DE M. POTHIER. LVII
Lorsqu'il fut à Paris, d'après l'invitation de M. d'Aguesscau, qui voulait le connaître, et conférer avec lui sur le travail qu'il l'engageait à entreprendre, il se présenta à l'hôtel de la chancellerie. On lui dit que M. d'Aguesseau n'était pas visible. Il s'en alla, et il voulait repartir le lendemain. Si ses amis ne l'eussent retenu, il eût répété ce que fit La Fontaine, qui partit de Paris pour aller voir sa femme à la Ferté-Milon, et revint sans l'avoir vue, parce qu'au moment de son arrivée elle était au salut. On pourrait peut-être comparer le caractère de ces deux hommes en plus d'un point. Il retourna donc voir M. le chancelier, qui, averti qu'il était dans son antichambre, alla au-devant de lui, et le reçut avec une distinction qui étonna beaucoup toute l'audience, qui avait jugé cet homme sur la surface.
Il était, dans la société, doux, et affable, gai et ouvert avec ses amis; mettant dans le commerce une franchise qui manifestait toutes ses pensées ; jouissant d'une paix intérieure que rien n'altérait, et d'une sérénité qui n'était obscurcie par aucun nuage. On trouvait en lui cette simplicité qu'on aime à rencontrer dans les grands hommes, parce qu'elle semble tempérer ce que leur mérite a d'imposant. Cette simplicité paraissait quelquefois singulière; quelquefois aussi elle ne l'était que par un excès de raison, si l'on peut parler ainsi, et relativement à la manière commune de voir et de juger, qu'elle contrariait. Car les hommes, même les plus raisonnables, ne suivent guère que l'opinion, soit qu'elle soit conforme ou contraire à la raison simple et dégagée des préjugés : et comme il est fort rare de rencontrer un homme qui ne porte que des jugements dictés par une raison si épurée, ses jugements ne peuvent manquer de paraître singuliers.
Son caractère l'éloignait de la contention et de la dispute. Jamais il ne s'est personnellement offensé de la contradiction ; et il avait peine à concevoir qu'on trouv ât mauvais de ce qu'un autre n'était pas de notre avis. Mais il tenait fortement à son sentiment ; non par attachement à son propre sens, mais parce qu'il le croyait vrai, et que ses lumières ne lui permettaient pas de rester indécis (!). Il le défendait avec fermeté : il usait de la liberté de contredire, comme il trouvait bon qu'on le fit à son égard. 11 en usait avec les vivants comme avec les auteurs dont il discutait les sentiments, sans autre intérêt que celui de la vérité. L'autorité par elle-même ne lui en imposait pas, parce qu'elle n'est pas une raison : elle devenait seulement pour lui un nouveau motif de dis-
(') Lorsqu'il craignait de s'être trompé sur un avis, soit par sa faute, ou parce qu'on ne lui avait pas bien exposé la question, il revenait sur ses pas, examinait de nouveau, et demandait d'autres éclaircissements,
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et Ja initer de la résisl ince. Les paroles alori se pressant «-n foule pour sortir, n'auraient pu exprimer toul ce <pi il aurait voulu dire .« la ci à force de vouloir persuader, il aurait nui .i 1 1 persuasion, dont il as ait naturellement I»1 don. Il lui sérail peut-être même ••« happe* m ilgvé lui des i boses dures, que ion coeur aurait désavouées : < i • i il aurait < ertainement dites sans aigreur M sans Bel; que le tète lui aurait ■ et qu'il aurait dû faire excuseï , si les heaumes n étaient pas ordin ment plus sensibles aux ( flots extéi leurs qu aux motus, p m <• qu'ils m* peuvent guère juger que «le ce qu'ils Noient. Qui 1 aurait vu moments l'aurait cru un homme entier, jaloux de prévaloir, :ible
de concevoir du ressentiment et peu inquiet d'en taire naître i li'-z lot autres ^et il l'aurait fort mal jugé sur ces dehors pass Quelhoaaittuftri plus simple, plus doux, plus ami de la paix, plus éloigné de toute animosité"? Il n'a jamais eu occasion de paidonnn . ru ]r partAoa aup| une offense 5 et il n'était pas accessible au ressentiment d uneoffenv On aurait pu lui manquer, mais non pas lui aigrir le cœur, encore moins lui faire éprouver le sentiment de la haine g i rasa »B ni - i religion n'en auraient jamais permis Feutrée dans son cœur : et Ion peut dire avec autant de vérité, qu'il eût été également impossible à qui que ce soit de concevoir de la haine et même de la froideur contre lui.
Autant il aurait mis dans ces occasions de chaleur et de zèle, autant il mettait d'indifférence, lorsqu'il s'agissait de délibérer sur des affaires de corps, soit de cérémonial, soit de prétentions et d'intérêts de compagnie.
Cette manière de sentir et déjuger, tenait au fond de son caractère, naturellement ennemi de toute contention sur les choses qui ne lui paraissaient pas mériter d'en être l'objet. Il supposait presque tous les hommes aussi simples que lui, aussi pleins de cette raison supérieure
DE M POT H tin. LlX
qui s'élève au-dessus des dehors, aussi indifférents sur ce qui ne touche que la manière, et n'appartient pas au fond des choses.
C'est à cette façon de penser, ainsi qu'à la naïveté de son caractère, qu'on peut attribuer la manière dont il disait tout son avis à l'audience. A peine un avocat avait-il exposé une affaire, qu'il l'avait saisie : il prévoyait déjà les moyens et les réponses-, et il avait jugé en lui-même qif a peine le barreau savait ce dont il s'agissait. Il n'avait plus ensuite qu'à écouter la manière dont la cause était attaquée et défendue. Si l'affaire était peu importante, il laissait à son esprit la liberté de s'occuper ailleurs : s'il prétait attention, il avait peine à s'empêcher d'approuver ou d'improuver par des démonstrations extérieures ; souvent même il le faisait à mi-voix, de manière qu'on savait assez souvent son avis avant qu'on allât aux opinions.
Mais il se donnait là-dessus bien plus de liberté lorsqu'il présidait. Le désir louable sans doute, mais qui doit être borné, d'expédier promplement les affaires, l'entraînait malgré lui et lui faisait oublier cette patience qui convient au juge et qui est due aux parties. Celui qui succombe ne doit pas avoir à se plaindre de n'avoir pas été entendu. Dès qu'il avait saisi une cause, il ne donnait le temps ni aux avocats de 1 expliquer, ni aux autres juges de l'entendre. Personne assurément ne le soupçonnait de vouloir former seul le jugement, et concentrer en lui l'autorité du tribunal. Le fond de son âme était trop connu pour que la malignité même osât , d'après ses dehors , lui supposer des retours secrets sur lui-même. Mais il voulait expédier, et il croyait ne pouvoir le faire trop vite dans les affaires de peu d'importance. Si un avocat s'écartait du point décisif, il se hâtait de l'y ramener ; mais s'il avançait un moyen hasardé ou soutenait un principe faux, il le souffrait avec une impatience dont il n'était pas le maître , et l'interrompait pour le rappeler aux vrais principes et aux moyens de la cause C1). L'audience dégénérait ainsi quelquefois en dissertations et en une espèce de conférence. Ses amis lui faisaient des représentations qu'il approuvait, mais il n'en était pas le maître. De la part de tout autre, cette manière de présider eût paru pour le moins singulière; mais cet homme était si respectable, et en même temps si respecté, si éloigné du dessein de choquer personne, que tout lui était permis.
Ces détails peuvent ne pas paraître déplacés dans un éloge historique. On aime à connaître même les petits défauts des grands hommes, peut-
(') Souvent lorsque l'avocat du défendeur avait pris ses conclusions, il exposait les moyens du demandeur en deux mots, et disait à l'avocat : Maître un tel, voilà ce qu'on vous oppose; c'est à cemoyn seulement qu'il fdtil répondre.
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CetJ I1H grand avantage, surtout dans les srjemes qui demandent .iiil.inl de travail, et pour lesquelles la vie de I liomn hop
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cultivai qu'au préjudice de l'objet principal : et « est ■ n
de savoir résister au désir d'apprendre; lorsqu on .1 lanl de fa< ii;!i ; y réussir. M. Pothier aurait pu, sans négligci l'étude du droit, se laisser entraîner à quelque étude particulière, et n don tem-
ple, le temps des vacances D eût certainement aimé
ques et la littérature; et il en a\ail .1^./ de < mi
tenté de l'accroître. Il avait étudié autrefois !
science si propre .1 perfectionner la justc»e de I esprit, quoi(|U elle ne
la donne pas, convenait a un esprit aussi pénétrant. Il aN.iii ég
des dispositions et du goût pour la littérature; mais on ayant acquis
un fonds suffisant pour futilité, il n'aurait pu l'augmentei que pai
délassement, et il n'en trouvait plus le temps.
L'étude a laquelle il a donne le plus de temps dans les dis •» douze premières années de >a magistrature, fut celle de de la religion. Il cherchait à éclairer sa foi et à nourrir >a piété. Son attachement a U gion était fondé sur une conviction intime, puisée dans la connaiss de ses preuves, et fm liliee par l'amour et la pratique de ses prè eptes. Aussi quel mépris n'avait-il pas pour les nouveau! philosophes! Il ne parlait d'eux qu'avec indignation. Il gémissait >m I créa de 1 in-
crédulité et sur la séduction des jeunes gens, comme sur le dépérissement des mœurs, qui en est l'effet.
Nous nous plaignons de la brièveté de sa \ie. nous regrettons qu
(') De tous les ails il n'aima jamais que la musique, mais par senli^e:', et sans en avoir la moindre notion : il n'y cherchait que ce qui pouv \ l t!c'><r a Dieu; il ne l'aimait que lorsqu'elle chantait ses louanges, et qu'elle e\[tij t \ en le sens des paroles. Il y était alors 1res sensible, et ne pouvait sVnc^:-ïi de laisser paraître par le mouvement de son visage, et même par de- gestes, ftmpu 5sion qu'il éprouvait.
Si ses occupations le lui eussent permis, il aurait assisté à tout F ftre de la cathédrale, tant il trouvait de plaisir et de goût au chant des psaumes; il faisa-t passer dans son aire toute la chaleur dont ces divins cantiques sont remplis. Il les chantait avec transport, ou plutôt il les déclamait à sa manière \ car il avait la voix la plus Fausse qui se puisse entendre.
DE M. POT 111 EU. LXi
temps ne lui ait pas permis de donner tant d'autres traités qu'il projetait. Aurait-il pu parvenir à publier tout ce que nous avons, s'il se fût livré à des occupations étrangères? Ce nrest que par une économie rigoureuse de son temps, qu'il a pu suffire à tant d'occupations différentes : il ne fallait pas moins que sa pénétration et sa facilité, pour réparer une partie du temps qu'on lui enlevait.
Ce qu'on ne peut trop admirer, parce que rien n'est si rare, c'est la sagesse et la modération qu'il mettait dans le travail de sa composition. Ce travail sans doute le plus agréable et le plus flatteur, obtient aisément la préférence. Un savant supporte avec impatience les occupalions qui l'en détournent et s'y soustrait le plus qu'il peut. M. Polhier n'aurait-il pas pu penser que la publication de ses ouvrages était un bien d'une utilité plus durable que tant d'autres services qu'il rendait au public, et trouver dans cette préférence l'excuse la plus légitime pour se dispenser d'autres devoirs?
Nous pouvons le penser ainsi, et regretter aujourd'hui tant de temps si mériloirement employé de sa part, mais dont il ne nous reste rien. Pour lui, il n'aurait pu le penser et agir en conséquence, qu'en mettant à ses ouvrages plus d'importance que ne lui permettait sa modestie.
D'ailleurs, il avait pour principe de concilier tous ses devoirs. Avare de son temps pour des distractions volontaires, il ne l'était plus lorsqu'il s'agissait d'être utile, et il ne montrait pas plus d'affection pour une occupation que pour une autre. Personne n'était plus assidu que lui au Palais, et jamais il ne manquait à ses leçons. Etait-il rentré dans son cabinet? il examinait ses procès de rapport, recevait des visites, souvent peu nécessaires, avec une patience bien rare dans un homme si occupé j il donnait des conseils et repondait aux lettres qui se multipliaient à mesure que sa réputation s'étendait. Combien de procès n'at-il pas empêchés par de sages conseils ? Combien n'a-t-il pas arrangé de familles et terminé de contestations? La confiance publique lui avait érigé un tribunal volontaire.
La journée, à laquelle il donnait cependant assez d'étendue ('), se
(') Il se levait avant cinq heures, allait à la messe qui se dit à la cathédrale pendant matines, dont il entendait même une partie; déjeunait à six heures; se mettait ensuite au travail, soit jusqu'à dîner, soit jusqu'à l'heure de l'audience ; dînait à midi, donnait sa leçon à une heure et demie, et rentrait dans son cabinet jusqu'au soir. S'il avait quelque visite à rendre, il choisissait ordinairement le dimanche avant vêpres, ou le jeudi. Il soupait régulièremont à. sept heures, ne travaillait jamais après souper ; il se couchait à neuf heures, et donnait sur-le-champ. Il aimait beaucoup le café, mais il n'en prenait plus; il avait remarqué qu'il i'a-
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trouvait souvent ivmpl ipi il eut pu i ien du i l.i roni|i
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de s,i juin me. Il nVn il< i m 'o-.nl I heure «pu* !•• uuti redi, ou il !•• di rail jusqu'à huit beures, parce qu'il tenait ce jour-la une eonfi laquelle assistaient (nus li plu*i» urs a\ <>< al-» qui
>r faisaient gloire <l avoû été et il étn- tonp.ni> •«• - ••l«*\< i renées duraient sans interruption depuis pins de quarante ai - I s'étaient d'abord tenues cbei M. Prévôt 4a la Jhh.i i nireni transportées de droit cbei M. Potbier.
Dans le cours d'une vie si occupée , on nr trouve guère d'autre distraction volontaire qu un v fort court qu'il 1 j f f * l'en 17ïs. Il avait toujours désiré de voir Is sseï : i u il n él lit j différent au spectacle «le la nature: et celui île la mer, p< qui n> sont pas accoutumés, est réritablemesU imposant j immensité. Il annonce la grandeur de celui qui a muai < •• baasûipour v renfermer cet élément redoutable auquel il a donné des b mes* Au retour ilu Havre, il resta quelque temps a Paris, < hez M. de (iuienne, pour conférer avec lui sur l<" travail et I édition îles l'andertes. Il n.e lit l'honneur de m'assooier à ce 1 M LbuilHer, lieutenant ; ticulier, était aussi de I;» partie, -le faisais alors ma première année <l<droit, et ce voyage ne lut pas pour moi une interi npti'm d'étude. I vais les Inslitutes, et jeu trouvais le meilleur commentaire possible dans la conversation de If. Potbier, qui me les expliquait
Pendant le temps qu il mit à composer son grand ouvrage, il fut forcé, pour avancer ce travail , qui ne devait pas sottflKr d'interruption, de se dérober en partie à ses autres occupatioiis. Il n'était pas encore professeur.
vait plusieurs fois empêche de dormir jusqu'à en 1 par un calcul simple,
il disait qu'une heure de sommeil valait mieux qu'une prise de café.
(') Il poussait la délicatesse jusqu'à ne se faire jamais celer chez lui : et lorsqu'il
était absolument pressé de travail, et forcé de se soustraire aux distractions, il allait travailler chez uu ami voisin.
(*) Nous parlions lut m pendant presque toute la route : les gens qui étaient le carrosse le prenaient, à sa ligure singulière, pour un Hibernois qui était mon précepteur.
On lui demanda au Havre s'il voulait manger du poisson Vêtait un dimanche^; il repondit qu'il notait pas -i dupe que de faire maigre un dimanche. Ses deux compagnons de voyage pensèrent autrement.
DE M. POTIIIER. LXI1I
Il allait passer une partie de l'été à Lu, où il trouvait le repos et la solitude (').
Depuis 1750 , qu'il fut nommé professeur, il n'y alla plus que pendant les vacances^ et ce temps, que les gens les plus occupés destinent au délassement , était celui où il travaillait le plus, parce qu'il n'était pas distrait. C'est de Lu, en grande partie, que sont sortis les Traités qu'il nous a donnés. Il avait toujours un cheval à Lu, et il aimait cet exercice. Il est aisé de se figurer la manière dont il montait à chenal. Ses courses consistaient à aller tous les dimanches à la messe à Sai ut- André de Châteaudun , et à rendre des visites à ses voisins , parmi lesquels il trouvait plusieurs de ses confrères 5 mais jamais il ne découchait (2).
Orléans rassemblait en même temps et comptait parmi ses citoyens deux hommes rares, et d'un mérite égal en différents genres ; et, pen-
(*) Il avait acquis en 1730 une petite ferme à Lu en Beauce, à une lieue de Châteaudun. Il y avait un petit logement par bas, aussi simple et aussi modeste que sa personne, et meublé de môme. C'était vraiment la maison du sage. Le jardin était fort petit, et aussi antique que tout le reste, et le terrain en était très mauvais. Un petit parterre couvert de vieux et grands ifs qu'il trouvait admirables, en faisait l'ornement, et quelques allées d'épines tout le couvert. Je lui disais un jour que si l'on avait posté la maison à quelque distance, on aurait trouvé de bonne terre, et qu'on aurait eu de l'agrément du jardin ; il me répondit : On a vraiment bien fait de le mettre ici; les autres terres donnent du blé, et le terrain est assez bon ici pour se promener.
Il était cependant sensible aux agréments d'une belle campagne et d'une belle vue. J'allais quelquefois le prendre le jeudi à Orléans, pour le forcer de sortir de son cabinet et de profiter d'un beau jour. Nous fûmes, entre autres, nous promener dans une maison d'Olivet. Il était debout, immobile, et comme en extase de la beauté de la vue ; il n'en sortit que pour me dire : Non habemus hic manenlem civilalcm.
(*) Je l'ai cependant forcé un jour de découcher. Il était venu dîner chez moi. 11 survint un grande pluie; je ne voulus pas absolument le laisser partir. J'entrevis qu'une des causes de son refus était la crainte de causer de l'inquiétude à Thérèse. Cet obstacle fut levé; César, son domestique, qui suivait toujours à pied son maître à cheval, retourna à Lu, et fit trouver bon à Thérèse que son maître eu consenti à n'être pas inondé pour retourner chez lui le môme jour. J'eus grand soin de ne rien déranger à son régime : mon hôte était endormi à neuf heures et quart.
Nous voulûmes voir s'il se rappelait le piquet : il y avait joué autrefois tous les soirs avec son oncle le chanoine, mort en 1729; et le jeu l'ennuyait si fort, qu'il se laissait perdre pour s'aller coucher. Il n'y avait pas joué depuis; il se souvint parfaitement des règles, et ne fut maladroit qu'à manier les carte-.
LXI1 »! Of.E ii i i
«h ni plus de trente .m-, li petite »n h "h <f.- I h i réuni • es d<
1 1 dignei l un de I autre.
\ je de (|n ilir \ nul huit m- M Pi< liai I
pleure aujourd bui II pei te d un imi mqucl il ne
rarvitre : nu plutôt, 1 1 .1 nt| ni lit* -ni If -.il de son ami, il que l.i perte publique, iussi profond d.uis h . .un n — .un •• il
1 iture* que M. Pothiet I et lit dam celles du droit . il ion Côté , a ces Is < iommentaires qu il
li\ 1 es - linti . ouvi âges aussi pleini <l 01 lu-
mières et <lr doctrine. Leur délassement « t en uni
promenade après dîner, et autant de conversation après le car M. Pothier déjeunait trop matin poui qu on pût m réunii 1 1 croire que la conversation de ces deux amis o\ Dtéreasaute.
M. Pothier, quoique naturellement silem 1 I était point lorsqu on
parlait «le matières qui lui convenaient et il trouvai! dans M Pi< barl une grande facilité de parler, beaucoup de littérature et d'érud sacrée et profane. Il était asseï instruit pour soutenii la conversation mit 1rs matières les plus familières ;i M. Pii bai 1 . et le 1 h irop et vaste pour fournir à leur entretien, liais il voulut aussi 1 uvoû p du droit romain avec lui, et il lui vanta -i fort les Pandectes, que - 1 ami ne put te refuser A lea bue . «'t il ne faut pas demanda 1 il fol tisfail de cette lecture.
La réputation de M. Pothier s'était ment répandue 1
ses ouvrages , et il a eu de son ^ hrant toute la célébrité dont un sai peut jouir. La \<>i\ publique 1 a reconnu peur le plus grand jeu :-■ de son siècle: que dis-je? le plus grand depuis Dum 1 din, a côté duquel
elle a marqué sa place. Sans attendre sa mort, elle a fixé le I au-
torité du a ses décisions : et les premiers tribunaux oui retenti de 1 lions de ses ouvrages : houneui non suspect, et 1«' plus flatteur qu'un jurisconsulte puisse jamais recevoir.
Ce jugement était porte non-seulement en France, mais aussi par les étrangers, chez qui il était aussi estimé que dan- sa patrie. Ses ivrages, en effet, ne sont pas de ceux dont l'utilité est renH dans un
certain espace. Partout où la science du droit sera connue et « oltr partout où le droit romain sera enseigné, partout ou les hommes contracteront entre eux, et auront besoin de recourir aux principes de la justice pour décider les questions que leurs coin entions feront naître, le nom de M. Pothier sera connu, ses ouvr ont étudiés et con-
sultés. L'autorité d'un jurisconsulte aussi célèbre est proprement celle d'un législateur : que dis-je? elle la suip isse, en tant qu elle participe à celle des lois de la justice ; et que ces lois immuables qui conviennent à tous les hommes , remportent sur les volontés et les disji