‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 45 sur 88 · CHAPITRE TIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIII

L'aristoeratie m peint dans toos les détails de eelle GonstUofSon.

Tout donc, dans la Constitution Anglaise, découle de raristocratie. L'aristocratie d'abord, le peuple ensuite. L'aristocratie d'abord, le monarque ensuite. L'aristocratie est la pierre angulaire de cette Constitution. Si quelqu'un en doute encore, qu'il lise le chapitre entier de Montesquieu.

Pourquoi Montesquieu a-t-il admiré si naiTement ce qui est le mal et le passé? Pourquoi son génie a-t-il servi à propager sur le continent et peut-être à consolider en Angleterre, comme un chef-d'œuYre de raison, la Constitution dans laquelle s'était réalisée et congelée pour ainsi dire la féodalité du Moyen-Age?

Ou plutAt pourquoi cette Constitution Tit-elle ayec éclat depuis trois siècles, et pourquoi., n'ayant pu parvenir à nous en faire une qui fût viable apr^ notre Révolution, avons-nous accepté celle de nos voisina?

Je le dirai plus tard, dans un autre écrit (i). Si le principe de la Constitution Anglaise est détestable, il n'en est pas moins vrai que les Anglais <mt empiriquement découvert quelques traits du véritable mécanisme d'un bon gouvernement.

Ce sont ces traits qui ont égaré Montesquieu, et la France à la suite de Montesquieu.

Les Anglais sont de grands industriels, de grands mécaniciens. Avant la machine à vapeur, ils avaient inventé la machine politique que Montesquieu a admirée et dont Louis XVIII nous a gratûés. d y a dans ce travail des Anglais quelque chose de providentieL

Seulement il ne faudrait prendre ni le principe pour le service doquel ce mécanisme fonctionne en Angleterre^ ni ce méoanieme luimême eous la forme par laqudie il répond à ce principe. Mais il Caodrdt prendre dans ce mécanisme r idée d'un bon gouvernement réalisant un principe infiniment supérieur à celui qui régit l'Angleterre.

Quoi qu'il en soit, il me suffit ici d'avoir démontré que le principe de la Constitution Anglaise est l'Aristocratie.

Ce principe, au surplus, se peint dans tous les détails de cette GonsUIntioii. On aurait pu, par exemple, composer la Chambre des nobles par vde d'électira, comme cela existait dans nos anciens pariements,

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où le corps entier de la noblesse envoyait des représentants. Mais ce mode, remarque Hontesquien, ne serait pas suffisamment aristocratique. Que rélection soit laissée au peuple, qui, ne possédant pas de pri- Tiléges acquis, n'a pas pour loi la transmission héréditaire; mais que ceux qui ont des privilèges acquis, c'est-à-dire la nation des nobles, pleins de respect pour cette loi de transmission héréditaire, source de la noblesse, se confient uniquement à elle pour leur représentation au parlement. Cette représentation n'en sera que meilleure et plus solide; car l'hérédité, étant incamée au sein même du parlement, aura, pour la conservation des privilèges, une ténacité invincible et une perspi . cacité incomparable : a Le corps des nobles doit être héréditaire. Il Test » premièrement par sa nature; et d'ailleurs il faut qu'il ait un très 0 grand intérêt à conserver ses prérogatives, odieuses par elles-mêmes, » et qui, dans un État libre, doivent toujours être en danger. »

Dans un État libre! Montesquieu peut avoir raison d'appeler État libre un pays ainsi organisé; il s'agit seulement de s'entendre sur la liberté : il y a une liberté qui est ce qui reste à chacun après que les privilégiés ont largement exploité leurs privilèges. Mais assurément Montesquieu a tort lorsqu'il dit ailleurs : « Il est une nation dans le- ]>- monde qui a pour objet direct de sa Constitution la liberté politique ; » car il vient de prouver lui-même que l'objet direct de la Constitution Anglaise est le maintien des privilèges et de l'aristocratie.

GHAPITRS IX.

Li ConstUatioii Anglaise est fondée sur régolsme.

J'ouvre De Lolme après Montesquieu, et je lis : a C'est sur Vamour » de soi que la Constitution éP Angleterre a fondé le jeu de ses iiwrses B parties. Des machines politiques n'ayant pour mobile que la vertu» D et pour point d'appui que la modération, avaient à surmonter la fbree » vive et diriectement opposée de l'intérêt personnel qui devait les dé^ » monter bientôt. La Constitution d'Angleterre est basée sur cette force B même, rigorisme. Aussi ne fautr-il pas comparer des gouvernements B OÙ la liberté tenait à des causes faibles, intermittentes, et puissam-* » ment contrariées, à celui où cette même liberté est établie sur une » cause agissante et agissante dans tous les temps, dans tous les lieux, » et sur tous les hommes. »

Quel profond dédain pour la vertu dans cet autre admirateur de la Constitutiim Anglaise, et quelle glorification magnifique de l'ègoismei

La Constitution Anglaise, dit*il, est fondée sur l'égoisme; qu'on ne compare donc pas un tel chef-d'œuvre i oes mA^Hinftf foUttques qui prennent pour mobile la vertu et pour poinl d'apimi la nittdénrtioiL

La vertu» voilà un beau mobile! la modération, un point d'appui bien assuré I Mais Tégoîsme est quelque chose de fort; de permanent, et d'étemel ; c'est c une cause agissante dans tous les temps, dans tous les » lieux, et sur tous les hommes. »

De Lolme, dans cette apologie, ne fait que commenter Montesquieu; mais il pénètre plus franchement que lui dans la nature morale qui a donné naissance à la Constitution Anglaise.

Oui| en efTet, c c'est sur l'amour exclusif de soi que la Constitution » d'Angleterre a fondé le jeu de ses différentes parties. » Montesquieu nous l'avait mcHitré indirectement, en nous faisant toucher au doigt les ressorts de cette Constitution. Car, puisque le but de cette Crastitution est la conservation des privilèges, puisque son mécanisme a pour résultat d'introduire et d'introniser dans l'État ces mêmes privilèges, il est bien sûr que cette Constitution est fondée sur l'égoisme. Montesquieu avait dit privilège, De Lolme dit égoîsme, De holme dit le vrai moi Une Constitution qui divise la nation en deux nations, les nobles et le peuple, non seulement reconnaît l'égoîsme, mais le sanctifie. Une Constitution qui, faisant des privilégiés à divers titres un seul corps dans le parlement, donne à ce corps une force équivalente à celle du peuple tout entier, est la consécration la plus éclatante de l'égoisme.

De Lolme ne se trompe donc pas en disant que la Constitution Anglaise a dédaigné tous les ressorts moraux de l'homme, pour n'en reconnaître et n'en accepter qu'un, l'égoisme. Faite pour consacrer l'égoisme, cette Constitution vit par l'égoisme.

Il s'agit de savoir ce que peut être une nation qui sanctifie l'égoisme, et dont la Constitution ne connaît pas d'autre vertu. Je sais qu'on va me parler de la prospérité du Peuple Anglais. Mais je répondrai qu'il s'agit apparemment de la prospérité des privilégiés de l'Angleterre; car je ne sache pas que l'immense msijorité du Peuple Anglais soit dans une condition prospère. Et puis il faut dire des nations ce que Solon disait des individus : « Ne parlez pas du bonheur d'un homme jusqu'à » ce qu'il ait terminé sa carrière, b

Ce mot de Solon m'en rappelle un autre du même sage, qui est tout à l'opposé des pensées de De Lolme sur la Constitutiim d'Angleterre : c Laissons aux autres la richesse, et que la vertu soit notare partage. »

Vous verrez qu'en législation il faudra retourner à la vertu, et qae ce mot du législateur d'Athènes pourra redevenir de mise. Car qu'ert41 arrivé depuis De Lolme qui renverse toutes ses prophéties? De Lolme affirme que la Constitution Anglaise, fondée sur l'égoisme, est c le » dernier mot de l'esprit humain; » il s'extasie sur cette consécration légale de privilèges a cpii se maintiennent eux-mêmes et s'éternisait » par le simple jeu d'une Constitution ; » il voit là, à la Tenté, une lutte, mais c une lutte réglée comme la marche des astres du ciel.» Enfin il

AUX POLITIQUES. Ui

croit que « cette bataille des intérêts, ainsi organisée, répond au but » de la nature humaine. » Sa conclusion est donc que la Constitution Anglaise a étant fondée sur un principe, non pas seulement durable, B mais éternel, on ne voit pas comment elle périrait, s 11 n'y a pas un Anglais de bon sens qui pense aujourd'hui ce que pensait De Lolme sur la pérennité de la Constilution Anglaise.

Montesquieu, plus réservé que De Lolme, croyait, lui, que la Con-i stitution d'Angleterre pourrait bien avoir en elle quelque vice caché qui la détruirait Mais il ne voyait pas ce vice. Comme les plus grands hommes sont de leur siècle ! Mont^quieu dit et démontre que la Constitution Anglaise est une Coîistitution de privilèges, d'aristocratie, de. lutte entre des intérêts divers; et il ne voit pas néanmoins comment elle peut périr! S'il croit qu'elle périra, c'est parce que rien n'est immortel : a Comme toutes les choses humaines ont une fin, l'État dont* Bnous parlons périra. Rome, Lacédémone, et Carthage, ont bien B péril j»

0 président de Montesquieu I comme disait Voltaire.

CHAPITRS X.

Gommeiit U Fnuiee est tombée dans une fousie imitation de la Gonstitation d'Angteteire.

Ainsi la France, en adoptant la Constitution d'Angleterre, a adopté un genre de gouvernement essentiellement aristocratique et fondé sur l'égoîsme.

Je me demande maintenant comment la France, après avoir fait sa révolution de 89, a pu tomber, de malheur en malheur, à la Constitution d'Angleterre, essentiellement aristocratique et fondée sur l'égoîsme. Je ne puis m'expliquer cet étrange phénomène que par rign<»rance où nous sommes encore des principes essentiels de la p<riitique.

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