‹ Œuvres de RabelaisChapitre 6 sur 231 · A. Tillev, R. E. R., vi · texte numérisé non relu

A. Tillev, R. E. R., vi

de son Pylade : « J'ai compati, ajoute-t-il, aux souffrances de votre couple amical, quand vous vous plaigniez d'être troublés par les coryphées de la congrégation ■ et d'être empêchés de lire les ouvrages grecs; im.is j'ai appris d'un de ceux de la communauté que je chéris le plus et que je connais pour un amateur du beau, qu'on vous avait rendu à tous deux ce que vous adorez : je veux dire ces livres enlevés arbitrairement, et qu'ainsi vous êtes rétablis dans la sécurité et la paix d'autrefois. » Et dans une lettre à Pierre Amy, du 5 février suivant, avec plus d'effets oratoires : « Dieu protecteur de la communauté et de votre amitié, qu'ai-je entendu? Vous, tête qui m'êtes si chère, et Rabelais votre Thésée, tourmentés à cause de votre grand amour de la langue grecque par vos frères acharnés contre le beau, vous subissez beaucoup d'indignes traitements. O sinistre démence de ces hommes ! 0 merveilleuse absurdité !... » Et ce qui suit.

Voilà ce que nous savons de cette fâcheuse aventure qui dut entraîner des sanctions plus rigoureuses que la confiscation d'un Hérodote ou d'un Plutarque, puisque les intéressés, ou tout au moins l'un des deux, Pierre Amy, prennent le parti de la^ fuite 1. Mais nous pouvons fake des conjectures sur les protecteurs qui empêchent l'événement de tourner au tragique.

Fontenay-le-Comte, qui ne portait pas encore sa devise « Ingeniorum fons et scaturigo », n'en comptait pas moins quelques humanistes et beaux esprits, groupés autour de révêque du diocèse, Geoffroy d'Estissac. Les deux frères mineurs avaient pour amis et protecteurs ^lonseigneur de Maillezais, Arthur Cailler, lieutenant du roi au siège, et son gendre le jurisconsulte André Tiraqueau, l'avocat Hilaire Goguet. On se réunissait « sous le berceau de lauriers» du jardin de Tiraqueau pour deviser de littérature et de droit. Le président du présidial de Saintes, Amaury

I. Le fait ne résulte pas seulement de la lettre de Budé, mais du propre témoignage de Rabelais au Tiers livre, ch. X : « En ^l. Pierre Amy, quand il explora pour savoir s'il esckapperoit de l'embusche des farfadetz et rencojitra ce vers, Mneid. III. « Heu fuge crudeles terras, fuge littus avanim.. . » Puis eschappa de leurs mains sain et sauf. » Cf. T. I, p. 333.

Bouchard, venait se mêler au cénacle. Ces conversations académiques avaient leur écho dans les épîtres dédicatoires, les pièces liminaires, le texte même du Ttj; yy/atx£'aç fJxXr,; du président Bouchard (1522) et du De legibus connubialibus de Tiraqueau (1524). Ce dernier ouvrage, surtout, présente des passages flatteurs pour Rabelais. En le félicitant de la traduction du Premier livre d'Hérodote [perdue], Tiraqueau le qualifie de « vir supra aetatem, prasterque ejus sodalicii morem, utriusque linguae omnifaciseque doctrinae peritissimus », (p. 124) et ailleurs (p. 118) « vir utraque lingua doctissimus n^.

On peut donc supposer que l'intervention concertée des magistrats et de l'évêque suffit à mettre fin aux persécutions exercées contre les deux amis et peut-être à arrêter les poursuites contre les fugitifs. En tout cas Pierre Amy trouve asile au couvent des bénédictins de Saint -Mesmin près d'Orléans, vers la fin de 1523^. Rabelais, moins compromis peut-être, reste provisoirement dans la maison de l'évêque, en attendant la régularisation de sa rupture de ban.

Cette régularisation c'est le pape Clément VII qui l'accorde par un induit, sollicité sans doute par Geoffroy d'Estissac. Mais si l'on prend à la lettre le passage de la Sciomachie : «encores veismes nous semblables [cas de transmission prodigieuse de nouvelles] à Lyon pour la journée de Pavie^... », Rabelais serait allé en personne au devant du bref papal. De Lyon partaient sans trêve des courriers pour l'Italie. Un afflux incessant d'étrangers y apportait les nouvelles d'outre-monts. Il n'y a rien d'impossible à ce que notre frère mineur, ne se fiant pas à la fidélité des messagers pour une affaire d'importance capitale, fort

1. T . Barat, R Xî. E.., rn 138. Rabelais avait composé pour le De legibus une épigramm.<i grecque dont voici la traduction : « Voyant ce livre dans les demeures Élyséennes nomme; -'t f-=anm?s indistinctement dirent : « I<es lois par lesquelles le « fameux: André a enseigné à ses Gaulois l'union conjugale et la gloire du mariage, - si Platon nous les avait apprises, y aurait-il parmi les hommes quelqu'im de plus « illustre que Platon. » Ed. -Marty-I,aveaux, t. IV, p. 371.

: Lettren de I,-fè-.T:e d'Étaples à Farel, 6 .juillet 1521, et de Papillon à Zwingli, 7 <x:tobre.

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