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prise sur la réalité et la vie , et ne pouvant donner aucun fondement solide de certitude à cet égard, est donc évidente d'elle-même. . Restent l'Expérience et le Consentement
Nous n'avons que TExpérience pour pénétrer et nous diriger dans la vie des êtres d'une nature aussi étrangère à la nôtre que sont les astres, les plantes, ou les animaux.
Avec nos semblables, au contraire, nous avons en commun une vie morale et intellectuelle collective. Entre eux et nous le Consentement devient donc à la fois et une nécessité et un principe d'action.
Quand donc, sortant de la relation avec la Nature, nous entrons dans la relation avec les Hommes , la principale règle que nous ayons pour nous diriger dans ce mode nouveau de la vie est le Consentement.
Or, la vie étant toujours actuelle, il en résulte que le Consentement, source de la certitude, est le Consentement actuel, et non le Consentement passé de l'Humanité.
En d'autres termes, le principe de certitude tiré du Consentement, ou ce qu'on a appelé le principe d'Autorité , n'est pas autre chose au fond que le principe de la Souveraineté du Peuple.
Ainsi la Politique et la Philosophie générale s'accordent et partent de la même base.
Mais la Philosophie ne s'arrête pas au Consentement; elle remonte à l'acte antérieur au Consentement, c'est-à-dire qu'elle demande au Consentement sa Tradition. La Tradition d'où peut dériver la certitude est donc aussi la Tradition actuelle , et non la Tradition antérieure, la Tradition vieillie et morte.
C'est par la Tradition que le Consentement se manifeste principalement, et peut le mieux se présumer.
Il ne faut donc pas chercher de principe de certitude, pour tout ce qui regarde la vie collective de l'Humanité, en dehors de sa Vie actuelle et de sa Tradition actuelle.
La Vie actuelle de l'Humanité se manifeste principalement aujourd'hui dans les principes généraux proclamés par le Dix-Huitième Siècle et la Révolution Française.
Ces principes sont, au reste, la dérivation immédiate de toute l'Époque Moderne.
L'Époque Moderne se distingue aussi essentiellement de l'Époque Chrétienne ou du Moyen-Age, que l'Époque du Moyen-Age se distingue de l'Antiquité.
Le caractère propre de l'Époque Moderne , c'est la foi au Progrès et à la Perfectibilité. Tous les travaux des derniers siècles ont eu pour résultat de fonder cette croyance.
Les individus l'apportent en naissant, et la retrouvent autour d'eux
dans la société qui les entoure. Les principes de Liberté, d'Égalité, de Fraternité, de Justice de tout genre, n'en sont pour ainsi dire que des corollaires et des émanations. Ceux même qui sont incapables, quant à présent, de s'élever jusqu'à la formule générale de la Perfectibilité, 7 participent par leur attachement inné à ses détails.
D'une part, donc, appuyés sur notre moralité propre, sur la vie qui est en nous individus, aussi bien que sur la moralité et la vie de désir que nous retrouvons dans nos contemporains ; d'autre part , éclairés et fortifiés par la Tradition actuelle du monde, nous échappons au Scepticisme, et nous entrons dans la croyance et dans l'activité.
De là nous nous élevons à la Tradition antérieure, à la Tradition universelle et vraiment Catholique du Genre Humain tout entier. Nous nous assimilons le passé en vertu de la vie qui est en nous; et qui devient pour nous le moyen de comprendre le Progrès successif des formes qu'a déjà revêtues l'Humanité.
C'est ainsi que nous arriverons à nous former un sentiment vraiment religieux de la vie humanitaire.
Mais ce n'est pas tout : pour que la Philosophie, c'est-à-dire la science de la vie, soit complète , il faut qu'au sentiment de la vie humanitaire, nous joignions le sentiment de la vie extérieure à THumamanité ; et même c'est ainsi seulement que nous pouvons parvenir à avoir une notion claire et profonde de la vie huoianitaire elle-même. Derrière l'Humanité, eii effet, se projette, dans le temps comme dans l'espace, l'Animalité et en général la Nature^ par conséquent, immédiatement à côté de la philosophie de l'histoire humaine, se place la philosophie de l'histoire de la Nature. Ainsi se lient et s'enchaînent, sans discontinuité et sans rupture , les sciences naturelles avec les sciences morales; c'est-à-dire en définitive que toute science, comme nous l'avons déjà dit, tend à la Cosmogonie de l'Humanité et de la Nature. Ce n'est qu'à la condition de cette réunion que la Philosophie (la science de la vie) s'éclaire et s'illumine. De notre point de départ, donc, c'est-à-dire de Uiotre vie morale et intellectuelle furésente, de la Tradition actuelle de l'Humanité, base essentielle et seule solide de toute notre connaissance , nous sommes conduits à nous élever de plus en plus à la Philosophie de la vie universelle, sous le rapport de succession, de continuité, de progrès.