Oeuvres de Rabelais
Le XVI® siècle ne nous a laissé aucune biographie de Rabelais. Au milieu du siècle suivant, la grande vogue du roman rabelaisien piqua la curiosité des érudits. Ils s'efforcèrent de recueillir sur son auteur tout ce que la tradition et la légende pouvaient leur fournir. De documents peu ou point. Les premiers biographes suppléent à l'absence des faits par la profusion des anecdotes vraies ou fausses. Rabelais, sous leur plume, devient presque aussi fantastique que ses héros. Guillaume Colletet, le bon Antoine Leroy lui-même, n'échappent pas à ce reproche.
Les éditeurs du xix® siècle se montrèrent plus avisés. Des documents virent le jour. On s'efforça d'extraire du roman, des préfaces, de la correspondance, toutes les données capables d'éclaircir la biographie. D'excellentes monographies, en tête desquelles il convient d'inscrire celles de Louis Moland et de E.-J.-B. Rathery, replacèrent dans son milieu réel celui qu'on n'avait jusqu'alors envisagé qu'à travers les fictions de ses œuvres. Elles sapèrent à cœur joie — d'un peu trop près peut-être — la légende du Rabelais bouffon et gaillard, du « joyeux curé de Meudon ». La figure de l'humaniste, du philologue, du savant médecin, se dessina avec ses traits principaux.
Pas tous, cependant. On ne faisait que l'entrevoir 1. 1 I
yi VIE DE RABELAIS
lorsqu'en février 1903 un groupe de Rabelaisants, présidé par Abel Lefranc, professeur au Collège de France, fonda « la Société des Études Rabelaisiennes » et • commença cette moisson inestimable de notes, d'articles, de livres consacrés à la vie et à l'œuvre, qui aboutit en 1912 à la publication du premier volume de l'édition critique^. Ce sont ces recherches récentes, pour la plupart imprimées dans les dix années de la Revue des Études Rabelaisiennes (1903-1912), que nous allons utiliser pour notre biographie, en indiquant les résultats qui nous semblent acquis et les points, trop nombreux encore, qui demandent à être éclaircis. Pour ne pas grossir inutilement le bagage des notes, nous supprimerons dans les renvois les titres des articles, nous contentant de donner le nom de l'auteur et la référence au volum.e de la Revue des Études Rabelaisiennes (R. E. R.).
Il est impossible — il le sera peut-être toujours — de réunir des données précises et indiscutables sur la famille, la naissance et l'enfance de François Rabelais. Tout au plus pouvons-nous ajouter aux recherches de nos devanciers des conjectures acceptables, déduites d'allusions recueillies dans l'œuvre même et de documents plus ou moins directs, découverts par les érudits locaux.
Le grand écrivain a pour patrie Chinon (Indre-et-Loire). La Cjualité de Chinonensis fait partie intégrale de sa signature. Mais une tradition, recueillie en 1699 par le collectionneur Gaignières, le fait naître à la Devinière, bien patrimonial de la famille Rabelais, à six kilomètres de Chinon. Il aurait reçu le baptême à l'église paroissiale
I. Œuvres de François Rabelais, édition critique, publiée par Abel l,efranc, Jacques Boulenger, Henri Clouzot, Paul Dorveaux, Jean Plattard et I,azare Sainéan. T. I. Gargantua. Pans. H. et E. Champion, 1912, in-4°.