‹ Œuvres de RabelaisChapitre 204 sur 231 · COM.MEKT PANTAGRUEL FAICT ASSEMBLÉE D'UN THÉOLOGIEN · texte numérisé non relu

COM.MEKT PANTAGRUEL FAICT ASSEMBLÉE D'UN THÉOLOGIEN

d'un MEDICIN, d'un LEGISTE

ET d'un philosophe, POUR LA PERPl-EXITÉ DE PANURGE

Arrivez au palais, contèrent à Pantagruel le discours ^e leur voyage, et luy monstrerent le dicté de Raminagrobis. Pantagruel, l'avoir leu et releu, dist : « Encores n'ay je veu response que plus me plaise. Il veult dire sommairement

qu'en l'entreprinse de mariage chascun doibt estre arbitre de ses propres pensées, et de soy mesmes conseil prendre. Telle a tousjours esté mon opinion, et autant vous en diz la première foys que m'en parlastez. Mais vous en mocquiez tacitement, il m'en soubvient, et congnois que Philautle et omour de soy vous déçoit. Faisons aultrcment. Voicy quoy : Tout ce que sommes et qu'avons consiste en trois choses : en l'ame, on corps, es biens. A la conservation de chascun des trois respectivement sont au jourd'huy destinées tro5'-s manières de gens : les théologiens à l'ame, les medicins au corps, les jurisconsultes aux biens. Je suys d'advis que, dimanche, nous ayons icy à dipner un Théologien, un Medicin, et un Jurisconsulte. Avecques eulx ensemble nous conférerons de vostre perplexité.

— Par sainct Picault, respondit Panurge, nous ne ferons rien qui vaille, je le voy desja bien. Et voyez comment le monde est vistempenardé. Nous baillons en guarde nos âmes aux Théologiens, les quelz pour la plus part sont hereticques; nos corps es medicins, qui tous abhorrent les medicamens, jamais ne prennent medicine; et nos biens es Advocatz, qui n'ont jamais procès ensemble.

— Vous parlez en Courtisan, dist Pantagruel. Mais le premier poinct je nie, voyant l'occupation principale, voire unicque et totale des bons Théologiens estre empioictée par faictz, par dictz, par escriptz à extirper les erreurs et hérésies ;tant s'en fault qu'ilz en soient entachez), et planter profondement es cueurs humains la vraye et vive foy catholicque. Le second je loue, voyant les bons Medicins donner tel ordre à la partie prophylactice et conservatrice de santé en leur endroict qu'ilz n'ont besoing de la therapeutice et curative par medicamens. Le tiers je concède, voyant les bons advocatz tant distraictz en leurs patrocinations et responses du droict d'aultruy qu'ilz n'ont temps ne loisir d'entendre à leur propre. Pourtant, dimanche prochain, ayons pour

Théologien nostre père Hippothadée; pour medicin, nostre maistre I^ondibilis; pour Légiste, nostre amy Bfidoye. j Encores suys je d'advis que nous entrons en la tétrade Pytha- ; goricque, et, pour soubrequart, ayons nostre féal le philosophe Trouillogan, attendu mesmement que le philosophe perfaict, et tel qu'est Trouillogan, respond assertivement de tous doubtes proposez. Carpalim, donnez ordre que les avons tous quatre dimanche prochain à dipner.

— Je croy, dist Epistemon, qu'en toute la patrie vous ne eussiez mieulx choisy. Je ne diz seulement touchant les perfections d'un chascun en son estât, les quelles sont dehors tout dez de jugement; mais, d'abondant, en ce que RondibiUs marié est, et ne l'avoit esté; Hippothadée oncques ne le feut. et ne l'est; Bridoye l'a esté, et ne l'est; Trouillogan l'est, et l'a esté. Je releveray Carpahm d'une peine. Je iray inviter Bridoye (si bon vous semble) , lequel est de mon antique congnoissance, et au quel j'ay à parler pour le bien et advencement d'un sien honneste et docte filz, lequel estudie à Tholose, sous l'auditoire du très docte et vertueux Boissonné.

— Faitez, dist Pantagruel, comme bon vous semblera. Et advisez si je peuz rien pour l'advencement du filz et dignité du seigneur Boissoné, lequel je a\Tiie et révère, comme l'un des plus sufïisans qui soit huy en son estât. Je m'y emploiray de bien bon cœur. »

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