‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 26 sur 88 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'OppositfoD, telle qifon It folstit eontre la ResUDration, n'a plus de bvt; mait «n tat «ntronent taste i?ast révélé.

L'Opposition^ teUe qu'on la foisait contre la JRestauration, n'a donc plus de but. Mais, au lieu de ce but mesquin, ^t qui n'était légitimé que par la situation d'une grande nation réduite à se défendre, un but nouveau, un but véritable, et bien autrement vaste, s'est révélé.

Deux ans de désillusiounement, de catastrophes, et de misèate pr<>^ fonde, en portant le désespoir dans bien des cœurs, ont valu intellectuellement un siècle de progrès. Aujourd'hui tout le monde sent combien la politique, bornée à défendre ainsi les membres du souvenôn contre les gouvernants leurs mandataires, est creuse et vide; tout le monde sent que c'est là, sinon un jeu d'enfont, an moins une déplo** rable entrave, quand il s'agît de tant de plaies saignantes du corps somL La destinée néceasaire de la société est dès aujound'hui entre-

(1) Ce que nons regardions comme impossible est pourtiint arrÎTé, on à peu près. Le pouvoir a accompli sa destinée fatale. Mais ce n'est pas une raison pour nous de confesser que la Presse d'Opposition a bien compris son r<^le et sa missios : Ilion mira murcê ptœaivr, et eaUnu (Memibre ISél. )

vue. Od commence à comprendre le sens et la conséquence du mot Égaliié, formnie générale de la philosophie du Dix-Huitième Siècle ci de la Révolution.

CHAPITBE If.

Errenn 4e l'ÊcoBomle PoUtkioe Anglaise.

Il s*était élevé sous la Restauration une sorte de science vide et sub. tile, qui avait osé prendre le nom de la plus belle des sciences, et qui sans cœur, sans yeux, et sans oreilles, se prétendait pourlant la rectrice de la société : on l'appelait V Économie PoUtique. Infidèle a l'école Française de la fin du Dix-Huitième Siècle qui lui avait donné naissance, élaborée sous sa forme nouvelle par l'Angleterre, ce pays d'aristocratie et de mercantilisme, elle parvint bientftt en France à un degré de vogue et d'insolence que l'on a déjà peine à comprendre aujourd'hui. Son principe universel, son unique axiome était la liberté et la concurrence. Chacun pour soi , et en définitive tout pour les riches^ rien pour les pauvres, la voilà résumée; libérale en apparence, meurtrière en réalité. Ainsi du beau nom de liberté elle avait fait le mot d'ordre de l'oppression matérielle des classes inférieures, des savants, et des artistes. Cette prétendue science était la négation même de toute science sociale; elle n'était autre chose que la constatation des phénomènes bien ou mal entrevus qui résultaient fatalement d'une agglomération d'hommes fondée sur un princi|)e directement contraire a l'idée de société, si on peut appeler un principe l'isolement, la lutte, l'individualisme. Elle se divisait en deux branches : sous le nom de finances , c'était un certain art de grouper des chiffres, qui se réduisait ' en dernière analyse à découvrir les moyens les plus adroits de tondre le troupeau sans le trop faire crier; voilà le service qu'elle s'efforçait de rendre aux gouvernants du jour, quels qu'ils fussent: et par rapport au peuple, toute sa valeur était précisément de n'en avoir aucune; son rôle consistait à ne rien faire, à laisser faire. Ëgoîsme de chacun, guerre entre tous, privilège des riches, misère étemelle des pauvres; voilà ce qu'elle proclamait comme l'état normal de la société. La concurrence, qu'elle célébrait comme la loi même de la justice, n'était, en effet, qu'une table de jeu où se trouvaient d'un côté certains oisife privilégiés, de l'autre l'immense peuple des travailleurs, et où tous les dés étaient pipés au profit des premiers. En vain la science prodiguait ses enseignements à l'industrie, en vain les forces humaines s'accroissaient par les découvertes dans une étonnante proportion ^ en vain le génie inventait machine sur machine : les inventeurs d'idées, de même que les producteurs de force matérielle, se trouvaient toujours au

même niveau aride et desséché; l'océan de richesse coulait du peuple des travailleurs, mais ne refnontait jamais jusqu'à lui. Aveugle science que rien ne pouvait éclairer ! I^ population ouvrière, écrasée par la concurrence des machines, voyait dans ces machines ses plus acharnés ennemis : mais leconomie politique se rejetait sur Tignorance du peuple, et, comme le bourreau de don Carlos, elle disait au peuple que c'était pour son bien qu'on regorgeait. Un jour pourtant elle eut ridée que les perturbations dans Findustrie, les eSéts de la concurrence, pouvaient être quelquefois funestes, et que le peuple des salariés était continuellement exposé à produire des enfants en trop grand nombre : elle y pensa longtemps, et ne trouva pas d'autre remède que de conseiller la continence au peuple. Encpre si elle avait eu, comme le Christianisme, un autre monde à lui prêcher pour compensation à ses douleurs et à ses privations; mais, par son principe même d'absolue liberté et de non intervention de la société en aucune chose, elle laissait s'abimer inévitablement les derniers vestiges des croyances chrétiennes, et ôtait toute espérance de voir jamais d'autres croyances les remplacer. Elle ensevelissait la charité du Christianisme, et érigeait en loi à la place le plus décharné des égoïsmes. Restait donc aux misérables, pour toute consolation, son infernale loi du sort; au lieu d*un autre monde, elle leur prêchait la nécessité. Enfin le prestige est passé, grâce à Dieu ^ cette économie politique, que Byron, par un pressentiment de poète, poursuivait, il y a quinze ans déjà, de ses railleries amères (i), quand elle régnait sans contestation, n'ose plus lever la tête. Pour arriver en effet à une si révoltante inégalité et s'y tenir, l'Humanité n'aurait jamais dû quitter son berceau ; pour arriver à une si atroce loi du hasard , ce n'était pas la peiue de renverser l'ancien régime; le Dix-Huitième Siècle et la Révolution n'ont pas eu de sens, s'ils ne devaient aboutir qu'à une si absurde confusion (3).

(1) Don Juan , et ailleurs. — Voyez le morceau inlitnié : De i'Économie Politique Anglaise, dans VÀppendice à la suite de ces Discours. (1850.)

(8) GeUe économie politique a cependant eu son utilité, sa raison d'être. Pour s'affranchir de Tassociation tbéologique-fêodale, et ensuite pour se préserver de la restauration de Tancien régime, il fallait bien proclamer Tindividualisme et la libre concurrence; il fallait bien réduire le gouvernement à la fonction de gendarme: il Cillait bien, comme ra foit M. de Tracy, écrire que les gouvernements étaient des ulcères, qu*l4 était bon de circonscrire le plus possible, ne pouvant les extirper. Aujourd'hui encore, les gouvernants ne présentant aucune garanUe de lumières et de mora- Hlé$ la société, représentée par ses mandataires, ne pourrait qu'avec des précaution inOnics leur conlier la direction matérielle ou morale de ses intérèu. Conséquemroeni, en pratique, la limitation de l'action gouvernementale et l'abandon des forces sociales h rintérét privé, à Fégolsme des particuliers, à la concorrenee et an hasard, sont encore une nécessité- Mais c'est toujours un grand progrès que d^ToSr détruit cette écoaomie politique comme théorie. f.a conséquence est qu'il fiiat résoudre le problème dn gonvernement, chercher et trouver les moyens de pouvoir loi confier avec sécurité b direction et raUministraiion des forces sociales dans l'intérêt de tous*

GHAPITHB III.

Priaeipes d^BM Boivclie ÉeonDHie fotttiVMb

Hais, je le répète, celle économie politique est déjà morte aujourd*huiy et n'a plus de défenseurs. Depuis Juillet, la critique de la société^ telle qu'elle l'entendait et telle qu'elle aurait voulu la maintenir et la constituer, a été amplement faite; et il est résulté de cette critique une foule de vérités qui sont dès à présent au-dessus de toute contestation.

Il a été démontré que ne pas reconnaître à la politique un autre but que l'individualisme, c'était livrer les classes intérieures à la plus brutale exploitation.

L'histoire a été déroulée : toutes les phases principales de Texploitation de l'homme par l'homme ont été marquées; et, de siècle en siècle, le progrès continuel de l'émancipation de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre s'est révélé. La loi du progrès est devenue la foi religieuse de toutes les âmes élevées.

La comparaison du prolétariat avec l'esclavage antique et le servage, comparaison qui n'avait pas échappé à plusieurs des écrivains du dernier siècle (i), a été mise dans tout son jour. En vain des sophistes ont prétendu que l'égalité régnait aujourd'hui, puisqu'il était loisible à tout homme de s'élever de la plus basse condition à la fortune et au rang. On a démontré aux sophistes que pour un prolétaire qui, par exception, s*émancipe et passe dans la classe bourgeoise, il en naît un autre et peut-être deux qui prennent sa place dans ce fond épais et croupissant de la société. A ce compte, d'ailleurs, il faudrait nier aussi l'esclavage; car de tout temps, partout où l'esclavage a existé, il y a eu des affranchissements (2).'

De la philosophie de l'histoiM ainsi faite depuis deux ans, il est résulté celte conviction, qui chaque jour gagnera davantage, que l'abolition de la noblesse n'est qu'un prélude et un acheminement à l'aboli - UoD du privilège de la bourgeoisie, à l'élévation du prolétariat, et que la tête du tiers-état, aujourd'hui heureusement émancipée, n'aurait ni droit ni bonne grâce à se constituer à la place de la noblesse, qu'elle n'a renversée qu'avec le secours des masses populaû*es.

Tout cela, enfin, a conduit à traiter sous toutes ses faces et dans son essence même la question delà propriété; et on l'a ramenée aisément à ce principe : « Le travaH seul produit. Si donc il y a dans la société

(1) Eb debocft de Téeole de Torgot, c'est Justice de caler Liognet, espHt décousa, vuàs dont les puadexes ne sont pas tow aMgcHird'biii des ittradoxes, dont te vue élâit perçante en bûAoire, et qui a dit beaucoup de vériltés inof» fortes pour son temps. Lo paraUèle du proiéuriM et de resctevave était sa maitiiie Ikyorite, et U dosaalt la sap^ rioriié à retdavace.

(9) Est-ce ftfec son salaire de six cow par jearque te prdéteîre qui €Élt farUe dea vingt mlUflûBs de Françate .réduits à celte pitance, tmm moyen, poum s'éaunciper?

un bomme qm reçoÎTe sans traTaiUer, ou qui reçoive plus que son travail n'a droit de lui rapporter, cet bomme exploite d'autres bonw mes. Eu Yaiu vous tous raterez sur oe que vous possédez la terre r la terre, abendoimée à elleHnéme, ne produit pas. La terre est Yéritablemeut si peu propre par dle-inéine, etsaos le travail de rbomme, à remplir les désirs infinis de notre nature perfectible, que c'est une pure illusion que de regarder la propriété de la terre comme l'essence même de la propriété. La propriété du sol n'a jamais été que l'occa* sion, la cause déterminante de la véritable propriété, celle que l'homme s'est arrogée sur l'homme. Donc ceux qui possèdent la terre, ou en général les instruments de travail, et qui vivent sans travailler^ exploitent le travail des autres. B'ua autre côté, il est bien sûr que ceux qui ne possèdent pas la terre et en général les instruments de travail, ne pourraient pas vivre s'ils ne les empruntaient pas à ceux qui les possèdent : donc ceux qui possèdent les instruments de travail tiennent ceux qui ne les possèdent pas dans un état de dépendance et d'exploitation qui est la suite et la transformation de l'ancien esclavage. Or sur quelle loi du coeur humain, sur quelle révélation de conscience peut-U être fondé que des hommes tiennent d'autres hommes dans leur dépendance absolue? Dans sa manifestation, la propriété, loin d'être un droit, est donc directement contraire au droit, et elle ne |)eut s'acomunoder avec lui qu'en vertu d'une convention variable suivant les différentes phases de développement de THumanité. La propriété est un fait historique, muable de sa nature; ce n'est pas un droit. Le droit, c'est la personnalité hunmine, c'est la re^ectabilité de l'être humain, que la propriété, par cela même qu'elle ne s'exerce jamais sur des choses, mats sur des hommes, entame et blesse nécessairement, si elle n'est pas consentie par la volonté sociale, qui par conséquent a le droit d'en régler et d'en changer le mode. Et c'est ce que les hommes ont de tout temps senti; voilà pourquoi, indépendamment des grandes transformations qae la propriété a subies depuis l'esclavage antique jusqu'au prolétariat, tous 1^ codes se sont toujours attribué de modifier et de supprimer dans certaines circonstances ce prétendu droit absolu, p

Et les défenseurs du droit absolu de propriété s'étant récriés, on leur a cité des autorités, on leur a apporté Pascal (4) et Bossuet (2),

(1) « Vous tenex vos ricbesBés de vos ancêtres, disait Pascal à un fils de duc; mais » ii*eM-«e pas par miUe hasards que vos ancêtres les ont acquises, et qu'ils vous les ont » ooosenréesf Vous inii^ex«vous aussi que ce soit par quelques lois naïuielies que B ees Mens ont passé de vos ancêtres à vous? Cela A*est pas véritable. Cet ordre n'est » fondé que sur la volonté des législateurs, qui ont pu avoir de bonnes raisons pour 9 rétablir, mais dont aucune certainement n*est prise d*«n droit que vous aves sur ees B choses. 9 {£uais de Nicole, tom. II. }

(S) Je n*ai pas sous la main le passage de Bossuet auqu^ je fais allusion, el|ie re>

Montesquieu (i) i^ Necker (2), la Constituante (3) et la Convention (4), qui tous ne donnent pas d'autre fondement au droit de propriété que la volonté sociale, élerneilemenl changeante, Tariable et progressive suivant les révélations successives que le développement de THumanité apporte dans le cours des siècles. On aurait pu leur citer aussi Louis XrV (S) et Napoléon (6).

greUe de ne pouvoir le mellre Ici en note; car il etl très beau et U^aolide. Au surplus, tous les penseurs ont été usanimes sur ce point, que la propriété est «le droit civil, qu'elle est une création sociale. Malheureusement le n)0t de propriété emporte uoe équivoque funeste. La propriété se réalisant matérieUement, et ayant son objet hors de nous en même lemi» que son princiite est en nouit, nous sommes conduits, |»ar une illusion naturelle, à confondre la propriété vrtc les choses matérielles objet du droit de propriété, et nous transportons ainsi aux choses mêmes la légitimité qui n*est que dans le droit à la propriété. C*est U une grande erreur. Ce qui est de droit naturel^ ce qui est un droit de l*bomme, un droit naturel et imprescriptible j c'est la droit de posséder. Tout homme a droit à la conservation de son existence et au libre développ»Mncnt de ses facultés : donc tout homme, en ce sens, a droit à la siheté et à la propriété, comme dit la Déclaration des Droits de 179S. Mais ce dit>it est commun à tous; il est général, universel, imprescriptible pour chacun. De là une consécration de ce droit, qui est Tœuvre de lu société. La propriété reçoit sa sanction de la société, et dépend d*eUe. Personne n*a mieux vu et mieux exposé cela que J.-J. Rousseau; il ^i^pdWe possession le droit naturel que Thomme a de posséder, et réserve le mot de propriété pour exprimer ce droit sous la consécration et i^InTestiture de la société : « Le passage de » Téiai de nature i Tétat civil produit dans Thomme un changement très remarquable, » en Kubstiiuant dans sa conduite la justice à rinstinct, et donnant à ses actions la 0 moralité qui leur manquait auparavant. C'est alors seulement que, la voix du devoir » succédant à Timpulsion physique, et le droit à rappétll, Thomme, qui Jusque là » n*avait regardé que lui-même, se voit forcé d*aglr sur d'autres principes, et de con- » sulter sa raison avant d*écouter ses penchants. Quoiqu*!! se prive dans cet émide » plusieurs avantages qu*il lient de la nature» il en regagne de ai grands» ses faculK*s » s'exercent et se développent, ses idées s*étendent, ses sentiments s'ennoblissent, son » &melout entière s'élève à tel iwint, que, si les abus de cette nouvelle condition ne.

> le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti , Il devrait bénir sans 9 cesse rinstant heureux qui Peu arracha pour Jamais, ei qui, d*un animal stupide et » borné, fit un être intelligent et un homme. Rédui:;ons toute cette balance h des » termes Hscilea à comparer. Ce que l'homme perd par le contrat social, c'est sa liberté » naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu'il peut attendre; ce qu'i|

> ga{(ne, c'est la liberté civile et la propriété de tout ce qu'il possëile. Pour ne pas se » tromper dans ces compensations, il faut bien disUnguer la liberté naturelle, qui n'a » pour bornes qtie les forces de l'individu, de la liberté civile, qui est limitée par la » liberté générale; et la possession, qui n'est que l'effet de la force on le droit du pre- » micr occupant, de la propriété , qui ne peut être fondée que sur un titre positif. » ( Contrat Social, liv. I, ch. S. )

(1 ) « Jostinlen appelle barbare le droit de snec^er des mfties au préjudice des filles. B Ces idées sont venues de ce qu*on a regardé le droit des enfants de succéder à leur » père comme une conséquence de la loi naturelle, ce qui n*est pas. Il est vrai qoe 9 l'ordre politique ou civil demande souvent que les enfenls succèdent au |ière; mais 9 il ne Texige pas imijours. La loi naturelle ordonne aux pères de nourrir leurs cn- 9 fants, mais elle ne les oblige pas de les faire héritiers. » (Esprit des Lois, liv. XXVI,

ch, a. )

AUX POLITIQUES. iS9

AlorSy en méditant déplus ea plus sur la natuiee de la sociéié et eur ses évolûtioDS saceesiûves, sur la relation des services que.les hommes

(S) «[ Ed arr^nt sa peosée sur la société et sur ses rapports, eu est frappé d'une » idée générale qui mérite bien d*ètre approfondie : c*est que presque toutes les înstîlu- A tions civiles ont été faites pour les propriétaires. On est effrayé, en ouvrant le code ^ » des lois, de n*y découvrir partout que le témoignage de cette vérité. On dirait qu'un d petit nombre d*bomroes, alivrès s'être partagé la terre, ool fiiit des lois d*unioii et de » garantie contre U multitude, comme ils auraient mis des abris dans les bois pour se » défendre des bêtes sauvages. Cependant, on ose le dire, après avoir établi les lois » de propriété, de justice, de liberté, on n*a presque rien fait encore pour la classe la » plus nombreuse des citoyens. — Que nous importent vos lois de propriété? pour- » raient-Ils dire. Nous ne possédons rien.— Vos lois de {ustioe? Nous n'avons rien à » défendre. ^ Vos lois de liberté? Si nous ne travaillons pas demaiOt nous mourroi».» {Mémoires deSidly, p. 170.)

(3) « Vous avez commencé par détruire la féodalité, vous la poursuivez aujourd'hui » dans ses effets. Vous allez comprendre dans vos réformes ces lois injustes que nos » coutumes ont introduites dans les suçeessions. Ceox qui ont traité cette matière ont » pu se méprendre sur le fondement et le caractère d'un système autti général. Ce 1^ qui est universellement adopté peut être regardé aisément comme un principe pris » dans la nature. Des erreurs bien plus grossières ont échappé à la philosophie des » légistes. 11 n^est aucune p:trtie du sol, aucune production spontanée de la terre, qu'un » homme ait pu s*appropricr à l'exclusion d'un autre homme. Ce n'est que sur son a propre individu, ce n'est que sur le travail de ses mains, sur la cabane qu'il a » construite» sur l'animal qu'il a abattu, sur le terrain qu'il a cultivé, ou plutôt sur la » culture même, sur le produit, que l'homme de la nature peut avoir un vrai privi- » lège. Dès le moment qu'il a recneilli le fruit de son travail, le fonds sur lequel il a » déployé son industrie retourne au domaine et revenu commun à tous les hommes. » Voilà ce que nous enseignent les premiers principes des choses. Nous pouvons donc » regarder le droit de propriété comme une création sociale. Je pense que les droits 9 accordés à l'homme sur sa propriété ne peuvent s'étendre au«Klelà de son existence. » {Mirabeau, Discours sur l'égalité des partages dans les successions. }

(4) « La propriété est le droit qu*a chaque citoyen de jouir et de disposer de la » portion de bien qui lui est garantie par la loi. Le droit de propriété est borné, » comme tous les autres, par Tobligation de respecter le droit d*autrui. Il ne peut pré- 9 Judicier ni à la sAreté, ni à la liberté, ni à l'existence, ni à la propriété de nos sem- » blables. Toute possession, tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite ji et immoral. » ( Art. VU, VIII, IX et X du projet original de la Déclaration des Droits.) Voyez la Première Partie de ce Discours.

(5) Le plus grand négateur de la propriété comme on la comprend vulgairement» c'est assurément Louis XIV. Ëcoutez-tc : « Toi^t ce qui se trouve dans nos Étals, de » quelque nature que, ce soit, nous appartient : les deniers qui sont dans notre eaa- » sette, ceux qui demeurant entre les mains de nos trésoriers, et ceux que nous lais- » sons dans le commerce de nos peuples. Vous devez donc être persuadé que les loi.H » sont seigneurs absolus, et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les » biens qui sont possédés tant par les gens d'Église que par les séculiers. » (Mémoires politiques, }

(S) a Le droit de propriété linit avec la vie du profiriétalre. Ancon membre de sa » famille ne peut néclamer ses biens à titre rigoureux de propriété. Sur des biens 9 vacanU par la mort du propriéuiro, on ne voit d'abord d*autre droit que celui du a l'État. » ( Discours préliminaire placé en tête du Code Civil. )

Napoléoo, favosable à la propriété individualiste par le sealiUMAl qa*il n'avait rieo

se rendent entre eux, mr hi nature de la rfeberae^ m prodnetUm et sa distribution, on a en de la société une me himiaeiiie el nooTeile, et en a jeté les bases de réconomie politique de l'ayenir.

Le but de la société n'est pas que le savant invente, et que Findus- (riel seul récolte le fruit matériel de ses inventions.

Le but de la société n'est pas que TarUsle imagino, et que l'industriel seul réoolte le fruit matériel de sa faculté d'imaginer.

Le but de la société n'est pas que l'industriel, qui travaille sur la vie extérieure dont nous n'avons pas conscience, modifie cette vie extérieure de manière à ce qu'elle puisse s'assimiler à notre propre vie; et que cependant le savant et l'arlisfe jouiseaDl srals de cette assîmtlalîMi spirituelle, la seule vie véritable, la seule hunaîiie.

Le but de la société n'est pas que les travailleurs, savants, artistes ou industriels, produisent tout pour le salaire le plus strictement nécessaire à leur existence, et que des oisib, des maîtres, lèvent sur tous leurs travaux luie prime inuneiiae*

Le but de la politique est de faire jouir tous les membres de la so-* ciété, chacun suivant ses besoins, sa capacité et ses ceuvres, du résultat du travail commun, que ce travail soit une idée, une œuvre d'art, ou une production matérielle.

CHAriTAI IV.

L'École d« Safai^iflMNi ei tos RéptMfeuat.

Après lesévénements^ qui sont la parole et la leçon de la Providenee, ce progrès a été principalement dû aux travaux de l'école fondée par les ouvrages de l'illustre philosophe Saint-Shnon. Pendant cinq ans» sous la Restauration, celte école prépara des idées qui pussent résister À un aussi grand changement que celui que la Providence méditait, des idées qui fussent viables a^rès la révolution qui devait ensevelir définitivement l'ancien ordre théologique et féodal; et quand Juillet l'eut fait passer de l'étude solitaire à la propagation ouverte et publique, toute une année, avec une ardeur infatigable et une audacieuse «spérance, elle répandit ces idées dans le monde, et posa tous les problèmes. Elle a pu ensuite se diviser sur les solutions, et finir par se

à lui snbsUtser, comme il le dit hil-mème mlvemeat dans te dtadanlmi ser le Gode» à roocaaioa de la proprféiés des mines, avaH pontlaiil si»U 4B*wie léveHMioa Mate iDéTltable dans la propriété. « Naguère, dlsalMl à Sainte-Hélène, on ne êonnafaïaH

• qn^nne seule espèce de prapiléfté, eelle du terrain. Il afen est formé une noirrelle, » eelle de rindoBliit, aux prises en ce moment anree la pvemière. Cesl In ginnw; » des champs centre les aleUers, des créManx oeaire les comfMts, et c'est fuw ae «» pas reconnaître cette grande rétohMien dans b pnpàM qii*oa s^expose eneoie à

• tant de befuteversemeata. m ( Mtfmonai, } ...

AUX POLIT iQUeS. 191

dissoudre; son oeuvre était fente, et les erreurs de quelques uns de ses membres n'en 6bscoi^ch*ODt pas la valeur. On peut dh« que, soîTant )e mot de celui qu'elle avait pris pour mettre, elle a rendu riaitialive à la France (I).

D'autres ont elloofS contribué avec die à ce progrès. Ce sont les écrivains qui se sont semés autour des idées que Ton nomme républi-*eaines, ce sont les hommes généreux qui ont fisit revivre en eux la tradition des principes de la Révolution Française, et qui, dans Tocca** eion, ont témoigné de leur foi par la prison et la mort.

Les uns et les «rtres ont planté sur le monde (cette bannière, que rien ne renverse^ :

TotUes les institutions sociales doivent avoir pour kU FaméUoreHiom morale, inieitecêuelh et phfsique, de la classe la plus nombreuse ei la phupaiwrei^);

Formule qui n'est pas la plus générale qu'on puisse donner même de la politique considérée à part, mais qui, par scm but précis, est la plus évidente et ht plus entraînante. L'école Saint-Sîmonienne, qui Ta exprimée en ces termes, en connaissait toute la profondeur; elle savait bien qu'il y avait là le programme de toute une religion.

(1) Voyez le morceav intitaléP/n^ de Ubéraiisme impuissant ^ daus V Appendice à la suite de ces Discours. (1S50.)

(i) Ceue belle formule de Sàlnt-Stmon seod>te avdr été inspirée par Gondoreet* dans son Rapport sur Vinsiruction publique :

« OilHr à tous les individus de Tespèce hOBiatae les moyens de pourvoir à leurs » besoins, d'assurer leur bien-être, de connaître et d*eaercer leuis droils, d*entendre o et de remplir leurs devoirs ; assurer à chacun d*eui la facilité de peifecUonner son o Industrie, de se rendre capable des fondions sociales auxquelles il a dtoit d*èlre » appM, de développer looto Tèiendue des talents qà^W a reçus de la nature; ei par

• ]à éubikr entre les ciioyeM «ne égalité de ^it, et rendre réelle rôgalité pdiUipie » reconnue par la loi : tel doit être le premier but d*une instruciion n&liooale; et, » sous ce point de vue, elle est» pour la puissance' publUiue, un devoir de justice. » Diriger renseignement de manière que la perfection des arts^ augmente les joui»- » sances de la généralité des citoyens, et Taisance de ceux qni les cultivent; qn^un tf plus grand nombre dHiooMne» devieane capable de bien remplir les IbncUons néccs- JT saires à la société; et que les progrès tonjnnts croissants des lumîùres ouvrent une » source inépuisable de secours dans nos besoins » de remèdes dans nos maux » de » moyens de bonheur individuel et de prospérité commune ; cultiver enfin, dans cban que génération, les facultés physiques. Intellectuelles, et morales; et, par là, con-

• tribuer à ce perfectionnement général et graduel de Pespèce bomaine, dernier but

• vers latnel tonte Instituttoà soeialo doit ôtre dirigée : tel doit ètie encore Tolitet

• de rinstruction ; et c'est, pour la puissance publique, un devoir imposé par rintérét

• commun de la société, pnr celui de ruumanité entière. »

Il nous a paru important d'appeler Pattention sur ce rapprochement, qui, 6 notre connaissance, n*avait encore été signalé par personne. Il met en évidence, avec une grande précision, Ta liaison essentielle qui unit les doctrines de ()errectibinié de récole pbilosophiqne de la fin du Dix-Huitième Siècle avec celles qui ont repri» vigueur dans ces derniers temps, et qui ont retenU de nouveau avec éclat, dès que In chute de rnneiennc monarchie est venue rouvrir la carrière des idées.

L*6rreur fondamentale de cette école, dans la direction fausse où elle a été lancée, a été de croire à la possitûlité d'une transformation subite de la société tout entière, à la manière dont on suppose que les religions et les législations anciennes se sont formées.

Son erreur secondaire, et qui dériiraitde rentre, a été de mépriser et de déprécier les institutions de pure liberté, et de ne pas voir leur immense utilité et leur absolue nécessité pour faire triompber les inté» rets de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, en transformant les idées par la discussion, et en permettant au génie de l'innovation de présenter, dans la triple direction de la politique, de la science et de l'art, toutes les inspirations qui peuvent servir de véhicule et d'aliments à cette transformation.

L'erreur des publicistes républicains a été de ne voir qu'un combat là où il s'agit du problème de la législation tout entière, de croire vaguement que leurs prédécesseurs avaient produit des institutions qu'il s'agissait d'appliquer, lorsque évidemment, et de l'aveu même de ces illustres morts, la société n'a été conduite par eux qu'au seuil de sa nouvelle demeure, et, au lieu de continuer l'cçuvre du Dix-Huitième Siècle et de la Révolution sous toutes ses faces, de se borner à vouloir réaliser quand les idées ne sont pas faites.

De là aussi celte tendance trop étroite de leur politique, qui ne s'attache qu'à détruire uu {touvoir éphémère^ au lieu de s'attacher à transformer la société elle-même.

Certes, la flétrissure de tant d'actes politiques coupables qui depuis deux ans se sont accomplis sous nos yeux, est un devoir de conscience qui doit être cher à tous ceux dont le cœur est pur de bassesse et que l'amour du peuple enflamme; assurément aussi l'œuvre du jour ne doit pas être négligée, l'avenir n'est qu'à ce prix : mais rappelons-nous que c'est pour nous être occupés pendant quinze ans de l'œuvre du jour sans autre prévision, que nous sommes arrivés, après Juillet, à l'état où nous sommes.

Évidemment, pour faire- prévaloir les intérêts de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, les institutions de pure liberté, ces forteresses, ces positions, dont on s'est si bien servi pour battre en ruines la Restauration, sont aussi nécessaires qu'elles l'ont jamais été. Si elles n'étaient pas vigoureusement défendues, si le despotisme enlevait ces garanties comme on les nomme, le progrès deviendrait impossible^ ou se ferait par une épouvantable secousse. Mais, d'un autre côté, fautil s'en servir comme on s'en servait contre la Restauration!

AUX POLItlQUES. i93

SECTION m.

daiveat preadre.

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