CHAPITRE \lh
L'inflaence ci?ilisatriee a pasaé momentanément k l'Angleterre.
Après la chute de Napoléon, Canningosa un jour, dans le parlement d'Angleterre, se comparer ou comparer la puissance Anglaise au dieu qui 'à son gro remue ou apaise l'Océan. Et quel était son talisman pour remuer ainsi ou calmer l'univers? C'était sa devise : Liberté civile et religieuse dans le monde entier.
Et, en effet, l'influence morale et civilisatrice qu'avait exercée la Révolution Française était passée momentanément à l'Angleterre. Mais l'Angleterre, cette féodalité commerçante, ne faisait que cacher son mercantilisme sous ce rôle d'emprunt. Qu'est-il arrivé? L'Angleterre a jeté son masque : la France a-t-elle repris son rôle? L'Europe atrtendait une conclusion de la Révolution Française. Où e&\ e^i^ conclusion? Les écrivains politiques qui nourrissent TesptU ^u\>^'vc f^r le
(1) Voyez le Disoours aux Politiques, Quatrième Partie.
joemalisme s'occapenfrils de cette eondasion? Où sont leors prâicîpes? Us ne s^oocupent que de critiquer le pouvoir.
CBAPITIB IV.
Le Mal ne vient pu «nkiMiiient des govrernants.
Non, le mal ne vient pas uniquement des gouvernants. Pouvionsnous nous attendre que la Restauration travaillerait à organiser la Révolution Française? Pouvions-nous le demander également à la quasi- Restauration?
Le mal est en nous, en nous serviteurs de la Révolution Française qui la servons si mal.
Est-ce qu'il n'y a que les gouvernants? Est-ce qu'il n'y a pas le pays? Est-ce qu'il n'y a pas la presse, les livres, les journaux?
Cest la presse que j'accuse, autant que le pouvoir. Pourquoi la presse n'a-t-elle pas suffisamment enseigné le pays ? Pourquoi avons-nous le droit de répéter aujourd'hui nos paroles d'il y a quinze ans (!) :
«Les écrivains politiques en sont encore au système de V équilibre, sans autre idée.
» Ils sont encore en proie à deux terreurs paniques, la peur de la Russie, la peur de l'Angleterre, sans comprendre le remède.
» Ils vivent encore de l'une ou de l'autre de ces deux idées que leur a léguées Napoléon, ou les partagent toutes deux à la fois; et là se borne toute leur doctrine.
» Du reste, ils font encore consister la politique des nations à se nuire mutuellement.
n Ils ne s'occupent que des éventualités de guerre et de l'honneur des couronnes, à la manière des diplomates.
» Ils étalent à tous propos de beaux sentiments de philanthropie; mais, quand il s'agit de politique extérieure, tous leurs conseils vtnt att\pillage.
» Faute de théorie, ils sont livrés à d'éternelles floctuations. Us Marnent ou approuvent tour-à-tour le principe de l'intervention, au lieu d'en blâmer ou d'en approuver seulement l'usage.
» De tous les rapports qui existent entre les corps qu'ils étudient, ils n'observent que la proportion des canons et des soldats, et les lignes des frontières. Ces limites de fleuves et de montagnes, cette politique toute simple et toute puérile, est encore leur idéal. »
Que leur dire donc?
(l) Étude sur Napoléon. — Vojet page 305 de ce Voltiiiie.
' Ce que nous leur disions il y a quinse ans : « Tout cela est ton ponr éterniser le provisoire I »
Vous êtes restés dans Fiinitation et la forme de Napoléon, et par votre faute Fesprit public n'a pas conçu la mission nouvelle de la France. Est-il étonnant que nous soyons encore si voisins de 1815?
Nous sommes restés dans l'imitation et la forme de Napoléon; anssi aujourd'hui nous bâtissons des Bastilles !
Les Bastilles que nous construisons sont le si^e de trente années trop mal employées par la France. Elles sont le signe de notre état intérieur et de notre état extérieur. A l'intérieur, elles signifient régime militaire et tyrannie. A l'extérieur, elles signifient faiblesse et peur. Elles prouvent que nous n'avons su ni organiser la France ni civiliser le monde.
GHAPITRB V.
Résuié de l'onnre de Napoléon.
J'ai résumé l'œuvre de Napoléon en ces termes: « Préserver ta France n en changeant V Europe, voilà le problème qui s'offrait à Napoléon. i> Pour le résoudre, il n'appela point à son aide l'insurrection, les ora- 0 teurs» les clubs; il ne fit pas de ruines qui auraient encombré son » passage : il voulut tout faire avec des armées, des administrateurs, et » son code. Procéder ainsi, c'était, en d'autres termes, fonder un grand B empire unitaire, une monarchie européenne. »
Le grand empire n'existe plus; la Monarchie Européenne a été détruite en quelques instants, comme elle avait été édifiée. Mais qu'avons-nous su mettre à la place?