CHAPITRE I
De l'acUoD dviUsatrlee qu'âne Nation peot exercer snr une antre.
Je conviens que jusqu'ici les nations n'ont joué un rôle dans le monde que par la guerre, et qu'elles n'ont exercé d'action les unes sur les autres que sous la forme de vainqueurs ou sous celle de vaincus.
Les Grecs établissent des colonies sur toutes les côtes de la Méditerranée^ et plus tard, sous Alexandre, ils détruisent l'empire des Perses et s'emparent de l'Egypte : ils civilisent alors en tant que vainqueurs. Mais ensuite Tient la conquête romaine : alors les Grecs civilisent leurs vainqueurs; ils civilisent en tant que vaincus. Les Grecs ont donc eu une influence civilisatrice sous les deux modes possibles dans le passé. Ils ont rempli ainsi d'une façon complète leur fonction provi^ dentielle dans la constitution de l'Humanité, but final de toutes les nations et de tous les hommes. 11 en a été de même des Romains. Rome envahit la Gaule, et y porte la civilisation; les Romains alors civilisent en tant que conquérants, en tant que vainqueurs. Mais les Barbares envahissent l'Empire Romain : alors les Romains deviennent pour les Barbares ce que les Grecs avaient été pour eux : ils civilisent leurs vainqueurs; ils civilisent en tant que vaincus. L'Église est sortie de là; l'Église, c'est Rome qui se fait civilisatrice sous l'habit de prêtre chrétien, et qui se continue ainsi à travers tout le Moyen-Age. Elle avait conquis autrefois et civilisé à titre de vainqueur; eUe civilise encore à titre de vaincn. Elle a eu exactement, par rapport à des temps plus modernes, le même rôle que la Grèce avait eu par rapport à des temps plus anciens.
Voilà les deux modes de l'action civilisatrice qu'une nation peut exercer sur les autres nations dans la période à'Inigàliii qui est le passé.
Mais dans la période d'Égalité qui est l'aoenir, en sera-t-il aîâsi"^ ne peut-il en être autrement?
Je dis que le problème est résolu , et que désormais ce n'est plus en qualité soit de vainqueurs, soit de vaincus, que les peuples doivent exercer les uns sur les autres une action civilisatrice.
Que la France se civilise, et, sans sortir de chez elle, elle civilisera le monde. Elle ne sera civilisatrice ni à titre de vainqueur, ni à titre de vaincu. Elle sera civilisatrice comme il sera permis de Têtre aux nations dans la période de Tayenir, dans la période de l'Égalité.
Si vous imaginez pour la France un rôle rétrograde, contraire aux grands principes de moralité que la France elle-même a proclamés à répoque de sa Révolution, vous n'indiquez pas à la France le rôle qui lui conTÎent, mais au contraire cdui qui ne lui convient pas.
Je dis que TÉgalité est pour les nations comme pour les individus.
Je dis qu'il serait digne de la France de faire écrire par ses artistes sur le tombeau qu'elle érige aujourd'hui à Napoléon, que la volonté de la France est que cet homme soit le dernier des conquérants.
CHAPITRB U.
Rome, rÉgUse, ne sont plos que des mots.
Autrefois le plan de constitution de l'Humanité s'appdait l'Église. Où est l'Église?
Luther Ta détruite, Henri VIII d'Angleterre l'a détruite. Descartes l'a détruite, Voltaire l'a détruite; Napoléon, roulant ki refaire, n'a tiré du tombeau qu'un vain simulacre, qui, à peine exposé à la lumière du jour, s'est dissous en poussière. Et lui-même a laissé la trace in* déléfaîle de son rôle de destructeur impuissant à régénérer; car, comme le remarque Saint-Simon, il a, sans le savoir, frappé le dernier coup providentiel sur l'organisation du Moyen-Age, en ôtant au pape la souveraineté de Rome, ce don important fait par Gharlemagne au pouTOir spàituel qui reliait l'Europe.
Après la chute de Napcdéon, il est vrai, on a rendu Rome an pape : mais qu'importe? le coup était frappé, et c'était le dernier. Qui a fait cette restitution à l'ancien pouToir spirituel de l'Europe? Ceux-là mèsne» qui ne vivent pas sous la direction de ce pouvoir, qui se sont séparas de sa tuteUe il y a trois sièclea avec Luth^, ou qui n'ont janaais. vottlui reoonnattre cette: tmtelk : pceuiMi du peu d'importance de ce pouvoir aujourd'hui. Ainsi la France par Napoléoaluiôte la marque 4««i scwveiaiMté : vam l'empereut de Rinsie^ qui est pape peur ses siûeta^ jmnt an rrà dfAiigleteire, qui €Bt.^pilaBenismiiamiar spiriliieL pour les siens, la lui rendent, de concert avec l'empereur d'Autriche',
réternel oppresseur de Tltalie : n'est-ce pas le même fait, avec un double outrage?
Sont-ee les papes qui régnent aujourd'hui à Rome, et qui de Rome gouyement le monde spirituel? ce sont les Autrichiens, ce sont les Russes, ce 8<»it les Aurais, ce sont des hérétiques qui gouvernent à Rome. Pourquoi les quatre millions de catholiques polonais sont-ils aujourd'hui sans patrie? Et pourquoi le vieillard qui siège au Gapitole, au Vatiemi, n'a-t-il pas môme lancé ses foudres impuissantes contre le Russe, l'hérétique oppresseur (i)? Ne voyez-vous pas bien à ce seul trait qvtik n'y a plus d'Eglise, et que le pouvoir spirituel institué par la religion chrétienne n'existe plus en Europe !
RoHMv rÉglise, ne sont plus que des mots; et il ne reste à la papauté qu'à se creuser une tombe avec les débris ie sa crosse brisée, comme le lui a dit un homme qui la servit autrefois avec zèle, et qui sera presque le dernier des prêtres doués de génie que produira le Christianisme (i).
Donc plus de pouvoir spirituel en Europe. On peut dire de œ pouvoir déchu ce <pfe le Tasse dit d'un de ses héros : tt marehait encore, maiê il éêaii mort.
CHAPITRB III.
De la reuissanee du Pouvoir SpirUnei da TBiiope.
Donc, direz-vous, le pouvoir spirituel ne renaîtra jamais.
Et moi je vous dis que la France est destinée à devenir le pouvoir spirituel de l'Europe; que ce royaume n'a pas vainement porté pen* dant douze siècles le nom de royaume tris chritietk et de fiU uiné de F Église, et qu'aiyourd'hui la succession de l'Église lui est ouverte.
Hais examinons cette proposition, que le pouvoir spirituel nere-. naîtra jamais.
Si vous entendez que l'ancien pouvcnr spirituel ne refleurira ja* mais, vous avez mille fois raison. Les morts ne sortent pas de leuis tombeaux.
Si vous entendez que le pouvoir spirituel ne renaîtra pas séparé du temporel, vous avez encore raison. Cette dualité est finie. Le monde laïque a vaincu l'Église : ce n'est pas pour la reconstituer.
Enfin si vous entendez que l'esprit humain, étant désormais éman* cipé, ne reconnaîtra plus, au spirituel comme au tempcnrel, de hiérarchie semblable aux hiérarchies du passé, vous avez encore raison. Le droit de souveraineté que l'ancien pouvoir spirituel s'était arrogé
(1) Il lefta iMMées au eontraire oonire les Polonais opprimés. (ISiS.) M) M. à^ ItiOTHiaHi d/ftttô de Bmm.
sur la société humaioe est à jamais aboli. La tyraimie cléricale est détruite comme la tyrannie laïque, la papauié comme Vempire.
Mais si vous entendez que le désordre actuel des nations et des individus, Fanarchie intellectuelle, morale, et politique, en un mot la dissolution, ou ce qu'on pourrait appeler le déluge, durera toujours, vous avez tort. 11 est déjà sorti de Tarche des colombes qui nous ont rapporté la promesse d'un nouvel univers.
Vous oubliez qu'il y a derrière la société humaine et dans son sein un Dieu créateur.
Misérable petitesse des hommes de vouloir limiter les créations divines, et de prendre l'horizon pour les bornes du monde !
Quoi ! l'Église aurait existé pendant douze siècles, et rien ne succéderait à l'Église! et le résultat final de la religicm du Christ, de la religion de Moïse, de la religion qui a posé dans le monde Yunité du Genre Humain, serait la dissolution de ce même Genre Humain, et, comme je disais tout-à-l'heure, un déluge universel? En vérité, cela est trop impie et trop absurde ponr que je puisse le croire!
Vous prisez donc que toutes les rout^ qui pourraient nous ouvrir l'avenir sont fermées? Erreur! La Providence a toujours des instruments en réserve, quand le moment de s'en servir est venu. Comme les grands poètes dramatiques, elle ne montre jamais mieux ses ressources infinies que quand le nœud du drame paraît le plus embrouiUé et la péripétie impossible.
Vous dites : 11 ne peut plus exister de pouvoir spirituel en face du pouvoir temporel; la société laïque comprend encore le pouvoir laifque, mais ne saurait plus comprendre une caste de prêtres, un pouvoir séparé et indépendant. — A merveille : mais qui vous assure que la société laïque ne peut pas s'organiser de manière à avoir à la fois un pouvoir spirituel et un pouvoir temporel unis? Le Protestantisme n'a-t-il pas déjà produit une ébauche d'une semblable organisation? La Russie et l'Angleterre n'ont-elles pas concentré sur leurs monarques les deux pouvoirs? Et le pape romain lui-même n'est-il pas, quant aux États de l'Église, souverain spirituel et temporel à la fois? Que savez-vous donc si l'esprit humain, d'ébauche en ébauche, n'arrivera pas à organiser religieusement la société laïque? Hais je vais plus loin; aujourd'hui même, en France, n'avons-nous pas une ébauche de la réunion de ces deux pouvoirs dans la société laïque? Le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif ne coexistent-ils pas dans ce que vous appelez l'État, le gouvernement? Or y a-t-il une seule loi qui ne concerne ce qu'on appelle le spirituel aussi bien que ce qu'on appelle le temporel? et le pouvoir législatif actuel, quand il fait des lois, demande-t-il permission à Rome? s'adresse-t-il aux prêtres, aux évoques? Que ce pouvoir spirituel, que vous appelez législatif, ait à peine
quelques priudpes, qull n'ait aucune religion, qu'il soit dans l'anarchie intellectuelle, ce n'est pas la question : je dis seulement qu'il n'y a qu'à regarder ce qui se passe, pour voir la tendance évidente et nécessaire de la société à s'organiser complètement.
Vous dites encore : Mais qui voudra reconnaître un pouvoir spirituel? — Et vous en reconnaissez un ! Ne reconnaissez-vous pps les décisions de vos députés? Je viens de vous montrer que ces décisions impliquaient nécessairement le pouvoir spirituel. Vous vous êtes réservé, il est vrai, le droit de critique par la liberté de la presse. Mais supposez que vos députés, au lieu de manquer de principes, eussent des principes, et que vous-mêmes, ayant aussi quelques principes certains, usiez de votre droit de critique pour le perfectionnement e^ le bonheur des hommes, croyez-vous que les choses en» iraient plus mal?
Vous le voyez ! la Providence a déjà ménagé à cette société, qui ne croit plus à son ancien pouvoir spirituel, et qui a raison de n'y {dus croire, des ressources cachées, pour l'amener au but qu'elle se propose de lui faire atteindre. Ces ressources s'insinuent dans son sein, à son insu même, et pour ainsi dire contre son gré. Les hommes détruisent les formes du passé ; mais pendant qu'ils détruisent, ils reconstruisent, et ne peuvent faire autrement. Ce qu'il y avait de nécessaire et d'absolu dans ces formes se reproduit sous leurs attaques m(^mes; et il se trouve que là où il ne devait y avoir que ruine et néant, il y a déjà un germe qui ne demande qu'à grandir.
Non, non. Sceptiques qui ne croyez qu'à ce que vous voyez, la dissolution actuelle, vos raisons, triomphantes contre l'ancien pouvoir spirituel, n'ont aucune force contre ce qui le remplacera. L'avenir sortira du présent même, comme le présent a surgi du passé. Ni le passé, ni le présent déjà aussi mort que le passé, ne nous enseveliront dans leur flot immobile ! Nous enfoncerions plutôt les portes de l'avenir.
* GHAPITRB IV.
Satie.
Mais on objecte encore : Les nations, depuis quatre ou cinq siècles, ont été occupées à détruire la monarchie universelle que le pontife romain exerçait; comment voulez-vous que les nations reconnaissent de nouveau un même pouvoir spirituel?
Je réponds ou plutôt j'ai déjà répondu : Autrefois l'homme ne pouvait commander à l'homme que par une action directe, immédiate, et plus ou moins matérielle : de là la guerre, la violence, l'esclavage,
7^ UVl. TOM. I. F* 19.
tes conquêtes, les tyrannies, les despotismes de toute espèce. C'était la période d'Inégalité. Aujourd'hui Thomme peut commander à l'homme autrement que par une action directe, immédiate, et matérielle : de là l'abolition de la guerre, de la violence, de l'esclavage, des conquêtes, des tyrannies, des despotismes de tout genre. Nous entroiiB dans la période d'Égalité.
La vie de l'Humanité s'est déveloi^iée; l'honune, suivant sa loi, a échappé de plus en plus à l'animalité. S. Paul, voulant montrer csomment ce que les Chrétiens appelaient la résurrection est possible, se trouve avoir en effet exposé, sous cette image de la résurrection, comment la vie continue de l'Humanité s'accomplit. Le passage de oe plus grand des métaphysiciens est sublime : « Simples que vous êtes ! » s'écrie S. Pa«l répondant à ceux qui croyaient ressusciter sans changement, « ne voyez-vous donc pas que ce que vous semez ne re^it » point de vie, si premièrement il ne meurt? Et ce que vous semez » n'est pas précisément le corps qui doit naître; c'est un simple grain » de froment, par exemple, ou un grain de quelque autre espèce. » Hais Dieu lui donne un corps, tel qu'il lui platt, à chaque senvmce » suivant son espèce Il en est de même des morts diô» la résar-
• rec^ion. Leur corps est semé dans la corruption, mais il ressuscite «dans l'incorruptibilité; il est semé dans l'ignominie, il ressuscite » dans la gloire ; il est semé dans la faiUesse, il ressuscite dans la puis-
• sauce; il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. Adam ^ le premier homme fut fait une âme vwimêe, mais le dernier AdMn
• sera fait un e$prit vivifiant (1). »
Ce grand philosophe a raison. L'Humanité prend de plus m plus, dans ses résurrections, un corps spmêuel. Elle sème dans la ccHtuption, et il en sort l'incorruptiMe; dans l'ignominie, et il en résiâte la gloire; dans la faiblesse, et il en jaillit la puissance. Ce <qui était animal ou voisin de l'animal devient spirituel. L'animal s^élance sur sa proie, la tue, et la dévore : voilà l'animalité. L'homme s'élanoe sur l'homme, et le fait esclave : voilà l'humanité, mais encore voisine de l'animalité. i
Cependant ce premier fait produira la civilisation. L'homme commandera à l'honune d'abord brutalement, et par un contact matériel^ nécessaire à leur communication. Hais l'homme finira par influer sur l'homme, à titre égal et réciproque, sans violence et sans avoir besoin 4e la proximité, par le seul fait de la communion des esprits.
rai -éft plus haut que les anciens grands peuples, les Grecs par exemple ou les Romains, avaient, par suite «% cette loi nécessaire du owtacft,«gi de deux façons sur tes autres peuples, d'abord en tant que
i\) I.Cor;,c. &v,v. 8a-45.
vainqueurs, ensuite en tant qpe vaineus. La Grèce n'aurait pas pu ci^» viliser autrement. Sans la guerre, ses conceptions aumientreUes jamais pénétré chez les Perses, en Egypte, ou chez les Romainfi? U y avait à cela inipossit>Uité absolue. Les civilisatimis étaient alors distkiales. et fermées les unes aux autres, oomme Test encore la Chine m\ pe^tos de l'Europe. Il fallut donc qu'Alexandre renversât l'empire des Pearsasy et fondât Alexandrie. U fallat que la Grèce, ne pouvant vaincra fiome^ fût vaincue par elle. Il fallut que des esclaves grecs vinssent i Rome instruira les Romains.
C'est ainsi que VHummûté semait, suivant l'expression de S. Paul^ la vie par la mort, que la corruption produisait un germe incorruptible, que rignoroinie de la guerre produisait la gloire de la civilisation , que rimpuissance des vaincus donnait naissance à une nouvellQ puissance, et que TSumanité pomait un nouveau corps de plus en plus spiriUiel.
Sans remouéer si haut, qui nous empêche d'admirer dans les tempe modernes cette même marche de la civilisation dans son oours irré^ sisbUe? Certes la noblesse féodale et la monarchie, dont l'œuvre, à travers tout le Moyen-Age, fut de composer peu à peu lesempires» n'avaie&t pas même le {Hressentiment de l'ordre socitd que lettre Iran vaux devaient amener. C'était pour elles-mêmes qu*eUes se livraient à tant de fatigues et de périls. Mais à mesure que leurs conquêtes s'étendaient, leur force s'épuisait. Toutes ces peuplades qu'elles avaient réunies violemment devaient finir, sous leur tutelle et sous celle d'un clergé également conquérant, également brutal, par se fondre véritablement en nations. Les mêmes habitudes, la même religion, la même langue, régneraient sur de grands territoires. Combien alors la civilisation aUait devenir rapide ! Une vérité découverte le serait à l'instant pour des millions d'hommes, un noble sentiment irait faire battre à la fois des millions de cœurs. L'Égalité devait sortir de là.
L'Égalité en est sortie, ou du moins la Révolution Française l'a proclamée en prmeipe. Et la Bévokitîon Française a «eu raison d» la proclamer; car le corps spirituel de l'Humanité est presque déjà formé.
Ce qui caractérise, en effet, les temps modernes comparés aux temps anciens, et ce qui résume en une seule phrase tous les progrès de la civilisation, c'est, comn^e Vont formulé déjà plusieurs penseurs (1), la substitution de la parois •écrite à la for&U parlée.
Un sauvage ne peut influer sur un autre sauvage qu'à la distance où peut s'étendre sa voix. De Maistre, écrivant à Saint-Pétersbourg, agit de proche en proche sur tous les habitants de la terre.
Rome rassemblait ses citoyens au forum : la France est un forum,
(1) Fabre d^onvet, V. Ballanche.
où vingt journanx parlent chaque matin à des millions de citoyens. L'Europe est un forum plus vaste encore, où toutes les nations ont la parole, où tous les hommes peuvent se faire entendre.
Pour gouverner spirituellement le monde, Rome catholique avait encore besoin de ses légats et de ses légions de moines répandus dans toute l'Europe, et disséminés à travers toutes les monarchies. La Rome de Tavenir influera sur le monde en se gouvernant elle-même, en se civilisant, en s'organisant. La Rome de l'avenir ne sera pas, suivant l'expression de la Bible répétée par S. Paul, une dme tnvante (c'est le mot dont la Genèse se sert pour exprimer la vie des animaux); mais, suivant l'autre expression que S. Paul oppose à la première, un esprit vivifUmt; elle n'exercera aucun despotisme, et sera écoutée et crue parce qu'elle vivra.
Ce n'est pas gouverner que de gouverner ainsi, dira-t-on. Non, certes, ce n'est pas gouverner, comme on l'entendait dans la période de l'Inégalité. Mais c'est gouverner comme on doit entendre le gouvernement humain dsois la période d'Égalité.
Donc, en définitive, de ce que les nations, en vertu même du sentiment qu'elles ont aujourd'hui de nos principes d'égalité, de liberté, et de fraternité, repousseraient infailliblement tout pouvoir spirituel dans le genre de l'ancien pouvoir spirituel , qui jusqu'au bout s'est obstiné à intervenir tnatériellemeni dans leur organisation , il est absurde de conclure que l'unité spirituelle du monde ne renaîtra jamais.