‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 75 sur 88 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

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Je ne recherche pas ici les causes qui ont empêché la France de foire ce progrès. Je dis seulement qu'il n'a pas été foit. Sur les institutions de Napoléon on a passé un badigeonnage de libéralisme; mais les institutions despotiques de Napoléon se trouvent encore partout à la base de notre société. L'importation dn gouvernement politique de F Angleterre est venue seulement compliquer et empirer à bien des ^ards notre situation.

De cette combinaison du Régime Impérial et de la Constitution Anglaise il s'est formé une société politique qui n'a pas de nom. Cest un amas confus de toutes sortes de faits contradictoires; c'est un je ne sais quoi , qui ressemble au Chaos décrit par les poètes : un milieu ténébreux où s'agitent^ sans pouvoir parvenir à vivre, des êtres qui ne sont pas des êtres, parce qu'ils sont formés de parties contradictoires et qu'ils manquent d'unité et d'harmonie. Un germe sort du Constitutionalisme Anglais, mais rencontre un autre germe sorti du Régime Impérial; et ces deux germes se réunissent, se soudent, s'amalgament, et produisent une monstruosité qui n'est pas viable, mais que, dans la situation fatale où nous sommes, rien ne saurait remplacer. Prenez toutes nos institutions politiques les unes après les autres, et voyez si elles ne sont pas marquées au coin de ce mélange adultère -de.deux systèmes eontradicioires.

Politiquement, nous sommes à la fois le peuple de l'égalité et de l'inégalité, de la liberté et du despotisme, de la fraternité et de ré-

APPENDICE AUX TROIS DISCOURS. m

gOisine. Nous avons la ConstitutioD Anglaise avec le Régime Impérial^ ou le Régime Impérial avec la Consiitution Anglaise. Somipes^nous KttfeS; ou sommes-nous esclaves? nous n'en savons rien; il y a autant à parier, pour l'un que pour Tautre. Nous avons nominalement la liberté individuelle comme les Anglais, mais avec la prison préventive et vingt autres suppléments des anciennes lettres de cachet. Nous avons la liberté de la presse, mais sans la liberté de l'imprimerie. Nous avons le jury, mais ce n'est pas le jury. La souveraineté nationale est pro^ damée en tête de nos lois; mais cette souveraineté est exercée par une oligarchie. Nous avons le gouvernement parlementaire, ce qui n'em«: pêche pas la France d'être une monarchie absolue à bien des égards* Au moin)9, ce que les Anglais ont, ils l'ont bien. Nous, nous ne l'avons qu'avec une dose de Régime Impérial qui nous empêche de l'avoir.

Hais si des institutions politiques proprement dites nous passons à ces autres institutions qui font la vie d'une société, c'est-à-dire l'édur cation et les lois civiles, notre anarchie est plus évidente encore. Napoléon avait voulu mettre le Pape à Paris, comme un fonctionnaire de son empire. Cela était au moins conséquent, dans sa donnée que la France devait rester catholique. Aujourd'hui l'État, d'après nos lois, n'a plus de religion. Mais on a proclamé lâchement en fait que l'État est catholique, n'osant le proclamer en droit; et ce fait, on le transforme en droit. Il en résulte la plus absurde des contradictions. Il en résulte que la France a à la fbis et n'a pas de pouvoir spirituel; ce qui est le meilleur moyen de n'en pas avoir. Or, je l'ai déjà dit [I], qu'est-ce qu'un État sans pouvoir spirituel? C'est un État sans tête. Comment sans religion diriger l'éducatioa des générations nouvelles? Comment faire une seule loi vraiment civilisatrice? Ni la Russie, ni l'Angleterre, ni la Prusse, ne sont dans ce cas : elles n'ont pas leur Pape à Rome.

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