PROLOGUE DE L AUTHEUR
fres, qui, par force, par oultraige et violence, contraignent les Lans et compaignons trinquer, voire caros et alluz, qui pis est. Tout beuveur de bien, tout Goutteux de bien, altérez, venens à ce mien tonneau, s'ilz ne voulent ne beuvent : s'ilz veulent, et le vin plaist au goust de la seigneurie de leurs seigneuries, beuvent franchement, librement, hardiment, sans rien payer, et ne l'espargnent. Tel est mon décret. Et peur ne ayez que le vin faille, comme feist es nopces de Cana en Galilée. Autant que vous en tirerez par la dille, autant en entonneray par le bondon. Ainsi demeurera le tonneau inexpuisible. Il a source vive et veine perpétuelle. Tel estoit le breuvage contenu dedans la couppe de Tantalus, représenté par figure entre les seiges Brachmanes; telle estoit en Iberie la montaigne de sel tant célébrée par Caton ; tel estoit le rameau d'or sacré à la déesse soubterraine, tant célébré par Virgile. C'est un vray Cornucopie de joyeuseté et raillerie. Si quelque foys vous semble estre expuysé jusques à la lie, non pourtant sera il à sec. Bon espoir y gist au fond, comme en la bouteille de Pandora; non desespoir, comme on bussart des Danaïdes. Notez bien ce que j'ay dict, et quelle manière de gens je in\dte. Car (af&n que personne n'y soit trompé) à l'exemple de Lucillius, lequel protestoit n'escrire que à ses Tarentins et Consentinois, je ne l'ay perse que pour vous. Gens de bien, Beuveurs de la prime cuvée, et Goutteux de franc alleu. Les geans Doriphages, avalleurs de frimats, ont au cul passions assez, et assez sacs au croc pour venaison. Y vacquent s'ils voulent : ce n'est icy leur gibbier. Des cerveaulx à bourlet, grabeleurs de corrections, ne me parlez, je vous suppUe, au nom et révérence des quatre fesses qui vous engendrèrent, et de la vivificque che^dlle qui pour lors les coupploit. Des Caphars encores moins, quoy que tous soient beuveurs oultrez, tous verollez, croustelevez, guarniz de altération inextinguible et manducation insatiable. Pourquoy? Pource qu'ilz ne sont de bien, ains de mal, et de ce mal duquel journellement à Dieu
requérons cstre délivrez quoy qu'ilz contrcfacent quelques foys des gueux. Oncques vieil cinge ne fit belle moue.
Arrière, mastins ! hors de la quarriere ! hors de mon Soleil, Cahuaille au Diable ! Venez vous icy culletans articuler mon vin et compisser mon tonneau ? Voyez cy le baston que Diogenes par testament ordonna estre près luy posé après sa mort, pour chasser et esrener ces larves bustuaires et mastins Ccrbericques. Pourtant, arrière, Cagotz ! Aux ouailles, mastins ! Hors d'icy, Caphards ! de par le Diable, hay ! Estes vous encores là? Je renonce ma part de Papimanie, si je vous happe. Gzz, Gzzz, Gzzzzzz. Davant, davant ! Iront ilz? Jamais ne puissiez vous fianter que à sanglades d'estrivieres ! Jamais pisser que à l'estrapade ! jamais eschauffer que à coups de baston !