CHAPITRE XVI. Gonclofloii de ee Deuièine Mémoire
Quant aux travaux à entreprendre pour marcher dans cette voie et suivant cette méthode, ils sont immenses. Ce n'est pas un homme^ ce 15« uvR. TOM. n. ?• 7.
ne sont pas quelques hommes, qui pourront les accomi^r : ils demandent le concours de toutes les sciences et de tous les efforts; c*est au siècle, c'est à l'Europe entière, qu'ils sont réservés. Toutes les plus grandes choses sont l'œuvre collective d'une Époque. L'Humanité traevaille toujours de concert, quoique à son insu ; c'est Dieu qui se charge de mettre l'unité et la beauté de l'architecture à toutes ces pierres que les hommes rassemblent et apportent à un édifice dont ils n'ont ni conçu ni connu le plan.
mes contemporains, je vous vois tous en quête de Religion; et cependant vous n'espérez de religion ni pour vous, ni pour votre postérité immédiate : mais chaque jour, dans vos chagrins, dans vos désespoirs, dans vos désillusionnemens, ce mot de Religion erre sur vos lèvres. Sachons au moins à quelle condition de peine et de labeur nous aurons une religion. Hommes du Dix-Neuvième Siècle, croyezvous qu'une religion vous tombera quelque jour inopinément du ciel, comme les boucliers sacrés des Romains ? Mais qu'il se présente un prophète, un révélateur, un plagiaire de Jésus et de Mahomet; voudrez-vous l'écouter et le croire? Tout cela, voyez-vous, c'est la parodie de l'Origine d'une religion , c'est la légende, ce n'est pas l'histoire. Une religion , c'est une Philosophie, et la Philosophie c'est la Science de la Vie. Nous arriverons à la religion lorsque nous aurons une Science de la Vie. Les Chrétiens n'ont eu une religion que lorsque ce mystère de la vie leur fut obscurément dévoilé sous leurs symboles. .Sachons donc au moins que les travaux actuels des géologues , des «natomistes , des historiens , les travaux de ce que nous appelons la Science, sont sur la route de la Rdigion. Que la Philosophie, s'emparant de ces travaux , édifie solidement la Tradition du Genre Humain et le Progrès divin du Monde, et nous serons religieux; et il sera impossible que nous ne soyons pas religieux : cela nous sera aussi imjMiflsible qu'il le fut aux peuples anciens de n'être pas religieux selon les différents modes dont ils concevaient la Vie.
Du moins ee que nous apercevons dès à présent, ce qui peut assurer notre espoir et calmer un peu nos douleurs, ce qui nous dcmne dte aujourd'hui, pour ainsi dire, comme une aur(H*e de Religion, c'est ;^ue dès à présent le siècle est à l'œuvre. La Science abandonne tons les jours l'étude exclusive des classifications et des détails, pour s'élever aux questions d'origine et de fin. L'Art commence à sentir qu'il est à la fois expression du présent, prophétie de l'avenir. La Politique se comprend la glorieuse mission de conduire la France, et par la France l'Europe, et par l'Europe le reste du monde, dans une carrière immense , et indéfinie dans sa durée , de perfectionnements de tous genres, dont les temps antérieurs n'ont eu que le vague pressentiment. Mais féciproquement, et par un effet nécessaire de celle con-
vergence de toute fe eonnuifltaiice humaine vers uiifiSBul but^ et le phis grand de tous, la Science qui n'y Tise pas est une^peiMe scienoe, TArt qui n'y tend pas est oiesquin et fort yHe périssable , et>la Politique qui) loia d'y-tendre, s'en efltaye et s- en *étiarleyc6t' odieuse i dans le présest , et reosvra dans la postérité un sUgmatëde iréppotwIiOn «t de hante. .
flaire coBiFerger de plus en plus la âoienœ, l'Ai^et laPetiliqoe vers un même but; introduire de plue en phis dans la Sdenoe^tomme dans l'Art, comme dans la Politique, la notion du changement, du progrès, de la succession, de la continuité, de la vie; et par là les soumettre à une même loi : voilà le but , le cadre , le plan , que nous conceyons à la Philosophie.
Certes, nous ne saurions prendre ici rengagement de remplir un tel cadre, même de la manière la plus imparfaite. Nous avons assez vécu et assez travaillé pour connaître toute la faiblesse de nos efforts. Mais ce que nous pouvons prendre l'engagement de faire, c'est de rester toute notre vie fidèles à nos principes. Nous avons eu l'exemple de tant de déceptions , nous avons vu tant d'hommes abjurer leurs croyances, nous avons prodigué tant de fois mal à propos notre attention, notre estime, notre sympathie, notre admiration même; oui, la génération présente a fait de si rudes expériences en ce genre, qu'elle ne doit plus se sentir que de la réserve envers ceux qui osent encore lui parler de Philosophie et d'attachement à des principes. Ah! moi qui écris ces lignes, combien n'ai-je pas éte trompé! Où sont-ils ces sages dont jeune j'écoutais la parole avec un religieux transport, dont je ne m'approchais qu'avec respect, comme le sectateur d'une religion s'approche du dieu qui va parler et rendre ses oracles? Où sont-ils ceux qui m'ont fait entendre d'austeres leçons de liberte et de vertu? Ahl je reconnais bien maintenant pourquoi, malgré l'attrait que je me senteis pour eux , je n'ai jamais reçu d'eux aucune véritable impulsion; pourquoi la parole d'un philosophe ignoré (i), cette pai*ole substantielle et claire, entendue une seule fois, m'a plus frappé et plus éclairé que n'ont fait leurs discours retentissants. Lui , s'il vivait encore, il serait encore avec le peuple, qu'il voulait régénérer : eux, ils sont passés dans les rangs de l'aristocratie; philosophes parvenus, ils ont crucifié la philosophie sur toutes les croix, ils Font accolée à toutes les Chartes, et aujourd'hui qu'il ne leur en reste plus que le cadavre, ils voudraient vendre ce cadavre à la religion du Moyen-Age, menteurs à la fois envers la Philosophie et envers le Christianisme. Mais, nous l'avons déjà dit , si ces hommes ont trahi la Philosophie, c'est que réellement ils n'en ont connu que le nom ; c'est à eux-mêmes
(1) Saint-Simon.
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iOO DE LA DOCTRINE DE LA PERFECTIBILITÉ.
qu'ils ont manqué^ ce n'est pas à la Philosophie. Pour nous, si jamais nous mentons à nos principes, qu'cm nous couvre de boue, et que l'infamie nous suive ; car, nous le déclarons, pour ne pas tenir ce serment, il nous faudrait renoncer à tout ce que nous avons aperpn par les lumières de notre intelligence, à tout ce que notre vie nous a révélé, à toutes les croyances que nous avons dans le cœur. Aussi n'y aura-t^il, nous le sentons, pour nous que peu de mérite à rester toujours fidèles à ce que nous croy<Hiis la vérité.
FIH DD DEUXIÈME MÉMOnE.