SECTION V
CHAPITRS I.
La selenee politique est encore dans Tenfance.
Véritablement la science politique est encore dans l'enfance. Nos ' luttes ténélM^uses et notre anarchie profonde d'aujourd'hui, conttiMf'
6* UVE. T0«. I. »• fï.
TROIS MSCOUR&
noiï Tfnr<iÉiinTr depuis cincpiante ans, le prouvenl, au s»r|riia«»cl»fai façnoi la plus évidente.
n iify a pas càMpiaDte ans que la machine à vapeur est îDVMtio; maia^ dàs le» )our de son invention, tous les mécaniciens ao sont accordéa sus tas pièoes qax composent cette machine, sur leur rUe, sur leur proportion; ils ne diffèrent même pas sur les perfoctionoemeate àdècoavria^ Cast que la mécanique est une science, %t que ^rl du caMfcEattaar da apaeliDes est fondé sur cette science*. Mais il n'es est ifÊtk de yitaie paar la machine sociale* Pas de principe, pas de scienfo qui seraa de guida et de règle aux coostrudeurs de machines pcditiqufiB, et à tons ceux qui siérigeni au sein de la soeiélé en t»taasra de,* caHa société, sous las noma divers de rois ou (f empereurs, de princes, de ministrea, de sénateurs, de représentants de la natiott naouEiéii» par eUe, et enfin de joumalisies ne relevant que de leur
Cette nombreuse cohorte de mécaniciens politiques se divise i fhifini : M capita, M atnsiM.. La plupart, il a^ wai, au lieu didées, n'ont pour se diriger que leurs passions et leurs intérêts privés; mais les plus théoriciens même et les. phis désintéressés manquent d'un principe. Vainement donc le soin des destinées sociales leur est confié: ils sont, comme dit Homère, les pasteurs du peuplé; mais, suivant 1q mot d^ l']l{lvaug[ile, ce sont des aveu^ilqs qui condiweat d'autres aveuçles^
J'appelle science politique une science véritable, fondée sur l4^ «atuse d^9 cheses, c'est-à-dire sur 1% nature de l'homme. Cette science n*exi^ pas. Son principe n'existe pas> ou du moins n'est pas encore clajwwaeiit révélé m\ iQt«Uig;ence^
Si cettq science existait,, si. son pri^cipQ fondamental étsùit oqpn% uosl gpuverawtset nos publjci^tes n^ travaiUexaient pas. empiriquessieot comme ils font depuis cinquante ans; ils invoqueraient cette science^ ils s'accorderaient sur ce principe.
Nous avons eu depuis ce& cinquante ans sept Constitutions principales, sans compter un million de lois de détail. Pourquoi toutes ces Constitutions sont-elles à l'ao^ipode des unes des autres, sinon parce que la politique ne reconnaît pas encore un principe?
Nous avons eu depuis ces cinquante ans et nous avons encore la lutte incessante des factions. Pourquoi cette lutte, sinon parce qu'il n'existe aucun critérium de certitude dans l'art de la politique?
La politique est l'organisation des dhrers pouvoirs généraux de la société : c'est donc un art, et cet art doit relever d« quelque principe certain. Hais il faut bien, je le répète, que ce principe n'ait pas encore été drâement révélé^ pimiua tous m» Wgifilakura. et tsw»MM.écfi- TMM^MbtiQuaaeA 9Qnt»miaam«ii yutmmsmkdi èlf<
Ils ne s^accordœtc(u'«Q point de départ et sur l'énoncédu problème j tous recoonaisseat qw la science ou l'art politique a pour dbjet dé dé^ terminer quels sont les pouToirs généraux nécessaires à l'existence d'une société, et comment ces pouvoirs doivent être organisés pour remplir le mieux possible les fonctions qui leur sont inhérentes.
Voîlà^ en effet» le problème : mais où est sa solution? Est-elle dans te Constitution de 91| ou dans celle de 93, ou dans celle de ran'lll,. ou dans celle de l'an vm, ou dans les Codstitutiond de rEmpire^ ou dans les élucubrations de Sieyès, ou dans la Charte anglaise de Louis XVIII, on dans la nouvelle édition très peu corrigée donnée de cette Charte en 1830? L'oppositiim radicale de toutes cea Cmstitationa entre elles, et la lutte de tous les partis qui s'y rattachent, prouvent non seulement que le problème n'est pas résolu, mais que te principe nécessaire pour le résoudre n'est pas connu.
Il font donc en convenir, quelque étrange que cette idée paraisse au premier abord, tous les artistes en législation, tous les constructeuni de machines politiques, et avec eux tous les publicistes, tous les écrivains politiques, tous les journalistes qui depuis la Révolution ont parlé, écrit, légiféré sur la politique, ont parlé, écrit, légiféré, sans avoir un principe, un axiome fondamental dans cet art de la politique.
CHAPITRB II.
Noas en sommes encore à Montesquieu, fiate de sdenee.
Oser dire cela, est-ce notis montrer irrévérencieux à regard de tan de nobles intelligences et de cœurs généreux qui ont servi le Fraticè depuis la Révolution?
Non, pas plus que ce n'est manquer de respect aux politiques qui aai dirigé la Monarchie Française avant cette Révolution, ou en général à tous les politiques dont l'hiistoire fait mention.
Il y a des sciancea qui ne sont que d'hier; la philosophie de l'histoire n'est que d'hier : pourquoi la ptâosophie de la politique ne serait*elle pas de demain?
Mais Platen, direz-veus, mais Aristote?
Aristote a écvit pour contredire Piaton. Avez-vous accordé Platon et Aristote? Le pfocès n'eal pae figé entre ces deux grands maîtres de la politique. Donc ta science doet je parle n'existe pas.
D'autres obfeeteront Montesquieu. Mais d'autres, à l'instant, objeo* teroDt Rousseau; et, puisque Rousseau nie Montesquieu, j'en resterai plus ferme dans mon avis que la» science politique est encore im
Nous venons de voir, d'ailleurs, quelle est la doctrkie de Montesquieu.
Tout le monde sait que le chapitre de la ConsMuiion <f Angleterre est le point culminant de sa politique, et qu'il n'a écrit en quelque sorte VEfprit des Lùi$ que pour ce chapitre. Il s'est étudié à y résumer ce qu'il regardait comme des principes, et il a employé tout son art à faire illusion au lecteur. Vous croyez lire un axiome métaphysique sur la politique, et la phrase sniTante vous montre que c'est de l'Angleterre qu'il s'agit. L'Angleterre est ainsi l'absolu, le beau et le bon absolu, pour Montesquieu. Or, je le demande, n'est-ce pas une immoralité monstrueuse que cette apologie du fait et du privilège que nous venons de voir étalée dans ce chapitre ! Malgré tous ses efforts, Montesquieu ne parvint pas à déduire de l'étude comparée des législations, et en particulier de l'étude des deux Monarchies Française et Anglaise, un véritable principe. L'œuvre de Montesquieu est empirique; c'est une ébauche, un tâtonnement pour s'élever à une science métaphysique de la politique. Mais cette science métaphysique de la politique, Montesquieu ne l'a pas atteinte.
Rousseau non plus. Rousseau opposa à la monarchie et à l'aristocratie de Montesquieu la république et la souveraineté populaire. Mais Rousseau a-t-il , plus que Montesquieu, une science véritable, j'entends une scianoe basée sur la nature humaine et concluant de cette nature humaine à l'art de la politique? Rousseau a-t-il émis un véritable principe d'organisation politique? La Souveraineté du Peuple est une vérité sans doute; mais j'ai montré plus haut (i) que Rousseau luimême appelle et demande une science pour organiser cette vérité, pour la réaliser; j'ai montré que son C (mirai Social se résume dans cet aphorisme: < La Souveraineté du Peuple existera» le peuple sera en effet le vrai souverain, le souverain légitime, quand la science humaine aura donné à cette souverameté le soufQe de l'existence : jusque là ce n'est qu'un projet, » Le peuple souverain (ce sont les paroles n^êmes de Rousseau) n'est que <c l'ouvrier qui monte et fait marcher la niachine; » mais il faut, suivant Rousseau, et selon le bon sens, que cette machine ait été [Hréalablement inventa. Or, Rousseau, de son aveu, n'a pas inventé cette machine. Il n'a donc tracé que les prolégomènes de la législation.
Existe-t-il d'autres théoriciens politiques qui aient eflTacé Montesquieu et Rinisseau? Non, nous en sommes encore à Montesquieu et à Rousseau; nous en sommes encore aux prolégomènes. Nous en sommes encore à trois mots: Monarchie (la Monarchie Française de Montesquieu], ArisloeraHe (la Monarchie Anglaise de ce même Montesquieu), et en0n République ( la Démocratie de Rousseau). Ce sont là trois aspirations diverses qui peuvent donner lieu à trois factions dans l'État;
<1) ptDS la Première PtrUe de cet écrit.
:iiiais ce n'est pas un inrincipe, ce n'est pas une idée; ce n'est pas une science.
Tels donc que Montesquieu et Rousseau ont laissé nos pères^ tels nous sommes.
La première chose pour sortir, s'il est possible, de notre ignorance, c'est de la reconnaître.