‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 67 sur 88 · APRÈS LES FUNÉRAILLES SANGLANTES DU GÉNÉRAL LANARQUB · texte numérisé non relu

APRÈS LES FUNÉRAILLES SANGLANTES DU GÉNÉRAL LANARQUB

, Un grand citoyen était mort, et Paris tout entier s'était leyé avec ordre et recueillement pour déposer sur un cercueil le religieux et solennel témoignage de son opinion et de sa volonté. Ouvriers, étudiants, bourgeois, gardes nationales de la ville et de la campagne, soixante mille hommes pieusement rangés à la suite du char, donnaient l'exemple d'une armée de citoyens remportant sur une autorité malfaisante

* LadUtion de ce morceau est an emprunt à ramilié; car, à Teiceptioa dv Prèambttlei cet pages ne m'appartiennent pas.

G*est toi, mon cher Reynaud, qui les écrivis, quand nous pensions ensemble et combatUons pour la vérité.

C'était en ISSt : les espérances de tSSO, pour ceux qui avaient pu être trompés (et nous n'étions pas du nombre) se disaipaient chaque jour; TBaTope et la France

APPENDICE AUX TROIS DISCOURS- a*7

une victoire pacifique et définitive; chacun savait qu'à la tranquifiité seule était attaché le succès. L'imprudente exaltation de quelques hommes échauffés par la magnificence d'un tel spectacle est venue donner au ministère l'avantage d'une journée qui devait lui être si funeste. Une scène de désordre» accueillie avec empressement par la force militaire, augmentée par des feox de pelotons et des charges de

allaient être de nouveaa comprimées; le règne de quinze ans de la Bourgeoisie commençait; nous en pressentions la durée.

Pour nous, Tavenir était, comme tu le dis, attaché à Vinterventim des Prolétaires; à eux de renouveler la société et de rajeunir le monde! Mais comment amener cette inlenrention et faire triompher le suffrage universel?

La passion des Seoles MéYoiutionnairee n*aTait invenlé que la violence pour venir à Tappui du droit; et la violence était vaincue. Nous cherchâmes à faire triompher le droit par une politique plus savaote.

Tu écrivis cette critique du Gouvernement Représentatif, en te fondant sur le principe môme de ce Gouvernement, tel que Texpoee Montesquieu, dans son célèbre chapitre de la CcnstUutim d'Angkierre : « La Puissance LégielaUVe sera coniée et an a Corps des Nobles {privilégiés) et au Corps qui selra choisi pour représenter le Peuple, » lesquels auront chacun leurs assemblées et leurs délibérations à part et des vues et » des intérêts séparés. »

Lorsqu'il n'y avait plus de Nobles par le triomphe définitif de la Bourgeoisie, et qn'fl y avaU si évidemment deux Classes dans la Nation, les Bonrgeois et les Prolétaires» tt'était-il pas absurde de conserver une Chambre des Pain avec un vain fimitoie de Noblesse, et de ne souffrir aucune représentation à la Classe la plus nombreuse et la plus pauvre, c'est-à-dire à Timmense m^orité du Peuple!

Évidemment, la véritable imitatton de la ConstituUon d'Angleterre, pour la France, c*était de donner, pour contrepoids k la représentation de la Bonrgeolsie, «ne repr^ seniation spéciale du Prolétariat.

De là le système dont ta commenças l'exposilion.

C'était une politique pleine de sagesse et de grandeur que nous offrions à nos amis et à nos ennemis. Si, en effet, le Gouvernement à privilèges des derniers pouvait être conservé long- temps, ce ne devait être que grâce à un traitement haàilenumi ménagé, pour me servir encore de tes eipfeasfoDa, tel que celui qoeta leur ladiitiiaii; et ^uant à nos amis , tu leur ouvrai» le champ d'une vaste réforme i réclamer, et lew eveignais comment on pouvait pousser le char du Peuple à travers la paix comme à tra» vers la guerre, comment, après la compression violente du Parti Républicain, ce parti pouvait encore élever haut sa parole, et, à la lumière du Jour, tracer ses projets pour le calme et pouf Vorage,

Ces pagps cfte je pute ioner» moi, pulmiie o'est toi qui le» as éothes^ lool encore pleines de véiUé et de jeunesse après vingt ans.

Mais celte politique, ni nos amis, ni nos ennemis, ne devaient la comprendre. Pour les ftévolutionnafres, elle était trop sage, trop mesurée; pour les Conservateurs, trop pniibndément rèvoltitiODnaire.

Aussi, aprènnoas être plaoé* sut ce terrain, noos en eûaaes «ne siirte de tèmords. Aèpublieainti nous sentions avec douleur que nous fournissions nn moyen pour prolonger l'existence de la Royauté. Dévoués de toute notre Sune au dogme de l'Égalité Humaine, nous avions l'apparence d'hommes qui en auraient déserté le culte décidément le Gouvernement à contrepoids de Montesquieu n'était pas notre fSrft. NOtfS laissàÉiiS les poNliques pntiqocin se débattra dans leuM ténèlMs, el hm» iiedi WMSkmes plus résoltMi* maast à l'iddai e( à riveur. U^».)

cavalerie, a répandu le tumulte dans la ville; le bruit de la mousqueterie a rappelé au peuple les combats de Juillet; et, sans chefs et sans ralliement, mais aussi sans obstacle et sans empêchement, des ouvriers encore désarmés ont passé la soirée et la nuit à dresser des barricades dans leurs rues silencieuses et paisibles.

Au matin tout l'appareil de la guerre civile s'est déployé; la ligne, la garde nationale, la banlieue eUe-même, ont été convoquées au se-cours de TÉtat en péril; la fusillade a roulé jusqu'à trois heures avec la terrible régularité des batailles; le canon a grondé, et battu longtemps les maisons comme des citadelles; puis tout est rentré dans le silence, et l'on a compté les vaincus et les morts.

Aloi'S on a vu que quelque troupe, agglomérée au hasard, s'était aveuglément jetée dans les maisons, au Chfttelet, à la Bastille, dans la rue Saint-Martin, et partout s'était maintenue avec un énergique désespoir; le cloître Saint-Merry, contre lequel on avait amoncelé des régiments et dressé des batteries, était occupé par quarante hommes, et l'armée y fit huit prisonniers. La ligne, en deux jours de combat, avait eu trois cents hommes tant tués que blessés, et la garde nationale comptait deux morts.

Voilà le com(dot, voilà le combat, voilà la victoire. Le juste-milieu, enivré par ce triomphe d'émeute, a donné le signal aux trompettes ministérielles; et, croyant sa position changée par le hasard d'un tumulte, il est venu mettre l'arbitraire à la place de la loi, déclarer Paris en état de siège, encombrer les prisons de dix-huit cents citoyens, trar duire la presse devant des conseils de guerre, livrer les accusés à la justice des commissions militaires, placer la ville tout entière sous la crainte des froides exécutions de la fusillade, et jeter l'alarme dans la province en y jetant les panégyriques d'une victoire de guerre civile.

Nous concevons cette politique téméraire de la part de quelques hommes qui, transfuges du camp du peuple, ou aveuglés par des opinions stationnaires qu'ils ont eu l'art de faire prendre pour ime doctrine, redoutent avant toute chose le progrès de la Démocratie, et qui depuis deux ans n'ont pas dissimulé que la perte du principe de la Légitimité était pour eux à jamais regrettable. Nous concevons que, cachés dans l'ombre, ils poussent à la violence avec une logique inflexible. Mais nous ne comprenons pas que les hommes politiques qui ont un intérêt personnel et sincère au maintien du gouvernement actuel puissent adopter leurs conseils et s'en faire les éditeurs responsables. De la part des premiers, c'est orgueil et calcul; de la part des autres, la persistance dans cette voie ne serait que faiblesse d'esprit et défaut d'âme.

Avec quoi, nous vous le demandons, vaincrez-vous le Garlisme et la Vendée, si vous éteignez sous du sang l'ardeur patriotique?

Et si par malheur vous aviez la guerre !

Vous cherchez un complot tous n'en trouverez pas. Lecomploty

ce sont tous les malheurs et toutes les fautes accumulés pendant deux ans; il était dans Tair, dans Tatmosphëre politique, si gros d'orages. Aujourd'hui les journaux ministériels accusent l'Opposition dlavoii semé la guerre civile : avec quel avantage l'Opposition ne renverra* t-eUe pas cette accusation au Ministère et a\ix écrivains qui le conseillent! Dans la situation où était Paris, il suffisait du moindre accident pour faire un incendie. Le seul bruit que des soldats avaient tiré les premiers sur le peuple suffisait pour pousser au combat des jeunes gens courageux et de braves ouvriers. Mille impressions reçues depuis deux aos de la politique extérieure comme de la politique intérieure ont suffi pour faire tirer l'épée et charger le fusiL Voilà ce qui a renfermé des hommes intrépides dans des barricades; voilà ce qui lésa fait tenir du haut de quelques maisons contre toute une arn^ée. Du reste le hasard a tout conduit dans ces deux journées. Mais de complot, de direction, de plans concertés, il n'y en eut pas. Et vous iriez au* jourd'hui continuer la fusillade sur des prisonniers, après avoir sou»^ trait à la fusillade les ministres de Charles XI Ah! gardez-*vous*en. Rappelez-vous que, comme l'a dit un poëte, le sang appelle le sang.

Pour qui médite sur l'état de la France, toutes ces agitations couvulsives, toutes ces levées de boucliers des divers partis, ne sont que l'expression du malaise général de la société.

Et pour qui a foi dans le principe de Liberté et dans l'efficacité du Gouvernement Représentatif qui en. est l'expression politique, toutes les questions se résument' dans cet axiome : Après la Révoluiion de Juillet, il fallait un progris dans le Gouvernement Représentai^, un progris analogue à cehU que l'Angleterre accomplit en ce moment par la réforme.

Ce progrès n'a pas été fait ^ il a été obstinément refusé par cette mauvaise école poKtique qu'on appeUe Doctrinarisme.

Voilà la source de tout le mal; voilà la cause de toutes les émeutes; voilà la cause de la Vendée et du 5 Juin.

Les besoins moraux et physiques de l'immense majorité du peuple ne sont pas représentés.

Nous n'avons du Gouvernement Représentatif, tel que l'ont compris Montesquieu, Delolme, Benjamin Constaut, tous les publicistes, que le nom.

Est-il étonnant que les idées progressives ne trouvant pas une issue, les plaies de la société ne trouvent pas de remède, et que les intérêts et les passions, les passions les plus généreuses comme les plus rétnn grades, fassent explosion?

Aussi est*ce sur le progrès à accomplir dans le lait de la Représenta-

tion Nationale que nous Youdrions appeler Tattention aérieufle de tous

Nous commençons à publier notre opinion théorique sur ce sujet, et nous la déwlopperons de plue en plus, persuadés eomme nous le sommesy pour y avoir profiDodément réfléchi, qne detant cette question toutes les autres ne sont que secondaires.

Le Gouvernement Représentatif, qui paraissaft à tant de bons esprits, il y a quelques années à peine, renfermer en lui le principe d'une longue eiistenoe, dont on admirait le mécanisme comme le chefd'cBUviu de l'esprit humain et Tiostrument nécessaire au développe^ meut progresrif de la civilisation et de la liberté, est aujourd'hui publiquement tombé dans un discrédit si profend qu'il semble que la nation le confonde tout entier dans le même m^ris dont elle a enveloppé ctjwPMniUm, auquel elle a laissé pour sobriquet le nom dont il s'était lui^nénie décoré. L'état de décomposition auquel il est par« venu dans les esprits est comme une gangrène intestine; et l'on dirait que, nsbeBe i tout remède, le mal, qui chaque jour s'avance^ doit s^étendre de proche en proche jusqu'aux eirtrénûtés, et frapper de ponr^ riture les membres doués encore d'un dernier reste de mouvement et de spontanéité. Cependant il arrive souvent qu'un traitement habite^ ment ménagé, ou un membre sagement retranché, opérant tme révolution imprévue, ramènent la santé et font couler dans les veines ma*ladds un sang plus actif et plus pur; et parfois aussi le mcnribond languissant et faible, trompant l'impatient calcul des héritiers, les force chaque jour à rejeter au lendemain leur espérance, et, démentant toute règle et toute expérience, iratne encore bien au-delà des bornes de la saison fatide son souffle ralenti et glacé. 11 faut donc, d'une part, être attentif et réfléchi, et ne point se h&ter de condamner avant d'avoir pesé toutes les chances de salut, et, de l'autre, craindre de se laisser emporter par des désirs anticipés, et se garder de donner toute eonAmce au temps, ^i nous trompe souveirt et rarement se soumet à notre ordre.

Les uns ont jeté un superbe anathème sur la guenille représeuli^ tlve qui entoure les dorures du tr6ne qn8si-4égilime; et, peniatit le princ^ anéanti parce que sa grossière effigie, après avoir été mav^ quée et flagellée, avait été trakiée par la foule dams le ruisseau des rues, ils se sont enfuis bien loin des théories ai^Iaises, et se sent mis à vujufer dans l'eepace pour y découvrir un principe gouvernemental

nomreau et préparer la rénoyation universelle du Genre Homain par le poîflsant esior de leur génie inventif. Les autres, pleins de foi dans la Providence des Peuples, et marchant à Taveoir aussi résolus et décidés que si la loi de cette Providence était la loi de la Aitalitè, implorent pour l'Europe quelques jours seutement de fermentsEbos et de bouillonnement, assurés que la consolidation et la pais doiv^ot nrthr du sein de ce tumulte et de cette effiervesceoce, oomme le inonde du sein de l'antique chaoe; consacrant tout leur travail à accélérer cette crise salutaire^ et ne voulant rien préjuger au-delà, ils se réduisent) pour tonte conception générale, à demander que k^soenu de Téloo^ tion populaire soit imposé sur le front du Pouvoir Eiécutif. Sans doute il y a pour une tempête prochaine autant de certitude qu'il est permis à Tesprit de Thomme d'en amasser ^ mais en ne se préparant que pour les jours d'orage, pour la règle desquels il n'y a ni prévision m calcul» ne laissent^ilB pas une place libre aindessus d'eux à ceui qui se tnu» portent au^elà de la chute des derniers représentants de la Féodalité^ et méditent sur les combinaisons harmonieuses qui devrent réunir ks élémens atErancbis? Le temple d'Antium est détruit, et ceux qui ùArm^ sent leurs prières et leurs vœux à la Fortune ne songent paa que cette sourde et aveugle déesse n'est plus qu'use impuissante idole»

D'ailleurs, bien que l'histoire soit ouverte devant nous pour noua en^ eeigvnr avec quek terriUes mouvements les peuples avancent dans k voie du progrès, et bien qu'il ne soit guère peittois de pmserque l'fiiMfe poisse se débarrasser sans vMence des liens qui l'opiurnsent eneore, et marcher pacifiquMnent à la liberté sous les tutékkw aiuspiees de k royauk kgÂime, cependant la question de k guerre, â évidente cha*qi|e fois que l'on pèse un peu sur la réalité, est encore enveloppée dans cette obscinrite du temps si impénétrable à nos regards, U a'est point donné aux hoaunes d'écrire i l'avance leur histoire et<k jaknaer V^ vemr avec des dates, comme ils en jalonnent k pessé; les plans traoé» pour k lendemain toi^ours repeseot sur des hypothèses ^ toi^ouffs se méknt avec le temps, cet étemel élément si difficile à introduis dans k calcul des probabilites politiques^ Imprudente et téméraires ceuK qui croient pouvoir tout trancher à la kme de l'épée, et to«t résoudre w gré de leurs passions et de leurs désirs. La sagesse humiiine consister savcMir s'emparer des événemento, alors même qu'ils paraissMt les plus rebelles et ks plus rudes, pour les façonner et en kire dm mi^in^ mente utiles.

Députe deux ans, eqwndant, tous oeux que passiomie l'amour du mouvement ant-as pensé qu'l kut savoir pousser k char du peupk i travers la paix comme à travers la guerref Entraînés par leur fougueuse impatience, ils n'ont cessé d'invoquer à grands cris la guerre, et de lui demander de rouvrir sa vaste carrière de pert^ctiûQQment et

de propagande. Mais tout a été étouffé, et la paix artificielle de la Sainte-Alliance a continué à peser sur les peuples disciplinés et groupés en royaumes. Sans doute il eût été difficile dès Torigine, en jetant sa Yue à deux années en ayant, de comprendre Tétat de TEurc^ tel qu'il est aiyourd'hui; sans doute on ne pouvait prévoir la paix, ni en présence de la France qui , tout émue et toute flère d'avoir repris sa glorieuse initiative et reconquis Tindépendanoe de ses pères, semblait enseigner à tous, par son exemple, à quoi tiennent les trônes et comment on chasse les tyrans, ni en présence de la Belgique qui refoulait violemment la Hollande dans ses marécages sous les yeux de la Prusse son alliée et sa parente, ni en présence de l'Espagne dont nous armions les frontières, ni en présence des éclatantes séditions de l'Italie et de la sourde effervescence de l'Allemagne; sans doute il eût été insensé d'y penser ce jour où les troupes de la Russie commençant à s'ébranler contre l'Occident, la Pologne, imitant le dévouement des Thermopyles, résolut d'arrêter aux portes de la civilisation le nouveau Xercès; plus insensé et plas lâcbe d'y penser ce jour funèbre où circula la nouvelle de mort ()), et où l'on ne trouvait plus de paroles que pour la colère et la menace. Toutes ces choses sont venues à la suite, s'entassant l'une sur l'autre; et cependant la guerre a fait défaut, et l'événement a démenti tontes les prévoyances. La guerre avait été faite condition d'avènement pour le peuple, et, la guerre manquant, le peuple est resté dans sa misère et dans son abandon.

Dirait-on que toutes chances ne sont point perdues, et qu'il ne tant point se dépouiller de tout courage et de toute espérance ? Mais je répondrai que bien des hommes déjà sont rentrés dans l'abattement et dans le dégoût de l'avenir, qu'il n'est pas évident que la République Universelle soit si voisine qu'on puisse en l'attendant prendre patience et se résigner au présent, qu'il n'est pas démontré qu'on doive jeter bas tout espoir de salut en jetant bas tout espoir prochain de révolution et dé secousse. Je demanderai enfin ce que l'on propose de faire pour l'amélioration des masses tant^que nous serons condamnés au régime bâtard qui nous gouverne; je démanderai si nous n'avons pas porté déjà deux grandes années de cet ingrat système qui après avoir débuté par rimmobiUté s'enhardit jusqu'à la réaction , et combien nous devons le porter encore sans espoir de progrès. Ne peutron pas dire que si les Dbctriiùdres, conduits par la timidité et l'égoîsme, ont tout sacrifié à la paix, les Républicains, emportés par le dévouement et l'ardeur, on tout sacrifié à la guerre? Ils ont consenti à confier le sort du Peuple à l'épreuve de cette balance dans laquelle Jupiter pèse les destinées, et le

fl) Là mon de la Pologne.

plateau de la paix, en s'abaissant vers la terre, leur a enlevé l'empire et a donné la victoire à leurs compétiteurs.

. Nous vivons en un tel temps de désordre et d'incertitude que chaque jour il faut préparer pour le lendemain autant de solutions nouvelles qu'il y a d'événements nouveaux qui se balancent à l'horizon; le vaste champ du possible s'agrandit bien au-delà de la France, et notre œil a peine à embrasser l'étendue de cet horizon Européen. Notre raison a reçu le choc de tant de faits inattendus, que le passé doit devenir pour elle une haute leçon, et lui apprendre qu'il faut toujours se méfier et toujours être prêt aux alertes; car souvent ce que l'on a rejeté loin de soi en le traitant d'absurde et de chimérique se relève traîtreusement contre nous, et, profitant de notre imprudente assurance, nous surprend et nous attaque au dépourvu. Nous naviguons sur un océan inconnu; et, comme le matelot expérimenté, nous devons tracer à la fois nos projets pour le calme et pour Torage; le ciel qui s'étend sur nos tètes, et qui semble couver la tempête, nous trompe peut-être, et se prépare à nous renouveler encore la continuation de ces longues et accablantes journées de la Restauration, qu'avait interrompues un in^ stant le tourbillon passager de l'ouragan. Et si, en effet, l'apathie des esprits, le défaut d'idées précises, la domination des circonstances étrangères, le temps qui, en politique, parfois coule si vite et parfois si lentement; si toutes ces choses devaient s'unir pour soutenir le règne d'une seconde Restauration au milieu de toutes les haines, de toutes les injures, de toutes les sourdes menaces, comme elles s'étaient unies déjà pour soutenir le règne de la première, nous faudrait-il attendre quinze ans que le peuple, lassé de ne rien recevoir, se décidât enfin (I)? Ne devms-nous pas chercher des armes avec lesquelles nous puissions contraindre cette royauté, même vivante et assise sur son trône, à tour-* ner ses regards vers les besoins et les souffrances de ceux qu'elle nomme ses sujets, et pour le soulagement desquels elle gémit de n'avoir rien à faireî

C'est à la Presse, cet ardent foyer de l'opinion publique qui verse sur les masses qui l'entourent ses flots de chaleur et de lumière, c'est à la presse qu'il importe surtout de se poser hardiment son but et de se créer sa tâche. Jusqu'ici, emportée dans le flagrant tourbillon de la politique, entraînée par la fougueuse fermentation des passions et des espérances, remettant à d'autres temps le soin de préparer des coups mieux médités et mieux étudiés, elle s'est donnée tout entière à cette marche bondissante de nouvelliste commentateur; ne cherchant d'autre aliment à ses enseignements que des textes puisés aux portefeuilles des diplomates et des ministres, elle semblait en quelque sorte renoncer

(1) U a ÊiUu en effet attendre quinze ans. (IS&O.)

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à la préséance, et abandonner volontairement an pomroir HnitiatiTe en toute matière, à la seule condition de conserver pour elle la censure et la réplique. Mais aujourd'hui qu'en Europe tout tumulte s'apaise, que tout, même l'Angleterre, devient silencieux et tranquille; aujourd'hui, que notre gouvernement, protégé par le calme qui l'environne, semble paisiblement rentré dans toute la jouissance de sa nullité, que sa médiocrité est chose convenue et que Itri-même accorde, que ses méfaits, soigneusement recueillis durant ddui ans, forment un tel monceau qu'il est superflu de se baisser pour en ramasser davantage,' aujourd'hui que le mépris a si bien Imbibé et pénétré toutes choses que la critique glisse à la surface et né prend plm nulle part, aujourd'hui c'est en dehors du mouvement et de la pensée de l'autorité publique qu'il faut chercher quelque vie et quelque inspiration.

Le moment est venu où le salut de la société exige qtie la Presse se place dans une voie plus large; il ne s'agit plus d'escarmoucber et de se fatiguer à des combats d'avant-postes, il faut se porter au centre des questions, et attaquer par leur base toutes ces mesquines grattons et ces absurdes tripotages de la race bfttarde des monfar^ueB doctrinaires r il n'y a que les enfants et les fous qui perdent le temps à se réerier contre les abus; les sages cherchent le siège des abns et y portent remède. Bt ne voyez-vous pas que si c'est dans le vice de la Représentstiofi Nationale que se trouve la cause du mal, c'est à ce vice qu'il ie faut adresser, et non point aux conséquences qu'il entraine après lui? Travallleai sans relftcbe, fatigues^vous à maintenir è pld» bords le niveau des aflSiires, versess-y à grands flots» pour en comblca* la me* mtt, le tribut de vos corrections et de vos amendements : ne voyesvous pas que si le vase est mal joint, vous faites une oeuvrs plus insensés que rosuvre des Danaïdes, que vous vous repaisses d'illusion en vems repaissant d'espérance, et que votre tftcbe, qui diaque jour est la même et chaque jour recommence, est une tâche sans terme et sans raisoni Et n'est-^il pas évident que si les intérêts du peufrfe ont besoin, pocur être représentés, d'emprunter le secours de votre parole et de votre éloquence, c'est qu'ils s'échappent et se perdent à travers ks larges ouvertures de l'enceinte parlementaire?

Cest donc là que se trouve la question tout enUère, et dest là surtout ce ^i demande à être gravement pesé et gravement étsdié.

Toute la destmée de l'avenir semble comprise dans cette pensée du sage que la voix publique répète chaque jour, et qui circule autour de

APPENDr.CE AUX TROIS DISCOURS. 355

nous comme tme leçon tnlgaire, que bien peu arrêtent ait passag'e pour la laissèt reteittir dans la sérietise profondeur de letir esprit : a Lavùix du Peuple e$t la toûv de Dieu. » Dieu en effet, en créant les hommes égaux, a voulu les rèmiir dans des limites semblablee à celles qui embrassent les enfants d'une même famille; et^ tout en permetrtant à la variété de répandre sur leurs figures des nuances et des dissemblance», il les a foules comprises cependant enire les bornes d'un type idfranebi^able^ et il n'a pas voulu que la tête d'un homme, quel que fût son génie et sa force, jetée en eontrepoîds éa plateau qui contient l'Humanité tont entière, pàt l'ébranler à elle ^uie, le soulever et le forcer à céder devant elle. Pour faire connaître à l'Humanité son ordre et sa volonté, il n'accepte pas entre lui et elle des délégués intermédiairesp,' la même puissance qui ouvre les cœurs aux passions généreuses les a ouverte à la passion du Progrès; la parole du Peuple est une parole qu'il inspire Ini-^môme, et qui sans cesse s'exbale, coU'fuse, indistincte, ignorée, et c'est cette Parole cependant qu'il importe de consulter et de comprendre; car c'est elle qui rend aujourd'hui les oracles, et qui sanctionne de son consentement et de son accord les vérités nouvelles dont la masse grandit et s'aecroit d'heure en heure. Sans doute il faut savoir rendre aux grands hommes leur part, et ne point tomber dans les excès de l'injustice encbercbant à fuir les excès de l'inégalité; sans doute, dans la foule, bien des tètes se dressent et dominent les autres : maie des plus grands on vient aux plus petits par degrés insensible^, et les géants n'existent que dans la tradition de nos pères. Tout a disparu dans le passé autour de ces hautes figures qui se tiennent encore deboot, les pieds plongés dans la poussière du tempe; mais si nous pouvions animer cette poudre silencieuse qui dort devant eux, et évoquer de son sein l'image inconnue de tant d'hommes qui ont vécu à leurs côtés et partagé leurs travaux sans partager leur gloire; si, dans les trésors dont ils nous ont laissé l'héritage, nous pouvions séparer le fruit individuel de leur génie, du produit de l'impôt perçu par eux sur leurs contemporains et rassemblé pièce à pièce; si dans l'inspiration de leur âme nous pouvions sentir tout ce qui s'exhalait de la chaleur du siècle, alors nous penserions peut-être que leur taille eût paru moins élevée, si l'on ne s'était pas agenouillé devant eux. Déclarons donc résolument que ni la sagesse ni l'amour du bien public ne donnent le droit de faire la loi aux hommes, et que toute pensée philosophique, avant de revenir épurée et digne de se répandre dans la réalité, doit passer par l'épreuve du sentiment universel, qui seul la sanctionne de son autorité, et, transformant son essence, d'humai&e et d'iniparfatte qu'elle était, la rend toute sacrée et toute divine.

Sans doute ce pouvoir moderne, né de la liberté de W m^s^ ^^ ^^~

tant dans son indépendance sans recevoir de règle et sans en imposa, devenu de plus en plus le pouvoir du génie et de Fintelligence, et s'asseyant au centre des générations pour nourrir leur esprit et animer lenr progrès, rayonnera librement un jour jusqu'au sein de ces masses aujourd'hui délaissées dans leur ignorance et condamnées à l'iloUsme; sans doute^ un jour, la logique toute-puissante du Peuple afEranchissant ses représentants de toute tutelle et de tout patronage, ils cesseront de demeurer groupés aux pieds de cette idole gothique qui depuis quarante ans demeure sans tête pour porter la couronne, et qui, soigneusement mutilée de toutes les armes dont elle était hérissée, nous reste comme une relique du vieux temps, vêtue de quelques oripeaux sous lesquels elle prétend abriter encore le privilège de sa mystique inviolabilité; et sans doute aussi il sera alors donné à tous de voir et de comprendre comment la Liberté s'accorde avec l'Association, et comment l'Humanité, pour continuer à marcher en avant, n'a plus besoin des prodiges d'une création nouvelle ou d'une rénovation universelle, mais seulement de l'épanouissement naturel des germes qu'elle renferme et alimente sans cesse. Mais, au milieu de tout ce mouvement, le progrès de la Représentation Nationale est ce qu'il importe avant tout d'assurer et de soutenir; car c'est en lui que vient se concentrer tout le progrès de la science gouvernementale : c'est lui seul qui ramènera peu à peu l'ordre et l'autorité au milieu de nos sociétés afflranchies; c'est lui seul qui, réglant peu à peu Timmense assemblée du Peuple, précisera le son confus de toutes ces voix et l'expression tumultueuse de toutes ces volontés, lui enfin qui, remplaçant le sacerdoce des papes et la légitimité des rois, réunira au sein de l'Humanité, en un foyer nouveau, la vérité et la force avec l'indépendance.

D'où vient donc que ce principe de la Représentation Nationale, qui semble être le sceau de l'alliance des Gouvernements et des Peuples, et qui devrait, comme l'arche sainte, être religieusement gardé par la vénération universelle et protégé par elle contre toute profanation et toute impiété, d'où vient que ce principe, livré aux insolents blasphèmes des ennemis du progrès ou de la liberté, est aujourd'hui abandonné aux outrages, et délaissé dans sa détresse par ses disciples les plus fidèles? d'où vient que cette Représentation Nationale eUemême, essence féconde merveilleusement distillée de la vie d'une grande nation, convention puissante qui devrait tenir en eUe toute la

force, toute la sagesse, toute la volonté dont dispose le Peuple, d'où vient que cette Représentation' Nationale, placée au milieu des temps les plus fertiles en grands événements et les plus spacieux pour le déploiement des grandes choses, n'a su trouver en elle ni âme ni mouvement, et a semblé prendre à tâche d'ouvrir l'histoire de la France nouvelle par des pages semblables à celles des règnes indolents des successeurs abâtardis du premier de ses rois? Le principe serait-il faux et méprisable en elTet, fait tout au plus pour une Restauration de quinze ans, et bon pour servir de transition passagère vers d'autres destinées? le Peuple serait-il incapable de comprendre sa propre cause et de diriger son mouvement par sa propre pensée? et faut-il donc alors, pour oser croire à la religion du Progrès, se déclarer dans l'attente d'un Messie inconnu ou chercher la discipline de quelque génie révélateur? Certes nous ne rejetterons pas toute assurance de liberté pour nos enfants, et nous ne nous soumettrons pas à n'avoir pour avenir d'autre espoir que celui d'un miracle du ciel; nous demeurerons bien plutôt convaincus, au spectacle de la déconsidération et de l'impuissance de ce principe conservateur, que ce n'est pas sur lui que doit retomber le discrédit et le blâme, mais bien sur la défectueuse application qu'on en a prétendu faire. Si la machine chancelle, et si sa force faiblit et tombe, nous ne nous écrierons point avec dédain que la source qui l'alimente est froide et sans bouillonnement, ou que la vapeur qu'elle exhale est sans énergie et sans activité: mais nous croirons bien plutôt que les membrures sont disjointes ou les conduits obstrués, et que le principe moteur caché à nos regards s'échappe par quelque issue, ou peut-être s'amasse en silence à nos côtés et nous prépare de terribles éclats.

Il est donc inutile de dépenser sa peine à un stérile contrôle, quand il importe avant tout de remonter à l'origine du mal, et de se servir de l'analyse des causes pour apprécier les conséquences et appuyer son jugement et sa prévision.

Or, si nous considérons la Loi Électorale, application, du principe théorique à la réalité actuelle, nous' voyons que, dans sa formule la plus générale, partant de cette hypothèse que dans la Nation tous les intérêts sont semblables et de même nature, elle simplifie dès l'abord la question en négligeant les intérêts inférieurs et tenant compte uniquement de ceux dont la valeur est la plus haute. Si, en effet, dans la Nation, les intérêts étaient, comme la loi le suppose, homogènes et analogues, on pourrait se contenter de recueillir les plus éminents et les plus forts, et simplifier le mouvement social en n'admettant à la Représentation que cette élite de l'opinion commune; ou &î> ^^ ^^^i les sociétés avaient déclaré reconnaître pour but de \dVX existence l'immobilité et le maintien du passé, et proscrire le ci\w.|\%&^^^^ ^^^^

progrès vers l'aveoir, il pourrait être juste de rejeter comnie dange* reux et contraires au bien public tous les intérêts d'amélioration et de nouveauté, et de n'admettre comme réels et comme légitimes que les intérêts de stabilité et de consenration. Mais il est faux que dans la Nation tous les intérêts soient les mêmes, et, cela démontré, il est faux que Ton puisse tenir compte des uns et négliger les autres : le principe de la Représentation Nationale ne conduit à ses vraies conséquences que lorsqu'en l'appliquant à la réalité on parvient à représenter en effet l'intérêt de la Nation tout entière.

On est donc entraîné, d'une part, à l'erreur, en s'adressant à la richesse comme donnant garantie d'intelligence et de raison; car Yoa soutire en même temps toute l'essence d'égoïsme et d'aristocratie, et on laisse échapper tout ce qui répond au désir d'amélioration des classes-inférieures. Maison tomberait également dans l'erreur en supposant à tous les votes le même poids, et en se contentant de comparer les nombres; le nombre et le poids font seuls la mesure, et en ôtant ainsi toute influence à une Minorité dont les idées n'étaient pas sans valeur, on l'étoufferait injustement sous l'exubérance d'une Majorité numériquement plus puissante.

On ne saurait donc atteindra la vérité qu'en classant par groupes homogènes les intérêts de même nature, et en donnant à chacun sod droit et son organe; car chacun représente sa part de l'intérêt social, chacun a sa légitimité, et chacun doit aussi avoir sa garantie. Dans l'avenir, sans doute, le contrat général d'association se rapprochant de plus en plus des conditions imposées par l'Égalité et par la Liberté» bien des intérêts différents aujourd'hui se rapprocheront, et finiront par se confondre en un même accord; mais jusque-là il y a déloyauté ou déraison à vouloir établir l'équilibre en effaçant un parti sous un autre plus riche ou plus nombreux.

Or maintenant posons le pied sur le terrain da la réahté présente.

Je dis que le Peuple se compose de deux Classes distinctes de conditions et distinctes d'intérêt : les Prolétaires et les Bourgeois.

Je nomme Prolétaires les hommes qui produisent toute la richesse de la Nation, qui ne possèdent que le salaire journalier de leur travail et dont le travail dépend de causes laissées en dehors d'eux , qui ne retirent chaque jour du fruit de leur peine qu'une faible portion incessamment réduite par la concurrence, qui ne reposent leur lendemain que sur une espéranee chancelante comme le mouvement iiicer-

tain et déréglé de rindustrie, et qui n'entreToient de salut pour leur Tieiilesse que dans une place à l'hôpital ou dans une mort anticipée. Je nomme Prolétaires les Ouvriers des villes et les Paysans des ca»]^ pagnes, soixante mille hommes qui font de la soie à Lyon, quarante mille du cotm à Rouen, vingt mille du ruban à Saiot^ÉUenne, et tant d'autres pour le dénombrement desquels on peut ouvrir les statistiques^ rimmense population des villages, qui laboure nos champs e^ cultive nos vignes, sans posséder ni la moisson ni la vendange; vingtdeux millions d'hommes enfin, incultes, délaissés, misérablesi réduits à soutenir leur vie avec six sous par jour. Voilà ce que je nomme Prolétaires (I).

Je nomme Bourgeois les hommes à la destinée desquels la destinée des Prolétaires est soumise et enchaînée, les hommes qui possèdent des capitaux et vivent du revenu annuel qu'ils leur rendent, qui tiennent l'industrie à toura gages et qui relèvent et l'abaissent au gré de leur consommation, qui jouissent pleinement du présent^ et n'ont de vœu pour leur sort du lendemain que la continuation de leur sort de la veille et l'étOTnelle continuation d'une constitution qui leur donne le premier rang et la meilleure part. Je nomme Bourgeois les propriétaires depuis les plus riches, seigneurs dans nos villes, jusqu'aux

(1) Je croif utile de latpeler ici an d#cament sUUstiqia qui a «ma été publié plo^ sieurs fois, «t cUmt l«s cliiffnet, dans leur langage concis, résument m quelques lignes une abondante matière de réflexions et de discours. Sans doute en France la production de la richesse est trop déréglée pour qu*f 1 soit possible d*en faire une éTalnatfon bien certaine ; mais, en jetant les yeux sur ce tableau, on conviendra qu'on peat laisser à Terreur ime belle place sana eesser de s'étonner de tant d'inégalité et de tant de misère.

Bn rangeant la population totale de la France en douze classes, et en attribuant à chaque citoyen pour revenu la moyenne du revenu de la classe dont il fuit partie, on arrive aux résultats suivants :

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