‹ Œuvres de RabelaisChapitre 167 sur 231 · LA CONCLUSION- DU PRESENT LIVRE ET L E.XCUSE DE L AUTEUR · texte numérisé non relu

LA CONCLUSION- DU PRESENT LIVRE ET L E.XCUSE DE L AUTEUR

Or, messieurs, vous avez ouy un commencement de l'histoire horrificque de mon maistre et seigneur Pantagruel. Icy je feray fin à ce premier livre, car la teste me faict un peu de mal, et sens bien que les registres de mon cerveau sont quelque peu brouiUicz de cestc purée de Septembre. Vous au-ez le reste de l'histoire à ces foires de Francfort prochainement venantes, et là vous verrez comment Panurge fut marié, et cocqu des le premier mois de ses nopces, et comment Pantagruel trouva la pierre philosophale, et la manière de la trouver et d'en user; et comment il passa les monts Caspies. comment il naviga par la mer Athlantique, et desfit les Cannibales, et conquesta les isles de Perlas; comment il espousa la fille du roy de Inde dict Prestre Jean; comment il combatit contre les diables, et fist brusler cinq chambres d'enfer, et mist à sac la grande chambre noire, et getta Proserpine au feu, et

rompit quatre dentz à Lucifer, et une corne au cul ; et comment il visita les régions de la lune, pour sçavoir si à la vérité la Lune n'estoit entière, mais que les femmes en avoient troys quartiers en la teste; et mille aultres petites joyeusetez toutes véritables. Ce sont beaux textes d'evangilles en françoys. Bon soir, messieurs. Perdonnate my, et ne pensez tant à mes faultes que ne pense bien es vostres.

Si vous me dictes : « Maistre, il sembleroit que ne feussiez grandement sage de nous escrire ces balivernes et plaisantes mocquettes, » j® vous responds que vous ne Testes gueres plus de vous amuser à les lire. Toutesfoys, sy pour passetemps joyeux les lisez, comme passant temps les escryvois, vous et moy sommes plus dignes de pardon qu'un grand tas de Sarrabovites, Cagotz, Escargotz, Hypocrites, Caffars, Frapars, Botineurs, et aultres telles sectes de gens qui se sont desguisez comme masques pour tromper le monde. Car, donnans entendre au populaire commun qu'ilz ne sont occupez sinon à contemplation et dévotion, en jeusnes et macération de la sensualité, sinon \T:ayement pour sustenter et alimenter la petite fragilité de leur humanité, au contraire font chiee, Dieu sçait quelle, et Curios simulant, sed Bacchanalia vivimt. Vous le pouvez lire en grosse lettre et enlumineure de leurs rouges muzeaulx, et ventres à poulaine, sinon quand ilz se parfument de Soulphre. Quant est de leur estude, elle est toute consummée à la lecture des livres Pantagruelicques ; non tant pour passer temps joyeusement que pour nuire à quelcun meschantement : sçavoir est articulant, monorticulant, torticulant, culletant, couilletant, et diabliculant, c'est à dire calumniant. Ce que faisans, semblent es coquins de village qui fougent et escharbottent la merde des petizt enfans en la saison des cerises et guignes, pour trouver les noyaulx, et iceulx vendre es drogueurs qui font l'huille de I^Iaguelet. Iceulx fuyez, aliborrissez et haïssez autant que je foys, et vous en trouverez bien sur ma foy. Et, si desirez

estre bons pantagruclistes (c'est à dire \ivT:e en paix, joye, santé, faisans toujours grand chère), ne vous fiez jamais en gens qui regardent par un pertuys.

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