révolution, a Grâces immortelles vous » soient rendues, s'écriait-il en son dernier discours à la Convention ; » vous avez sauvé la patrie 3 votre décret du 18 floréal est lui seul une » révolution. Vous avez frappé du même coup Faihéisme et le despo- 0 tisme sacerdotal; vous avez avancé d'un demi-siècle l'heure fatale des 0 tyrans; vous avez rattaché à la cause de la Révolution tous les cœurs » purs et généreux; vous l'avez montrée au monde dans tout Tédat de » sa beauté céleste. 0 jour à jamais fortuné, où le Peuple Français tout » entier se leva pour rendre à l'Auteur de la Nature le seul hommage » digne de lui ! Quel touchant assemblage de tous les objets qui peuvent » enchanter les regards et le cœur des hommes! 0 vieillesse honorée! 0 ô généreuse ardeur des enfants de la patrie! ô joie naïve et pure des B jeunes citoyens ! ô larmes délicieuses des mères attendries I ô charme » divin de l'innocence et de la beauté! ô majesté d'un grand peuple 0 heureux par le seul sentiment de sa force, de sa gloire, et de sa 0 vertu ! Être des êtres, le jour où l'univers sortit de tes mains toutes- » puissantes brilla-t-il d'une lumière plus agréable à tes yeux que ce » jour où, brisant le joug du crime et de l'erreur, il parut devant toi B digne de tes regards et de ses destinées (!]? »

C'est à cette nécessité de conduire la Révolution à son terme, et d'instituer une religion pour instituer la démocratie^ qu'il attribuait et sa victoire sur ses rivaux et les dangers présents qui l'entouraient : « Il B est bien remarquable, s'écriait-il, que votre décret du 18 floréal, qui B raffermit les bases ébranlées de la morale publique, fut le signal d'un B accès de fureur des ennemis de la République... Ce jour avait laissé B sur la France une impression profonde de calme, de bonheur, de B sagesse, et de bonté. A la vue de cette réunion sublime du premier » peuple du monde, qui aurait cru que le crime existait encore sur la B terre? Mais quand le peuple, en présence duquel tous les vices privés B disparaissent, est rentré dans ses foyers domestiques, les intrigants B reparaissent et le rôle des charlatans recommence. C'est depuis B cette époque qu'on les a vus s'agiter avec une nouvelle audace. Croi- » rait-on qu'au sein de l'allégresse publique des hommes aient répondu B par des signes de fureur aux touchantes acclamations du peuple? B Croira-t-on que le président de la Convention Nationale, parlant au B peuple assemblé, fut insulté par eux, et que ces hommes étaient des 9 représentants du peuple? Ce seul trait explique tout ce qui s'est passé B depuis (%). B

Oui, ce trait seul explique la chute de Robespierre. Car ce pontife

(1) Sétnce de la GonYention, 8 thermidor, (i) U>id.

de la fête de l'Être Suprême qu'on insulte, ce président de la Gonven* tion que des membres de la Convention persiflent et outragent à l'occasion du culte donné à la France, c'était Robespierre lui-même. Il avait amené la Révolution au dernier terme qu'elle pût atteindre, la religion de Rousseau; et il succombait, parce que cette religion n'en était pas une encore.

Tout ce que le Dix-Huitième Siècle avait fourni d'idées organiques était désormais épuisé. L'école de Rousseau était venue après l'école de Voltaire et l'école de Montesquieu, et elle n'avait pas résolu davantage le problème. La profession de foi du vicaire savoyard, ou les derniers chapitres du CwUrat Social, ne sont pas une religion. Et voilà pourquoi Robespierre succomba après Louis XVI, après les Girondins, après Hébert et Chaumette, après Danton et Camille Desmoulins.

Par Robespierre et SaintrJust, la révolution sortie du Dix-Huitième Siècle arriva i son zénith; mais elle ne put dépasser la borne des idées du Dix-Huitième Siècle, et la réaction inévitable dut commencer aussitôt que cette limite de l'idée fut atteinte. C'est le caractère particulier et l'honneur historique des Jacobins de s'être élevés à la plus haute conception du rôle et du caractère de la Révolution. Au milieu de tous les hommes qui surgirent alors pour la destruction du passé, Robespierre et ses amis furent les seuls qui osèrent concevoir ce que Robespierre nomme lui-même o l'ambition généreuse de fonder sur la terre 0 la première vraie république (1); 0 les seuls qui comprirent, après Rousseau, qu'il n'y avait qu'une religion qui pût fonder celte république; les seuls qui osèrent tenter d'élever à l'état de religion a cet »^ amour sacré de la patrie, et cet amour plus sublime et plus saint de tt l'Humanité, sans lequel une grande révolution n'est qu'un crime » éclatant qui détruit un autre crime (2). 0

GHAPITRg XIII.

fnt po6é et comment s'est développé le dogme de la SooveraiJieté da Peuple.

Voici donc toute la suite et le développement de l'idée qu'on appelle souveraineté du peuple.

D'abord il se trouve au Dix-Huitième Siècle un homme qui conçoit cette idée, et la pose. C'est Rousseau.

Cet homme est amené de loin et providentiellement à cette conception. Il sort du Protestantisme, et il natt dans une république. Cette république est petite, ce n'est qu'une ville : mais qu'importe !

(t) Séance de la Convention, S thermidor, (i) Ibid.

L'idée d'une cité s'était conservée là : elle s'incarne dans le cî(9ym4i

Les grands protestants du Seizième Siècle avaient été conduits aux pensées républicaines par leur esprit de liberté religieuse. Au Dix*Septième Siècle même, le Protestantisme était encore fondamentalement républicain. Lisez Jurieu, vous 7 trouverez les mêmes principes que dans le Contrai Social.

La base fondamentale de la doctrine de Jurieu et de Rousseau, c'est que la souveraineté est naturellement dans chacun. Cette doctrine est la fille de Luther, la fille de Descartes. Luther tira de la théologie le dogme de la liberté. Descartes répéta Luther en philosophie. Jurieu et Jean-Jacques répétèrent Luther et Descartes en politique.

Mais la liberté de chacun produit Tindividualisrae, ranarcbie. La liberté de Luther détruisit la religion générale de l'Europe, et engendra les sectes. La liberté philosophique de Descartes engendra le rationalisme solitaire, et finalement la destruction de toute certitude. La liberté politique de Rousseau mènerait également à la destruction de toute société, de tout état politique, de toute association humaine.

Quelle est la gloire de Rousseau? Est-ce d'avoir préconisé ce principe qui a nom liberté, de l'avoir fait entrer profondément dans les esprito, dans les cœurs? Est-ce d'avoir, au nom de la libertéj poussé à la destruction de toutes les formes sociales? Oui, il a cette gloire; car c'en est une : il fallait bien détruire toutes les formes tyranniques du passé. Mais, comme je l'ai dit, il en a une autre.

Par son Discours sur les sciences et les arts, par son Discours sur rinégalité, par son Contrat ^rîiri même, et en général par tous ses ou^ vrages, il grava dans l'esprit humain le terme liberté. Il fût en philosophie politique le Spartacus ou le Mazaniello du Dix-Huitième Siècle, l'homme qui appelle tout homme à l'émancipation, et qui sonne la charge contre les tyrans. Hais aussi il voulut fonder; mais son âme ne fut pas seulement accessible à la haine de la tyrannie; mais il ne haïssait tant les tyrans que parce qu'il aimait les hommes. Sa grande gloire fut donc de sortir, comme je l'ai déjà dit, de l'analyse et de commencer la synthèse*

Il commença cette synthèse, en soutenant, comme il l'a fait, que de chacun la souveraineté pouvait passer à loti» d'une façon légitime. C'est ce qu'on appelle le principe de la souveraineté du peuple.

Ce principe se déduit du principe même de la liberté de chacun. Chacun est libre : donc point de gouvernement légitime, à moins qu'il ne résulte de la volonté de chacun. Donc tous sont membres du souverain. Donc la souveraineté est dans le peuple. Donc égalité.

Rousseau est, en effet, le docteur de r égalité au Dix-Huitième Siècle. Tandis que les autres philosophes ne tiraient du principe de la liberti

que l'égoïsme, il lui en déduisit Végaliii. qui donne droit à Tégoisme de chacun, et par conséquent limite et détruit virtuellement Tégoisme de chacun en proclamant et autorisant Tégoîsme de tous.

Hais n'a-t-il fait que cela? N*a-t-il proclamé que la liberté et Vèga^ lité?

On pourrait le dire, on pourrait ne Toir dans le Contrat Social que ces deux termes inassociables par eux-mêmes, tant qu'ils sont seuls et opposés, liberté de chacun, et liberté de tous, ou égalité, si, comme j*en ai fait plus haut la remarque en citant mes preuves, Rousseau luimême, au milieu de ce Contrat Social, n'en appelait pas à une science supérieure capable d'harmoniser les hommes, de les associer, de concilier le droit de l'un et le droit de l'autre, de relier Thomme à l'homme, à une religion enfin (i).

Cette religion, l'a-t-il produite? Non; je l'ai déjà dit, il Ta prophétisée.

Cette religion n'a été qu'inaugurée par lui. Il en retrouva les premiers linéaments par le sentiment qu'il avait de l'Évangile, que lui seul

(1) Je sais bien que, retenu par les idées de son temps, empêché par son propre rôle de philosophe au Dix-Huitième Siècle, c'est-à-dire de destructeur plutôt que d'édificateur, Rousseau hésite Interdit devant ce grand mot de religion que sa bouche a prononcé; je sais bien qn'il s'écrie, au bout do toutes ces déductions, par lesquelles il a démontré qu'un principe religieux était nécessaire pour constituer la société et rendre la souveraineté du peuple réalisable : « 11 ne faut pas, de tout ceci, conclure, afec Warbur- » ton, que la politique et la religion aient parmi nous un objet commun, mais que, dans » roriginc des nations, l'une sert d'instrument à Fautre. {Contrat Social, liv. II, ch. vu.) » Mais je sais aussi que plus loin, Rousseau essaie lui-même de décider sur les choses religieuses, au nom du pacte social, et se fait ce législateur religieux sans lequel la démocratie, dit-il, est impossible. Que devient donc sa négation devant ses affirmations! Qui ne voit que c'est là une de ces contradictions imposées à Rousseau par les deux tendances qui régnaient en lui ! H était de son temps, tout grand homme qu'il fût. Il avait peur de la superstition; et, ne pouvant pas, plus que ton siècle, démêler la vérité essentielle sous les formes idolâtriques des religions du passé, toute religion lui paraissait, sinon, comme à Voltaire et aux autres, une pure superstition, du moins entachée nécessairement de superstition et d'idolâtrie. De là vient qu'après avoir dit, haut et clair, que la démocratie suppose une religion, il fait cette réserve : « Qn'il ne croit pas néanmoins que » chez les modernes la religion et la politique puissent avoir un objet commnn ; » réserve qu'il dément et détruit ensuite dans tout le dernier livre du Contrat Social. Mois dans cette phrase qu'entend-il par religion? Quand il dit que dans Tantiqui té la religion servait d*instrument à la politique, il indique bien que c'est de la superstition qu'il veut parler. Gomme tout son siècle, il prend les religions du passé pour des œuvres de mensonge. C'est ce nuage répandu sur l'idée générale de religion qui l'arrête, et le force de se mettre en contradiction flagrante avec lui-même. On peut encore remarquer que Rousseau s'étant trompé sur le législateur, en ce sens qu'il en fait, séduit par l'exemple de l'antiquité, un révélateur à part de l'Humanité, il était inévitable que la religion même qn'il proclamait nécessaire lui parût entachée de superstition. On a reproché à Rousseau ses inconséquences; on devrait voir que ces inconséquences furent la condition de son génie.

de tous les philosophes du Dix-Huitième Siècle osa célébrer. La fraternia humaine, base de la religion et de toute religion, est donc un troisième caractère des écrits de Rousseau; en sorte qu'on peut bien dire que c'est lui qui a insphré la dÎTine formule de nos pères : Liberté, Égalité, Fraternité. Mais la science de cette formule, la philosophie de cette formule, Yunité de ces trois termes, le dogme métaphysique ou scientifique capable de réunir ces trois termes, de les démontrer, de les graver dans le cœur de l'enfant et de les imposer à tout homme mûr, au nom de sa raison même, cette science n'est pas dans Rousseau.

Il essaya cette science toute sa vie, il en aborda les problèmes. Hais la preuve qu'il ne les résolut pas, c'est que la démocratie fondée sur la souveraineté du peuple n'existe pas.

Ne prenons point, encore une fois, les prolégomènes de la science pour la science.

Rousseau n'a produit que les prolégomènes de la science. Il n'a pas été le législateur dont il a lui-même reconnu la nécessité et appelé 4a venue.

n s'est trompé, au contraire, lorsqu'à la fin du Contrat Social il a voulu, comme par un dernier effort, être ce législateur, s'imaginant qu'avec quelques principes empruntés à la tradition protestante, on pouvait constituer une sorte de dictature religieuse au-dessus de toutes les attaques (1).

L'Assemblée dite Constituante n'a pas été non plus ce législateur. Elle débuta avec de belles inspirations, sans doute; mais, mélange confus et hétérogène de toutes les sectes philosophiques du Dix- Huitième Siècle, elle ne fit qu'émettre un compromis entre ces sectes, sans unité véritable et sans base solide.

La Convention, enfin, n'a pas été non plus ce législateur. Après s*être décimée elle-même pour anéantir toutes les divergences qui régnaient en son sein, elle n'arriva à l'unité un jour que pour détruire le lendemain même cette unité, en brisant la dictature religieuse de Robespierre. Par Robespierre même, elle n'aurait pas pu être ce législateur, puisque Robespierre n'avait que le symbole de Rousseau, symbole incomplet et par là faux et impuissant.

Après la Convention, commença la longue réaction anti-philosophique et anti-révolutionnaire où nous sommes encore; absurde et sordide chaos, sans principe, sans unité, sans lumière.

Donc ce que Rousseau appelle le législateur, et ce que nous appelons la science ou la religion, n'est pas encore venu.

(1) Nous avons eu occasion dans un autre écrit de nous expliquer sur Timpuissance de la religion sociale formulée par Rousseau, et que voulut réaliser Robespierre. ( 1847. ) — U s'agit de récrit intitulé : D'une Beiigion sans ihéoeraiie, qui se trouvera dans cette édition. (1850.)

Donc, en ce sens, les partisans du principe des révélateurs ont raison. La souveraineté du peuple ou, en d'autres termes, la démocratie attend encore, pour être réalisable, un révélateur ou des révélateurs.

Cest-^à^dire que, suivant nous, eUe attend une science religieuse, une foi commune empruntée à Dieu môme, conune dit Roossean, une religion enfin.

Sakis cette science, sans cette religion, la démocratie n'est pas orgarnisable.

Donc, Politiques, ne vous persuadez pas, comme vous le laites, que sans philosophie, sans religion, vous puissiez avancer dans la voie politique. Étes-vous plus grands, plus forts que les hommes de la Convention? Et puisqu'ils sont tombés, faute d'im progrès philosophique antérieur capable de servir de base à la légiriation, imaginez-vous que vous pourrez opérer ce qu'ils n*ont pu opérer, quand ce même progrès philosophique vous fait défaut?

Donc, enfin, loin d'arrêter et d'entraver le progrès nécessaire de la philosophie, votre devoir est d'y aider de toutes vos forces; et votre rMe principal consiste à savoir qu'isoler la politique proprement dite des questions sociales et des questions philosophiques, de l'économie p<ditique, de la morale, de la science, de la métaphyâque enfin, cette science des sciences, ce serait ressembler au jardinier ignorant, ou plutôt insensé, qui, pour faire croître une plante, la sécherait dans toutes ses racines, en l'i8<dant de la terre et de l'eau qui hii fiMmiissent sa nourriture, sa sève, et sa vie.

GHAP^raB xiv.

De U disUnctioD entre le temporel et le spiriioel; preaves que ceue distinction est bosse.

Les mots souvent nous trompent. Depuis cinquante ans, dans nos Godes, dans nos Constitutions, nous faisons de la religion sans le savoir, comme M. Jourdain faisait de la prose. Mais c'est un grand mal que de nous dissimuler à nous-mêmes sur quel terrain le temps et la nécessité ont placé la société laïque.

Lorsqu'au Moyen-Age l'Église se refusa obstinément au progrès, et prétendit enchaîner à jamais l'esprit humain sous ses décisions, la science se chercha une route à part de la théologie, et finit par en trouver une. La philosophie naquit; elle aborda les problèmes de la théologie, d'abord timidement, avec des mots nouveaux et sur des points particuUers; puis, quand elle eut grandi, elle osa se proclamer indépendante. La société laïque fit de même par rapport à l'Église. On adopta la célèbre distinction du temporel et du spirituel, bonne et utile à cette époque. La société laïque légiféra au temporel, tout bi préten-

dant respecter le droit de l'Église au spirituel. Tout cela Suit par te Dix-Huitième Siècle et la Révolution. Il n'y eut plus alors que la so^ ciété laïque; TÉglise n'était plus qu'un Tain nom, un «Quveiiir du passé ; le droit ecclésiastique était anéanti.

Mais il 7 a des retardataires, des traînards dans tous les siècles. Les politiques qui refusent aujourd'hui de voir que la soci^ laïque» au point où elle est arrivée, doit renoncer à sa vieille tactique, et qu'après s'être émancipée, au moyen du principe de séparation^ utile et nécessaire autrefois, je le répète, mais absurde et funeste maintenant, elle doit se eonduire en émancipée qu'elle est, et, au lieu de se tenir à part de la religion, se faire religion ; ces politiques, dis-je, sont déjà d'un autre âge : ce sont les retardataires et les arriérés de notre temps.

Quoi! nous, la société laïque, qui ne reconnaissons plus de souvd* rain spirituel, qui regardons la Rome papale du même œil que les ruines d'Herculanum ou de Pompéi , nous marcherions comme au temps où l'Église nous servait de règle et de limite! Nous n'avons plus de limite, et nous n'oserions pas avouer et nous avouer à nousmêmes que nous n'avons plus de limite! Nous ne reconnaissons plus^ hors de nous, hors de notre conscience, de règle spirituelle; et nous refuserions d'aborder nettement notre situation, et de chercher en nous-mêmes, dans notre conscience, et sous l'œil de Dieu, cette règle nécessaire! Évidemment ce serait impuissance ou hypocrisie.

N'est-Hce pas une pure illusion, en e&t, que cette prétendue sépara*tien des choses civiles et des i^ses spirituelles qui semble la baiBe et le point de départ de toutes nos lois? Cette séparation est-elle fondée sur une vérité enseignée par la raison, sur un principe raisranable ? Non, ce n'est que le résultat de Vimjmissance. La raison et la science modernes, après avoir renversé Tordre chrétien-féodal, ont essayé d'organiser la société, et, les sdutions organiques n'étant pas trou* vées, le législateur n'a pu que faire un règlement d'ordre sur d^s ruines. Hais, encore une fois, l'instinct de la Philosophie et de la Révolution n'était pas de se borner à une si pitoyable chose : pendent opéra interrupta. Toutefois il a été impossible au légidateur de s'abstenir ; et, tout en proclamant la séparation des choses civiles et des choses rehgieuses, nos assemblées depuis la Constituante n'ont cessé de professer de véritables dogmes, qui se lient à toutes les questions religieuses, et qui en sont des solutions telles quelles. Dans le détail des lois, même prétention de s'abstenir, et en résultat même intervmtion* Question des registres de l'état civil, du mariage et du divorce, question de l'éducation publique et de l'université, question des communautés monastiques, établissement des temples, fondatrons religieuses^ rm légistes ont tout réglementé; ils ont suivi l'honmie depuis la naissance jusqu'à la Umbe; et leurs lois, pour être négatives la plupart

iU TROIS DISCOURS.

foute de solutions qui sont à trouver, n'en ont pas moins eu une influence très positive. Qu'on y songe un peu, la Constituante fut un concile, la Conventi<m fut un concile, Napoléon fut pape; et il n'y a pas si chétive et si misérable assemblée représentative depuis trente ans qui n'ait fait acte de pouvoir spirituel, tout en croyant souvent ne s'occuper que du matériel.

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