‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 72 sur 88 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

AlMissement oonlini.

Quinze ans se sont passés depuis que ces pages (V Étude mr I^apoUon) sont écrites. J'interroge autour de moi, et je n'entends parler pour la France que d'un abaissement eoniinu. Tous les partis proclament cet €Aai$sement, et le monde entier le proclame.

J'écoute ce qui se dit à la tribune. Il y a un an, la Sainte-Alliance, chassant de son sein nos diplomates, avait décidé sans eux les questions d'Orient. Il fallut opter entre la guerre ou l'abandon de l'honneur. Nos gouvernants s'abdiquèrent. Une administration fut renversée, une

* Bévue Indépendante, livraison de Mars 1842. — V Étude sur Nqx^mh ^no^^* V*ft« 305 de ce Volume ) avait été reproduile dans la Revue /'u'^penci i * \^ t«A«ûoi^ qu'on va lire parurent à la suite de œtte réimpression. ^^^^

autre lui succéda. Ceux qui dirigent les atTaires de la France depuis dix ans, ou qui sont censés les diriger^ Tinrent se choquer à la tribune. Quel triste spectacle donnèrent-ils, et que résulta-t-il de toutes leurs récriminations? a Une seule chose, » écrivait alors un témoin véridîque, a a été mise hors de doute par chacun des orateurs. L'affaiblissement » de rÉtat, son impuissance dans les petites comme dans les grandes D affaires, voilà le fond, le résumé, la substance de tous leurs discours. » Ils ont soulevé eux-mêmes la robe de César, et ils ont étalé aux yeux » les blessures qu'ils lui ont faites. Seulement , loin de chercher la 9 cause de cette chute extraordinaire, ils ont mieux aimé se braver, se » défier, s'accuser, se poignarder les uns les autres ; et peut-être, en j» effet, fallait-il un courage moins fier pour se déchirer mutuellement, » que pour faire entendre enfin la vérité toute nue , et pour montrer » par quelle suite d'erreurs, de concessions, d'aberrations, ils ont tous » été enveloppés, puis entraînés dans cet abîme de misère qui est tel » que la pitié a désarmé pour un moment ce qu'ils ont chacun à leur » tour provoqué de ressentiments et de colère. De cette conspiration j» de presque tous, pour ne rien dire de trop sincère, il est arrivé que » les Chambres, dans leurs réponses à la couronne, n'ont pas prononcé 9 une parole sur le principe de tant de faiblesses. On a implicitement » avoué sa défaillance. Tous les pouvoirs de l'Ëiat se sont réunis pour D constater légalement, officiellement, solennellement, les plaies de la » France. Mais un remède à de si grands maux, en est-il un seul qui » ait été proposé (1)?»

Un an s'est écoulé, les discussions de la tribune nous apportent tonjours les mêmes révélations. Hier la voix de M. de Lamartine ne faisaitelle pas entendre ces mots : « La France estsubalternisée en Europe. » Je dis qu'il y a en France un sentiment qui contriste l'opinion publi- » que, le sentiment de notre influence froissée, murée dans le Monde B Européen d'aujourd'hui (2). b

Oui, il n'est que trop vrai, l'influence de la France est froissée, murée dans le Monde Européen d'aujourd'hui.

GHAPITRB H.

D'où fient cet abtiMemcnl.

Mais pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi la Coalition de 1815 a-t-elle pu nous menacer en 1840? Pourquoi l'alliance des rois qui s'unirent en 93 contre notre Révolution est-elle encore ascendante?

(1) Avertissement au Pays, par Edgar Quînet.

(S) Discussion sur la proposiUon de réforme électorale.

\ Je yais dire.la vérité. C'est qae la France n'a pas su déVeloppeir f ce^i prit nouveau qui devait sortir de sa défaite. La France n'a pas snseï transformer, c'est-à-dire transformer en elle ce qui *avait fait la grandeur de Napoléon, Vesprit civilisateur. Cet esprit civilisateur avait été définitivement vaincu sous la forme que lui avait donnée Napoléon, la guerre, la conquête. Aucune forme nouvelle n'ayant remplacé cellelà, il se trouve que la Sainte-Alliance règne encore. En vain, un grand événement, la Révolutit)n de 1830, a eu lieu. Nous sommes au lendemain de Waterloo. L'esprit créateur qui met un monde entre un jour et un autre n'avait pas suffisamment changé nos âmes. .

J'ai montré ailleurs (1) la vraie mission de la France. La France n'a, plus de rôle, si elle n'organise pas l'Humanité , en s'organisant ellemême. La France, je l'ai dit et je le répète, la France est une religion. Napoléon était la fin du passé. Napoléon n'était pas l'avenir. Or nous sommes tombés de Napoléon à la Constitution des Anglais, sans dépouiller pourtant les institutions de l'Empire : comment ne resterionsnous pas vaincus?

N'ayant pas su travailler par la pensée autant que le demandait notre rôle, autant que l'exigeait la mission providentielle de la France, estil étonnant que nous soyons dominés dans l'action? Il faut être, avant de paraître. Nous ne sommes pas : comment paraîtrions-nous; j'entends, comment paraîtrions-nous noblement et en accord avec le rôle de la France?

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