DE M. POTHIER. LXV
versatiles, transitoires et arbitraires qu'il plaît aux hommes d ériger en lois.
Si M. Pothier n'eût travaillé que sur les lois municipales et particulières de son pays, sa réputation eût été circonscrite dans les mêmes bornes ;. mais il a été jurisconsulte pour tous les temps et pour tous les lieux : il doit même avoir plus de célébrité chez les nations où la science du droit est cultivée avec soin , parce qu'elle conduit à toutes les places, qu'en France, où elle est si négligée, où les places s'achètent, et où le prix qu'elles valent, dispense de l'étude et du savoir. Et même l'on peut ajouter que, s'il fut étranger à son siècle par la simplicité de ses mœurs, il ne le fut pas moins à son pays par le genre de ses études.
S'il fût né en Allemagne, les princes auraient disputé entre eux pour l'attirer et se l'attacher ; et ceux qui n'auraient pu le fixer chez eux, se seraient fait gloire de le décorer par des titres d'honneur et d'illustration. Il a vécu parmi nous comme l'homme le plus ordinaire, sans recevoir la moindre distinction. Il était bien éloigné de croire en mériter, ni d'en désirer. Mais ne peut-on pas être surpris qu'on n'ait jamais songé à acquitter la patrie envers lui par quelque décoration , plus honorable pour ceux qui la procurent au mérite modeste , qu'à celui qui la reçoit ?
Il est également étonnant que cet homme si connu n'ait jamais été consulté sur la législation, et qu'on n'ait pas profité de ses lumières pour la réforme de nos lois. Il eût été l'âme d'un conseil de législation. Mais , par une fatalité singulière , il est encore moins rare de trouver des gens de mérite, que de les voir mis en œuvre, et placés où ils devraient l'être.
Ce n'est point à nous à nous plaindre de cet oubli, et à regretter de ce que son mérite ne nous l'a point enlevé. Nous l'avons possédé sans partage , et il s'est donné à nous tout entier, au préjudice de ce qu'il aurait fait de plus pour l'utilité générale, si les fonctions de magistrat et de professeur, si tant de services particuliers qu'il n'a cessé de nous rendre, n'avaient pas employé une si grande partie de sa vie. Tous les citoyens l'ont eu pour conseil : auquel d'entre eux a-t-il refusé le secours de ses lumières? Tous les gens de bien l'ont eu pour ami. Les pauvres l'ont pleuré comme leur père. Sa bienfaisance et sa douceur lui avaient concilié le respect et l'attachement universels. Tout le inonde n'est pas à portée d'apprécier le jurisconsulte ; mais le cœur est la partie la plus essentielle de l'homme, et le peuple en est peut-être le meilleur juge.
Aussi sa mort a-t-elle causé un deuil général. Le public n'est pas
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plus grand éloge possible, e( ta preure la phu compléta e?un mérite érainenl el sans (a/ bc.
Quelque longs que puissent être les jours d'un homme si précieux, v i iin.it esl toujours prématurée pour I utilité publique Celle de M. I'<>- Ihier l'a été d'autant plus, que son âge, de soixantn-trefa et II
ilarité de sa rie, pouvaient faire espéra de leceneerrei encore plusieurs muées. Elle aurail été imprévue pour lui, -i t vie n n ivaJl été mif préparation continuelle*. Il u a éprouw ni les min nui- - de avancé, ni le dépérissement de la vieilles*»', ni I allai!) ut de ses facultél intellectuelles, ni les doulcui - de la maladie, m la ( i.iinte qu in-
spirenfl les approenes de la moi t, el sur laquelle la vie la plus sainte ne rassure pas toujourt.
FJne maladie de >i\ JOUTS DOOS I 1 ra\i. La fièvre, quoique sérieuse.
n/ annonçait pas un danger menaçant. Le 1er mars il se trouta beaucoup mieux, et se le\a. On le croyait i I portnifl 1<* même jugement sur son état. Le soir même il tomba en léthargie, et il a fini, le 2 mais (1772), cette vie si précieuse aux yeux de Dieu et de» hommes.
Son testament ne renferme aucune disposition remarquable : il contient quelques legs rémunéra toi re?, quelques legs pieux, et pomr la bibliothèque, ceux de ses livres qui manquaient a cette bibliothèque.
Il n'a rien ordonné sur sa sépulture : ceux qui ont présidé à ses funérailles, ont voulu sans doute se conformer à l'esprit de modestie qui était sa principale \erlu, en le lai-ant inhumer dans un des endroitplus écartés du cimetière commun.
Les officiers municipaux ont reparé, autant qu'il était en eux, cet excès de modestie. Ils ont fait poser sur le mur voisin un marbre chargé d'une épitaphe, pour lui payer, au nom de la patrie, le tribut de la reconnaissance publique ('). Que pouvaient-ils faire de plus dans un endroit aussi peu propre à recevoir un monument convenable ?
Les grands hommes, pendant leur vie, ont été la gloire et l'ornement de leur patrie. Les tombeaux continuent d être pour elle une décora-
(l) Voyez ci-dessus, pag. v. l'épiUpbe de Potbier, qui était placée au grand cimetière, où il u ete inhume.