‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 32 sur 88 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Erreor de ceux qQi, de U fiosseté da Pouvoir actoeli eoneloent TaboUtloii de UMit GoaTeraement.

Frappés du spectacle qu'offire depuis cinquante ans la France, autant que séduits par les doctrines de l'individualisme, il y a des penseurs qui sont arrivés à nier tout Pouvoir, et à regarder l'absence du Pouvoir comme la perfection même. Suivant eux, il faudrait entendre le principe du gouvernement de la société par elle-même, on ce que les Américains appellent le self-gooemment, comme s'il s'agissait de l'abolition même de tout gouvernement social. Jamais erreur plus profonde n'a été professée. Ces penseurs s'imaginent donc que la société politique se confond avec la société même, ou n'en est tout au plus que la reproduction et l'imitation. D'imitations de gouvernements en imitations de gouvernements, nous sommes ainsi arrivés à

ne voir dans le Pouvoir, dans le Gouvernement, qu'une imitation

de quoi I Des individus mêmes, ou de la société confuse et numérique. C'est le dernier degré de l'erreur en politique. Cest absolument par la même route que, dans l'art, après avoir fait longtemps de l'imitation, et avoir copié toutes les écoles, l'ancienne Grèce, l'ancienne Italie, et l'Italie moderne, on arriva, à la fin de cette période d'imitations successives, à cette suprême et dernière absurdité de nier l'art, et de ne voir dans l'art que l'imitation ou la reproduction de la nature.

Quand la vie qui crée l'Art disparaît, il est évident que la Nature seule reste. Alors il vient des critiques qui, dépourvus du feu sacré qui faisait l'art, et sachant pourtant que l'art a existé, affirment que l'Art n'est autre chose que la copie de la Nature.

De même, quand la vie qui crée la Politique, le Gouvememrat, le Pouvoir, s'est complètement dissipée, il vient d'autres critiques (ou cei]x«-là mêmes qui raisonnent si bien sur l'art) qui osent affirmer que

le gouvernement politique des sociétés n'est que la reproduction identique, ou, comme ils disent, la représentation des intérêts individuels.

Ils prennent ainsi le point initial de l'art et de la politique, la causalité extérieure et objective de Tart et de la politique, pour Tart et la politique çlles-mêmes.

L'art sort de la nature, mais n'est pas la reproduction de la nature. Et de même le pouvoir social sort de la société, émane des individus, mais ne se confond pas avec les individus, et n'est pas le simple résultat de l'agglomération des hommes qui habitent un pays, ni l'expression adéquate de leurs intérêts particuliers et de leurs vues particulières.

Le chef-d'œuvre de la faculté créatrice ou artistique que Dieu a ac^ cordée à l'homme, c'est un Gouvernement.

Quand une société existe véritablement, elle se gouverne. Du sein de tous ces êtres particuliers qu'on appelle citoyens ou siyets, il sort un être incorporel qui s'appelle Société , et c'est cet être incorporel, cette raison collective qui donne à certains hommes le droit et le pouvoir de gouverner leurs semblables. En même temps, suivant ce qu'ont pensé tous les plus grands esprits de tous les siècles, la Providence même se montre et se manifeste dans ce Gouvernement des hommes par d'autres hommes.

L'avenir ne verra donc pas disparaître et s'anéantir cette création donnée à l'homme, cet art, le premier des arts, qu'on appelle Pouvoir ou Gouvernement. C'est au contraire à une restauration de cet art que la société actuelle aspire. Nous ne cesserons de répéter que notre époque est, sous tous les aspects, une époque de transition, le passage du gouvernement de l'ancien régime, du Régime Catholique et Féodal, à l'organisation de la Démocratie Religieuse (!]•

GHAFITRB V.

Qael est le Gouvernement qni couTient anjoardliai^à la France?

Qu'on ne s'y trompe pas, c'est l'excuse des hommes que j'ai l'inteiH

(1) Aux traits sous lesquels nous dépeignons, dans ce chapitre, ceux qui, de l*anarcliie actuelle, concluent Vabolitûm de tout Gouvernement, de tout Pouvoir Sociûl, on croira pent«ètre reconnaître le système de Van-ot^ie et le système administratif, qui ont fait qoetqiie bruit depuis deux ans, et dont Tun anéantit Vidée même de TÉtat, tandis que Fautre remplace cette idée par un pur mécanisme sans moralité et sans intelligence. Mais ces théories éUient alors (184S) inconnues, ou ne faisaient que poindre. Il s'agissait plutôt d*une troisième forme de la même erreur, le système dit Américain, qui faisait de TÉtat une sorte de réduction de la société et la représenta^ tion pure et simple des intérêts parUculiers, légitimant ainsi, au nom du fait, toutes les déviations possibles. (1850.)

tion de présenter, en faisant la critique des institutions. Hélas! la critique des hommes est trop facile à faire au milieu de l'incroyable désordre de la société et du pouvoir. Vains jouets de leurs passions et affublés d'une autorité qu'ils ne conçoivent pas eux-mêmes, les hommes se rendent aisément coupables de délits et de crimes. Sans doute ils sont responsables; et si ce pouvoir qui leur est échu leur est si fatale c'est apparemment qu'ils ont mérité d'en être investis. Mais aux yeux de la froide raison, ce sont les institutions qui sont la cause première de leurs fautes; et, en dernière analyse, c'est l'ignorance humaine qu'il faut accuser.

Je m'élève donc au-dessus de tout ce triste spectacle que nous avons sous les yeux. J'arrache de mon cœur toute acrimonie contre les hommes; et m'avançant vers l'autel de la Patrie, je demande au génie de la France de m'éclairer, et je pose cette question solennelle : Quel est le Gouvernement qui convient aujourd'hui à la France?

Je dirai d'abord quels sont les gouvernements qui ne lui conviennent pas; et je m'efforcerai de pénétrer ainsi jusqu'au fond de nos douleurs et de nos discordes civiles.

J'espère qu'on ne m'arrêtera point, dès le premier mot, en me disant : a Nous avons un gouvernement, nous avons une constitution. 9

Nous avons une constitution, j'en conviens. Je n'examine pas sa source. Je ne m'enqniers pas comment, après la constitution de S9, vint la constitution de 93, celle d&l'an III, celle de l'an VIII, celle de 4804, ni comment se révéla à Louis XVIII la Charte de 4814, ni comment sortit des barricades la Charte de 4830. J'admets que nous avons une constitution; mais je cherche à me rendre compte de cette constitution. Je me demande comment, ayant une constitution, nous avons tant de partis; comment, depuis cinquante ans, nous avons, en première ligne, trois grands partis, les Royalistes, les Girondins, et les Répubticains, et, dans chacun de ces partis, une multitude de partis; et, comment encore, en dehors de tous ces partis, surgissent aujourd'hui tant de sectes diverses qui cherchent, dans des théories excentriques à la politique, la réalisation de leurs désirs, de leurs idées, de leurs besoins.

Ceux d'ailleurs qui me couperaient la parole avec cet argument bru* tal : « Nous avons une constitution, d auraient peut-être tort dans l'intérêt de leur foi politique. Car peut-être découvrirai-je la raison d'être de cette constitution, ce qu'elle renferme de vérité, et pourquoi elle subsiste sous une forme ou sous une autre , malgré tant d'assauts renouvelés sans cesse contre elle.

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