‹ Œuvres de RacineChapitre 10 sur 197 · JOCASTE , ANTIGONE, CREON, OLYMPE · texte numérisé non relu

JOCASTE , ANTIGONE, CREON, OLYMPE

QU'avez- vous fait , Madame, &par quelle conduite Forcez-vous un Vainqueur à prendre ainfi la fuite? Ce confèil va tout perdre.

Il va tout confèrver, Et par ce feul conieil Thebes fè peut iàuver.

Et quoi , Madame , &: quoi , dans l'état où nous fommes ,

Lorlqu'avec un renfort de plus de fix mille hommes ,

La Fortune promet toute chofe aux Thebains,

Le Roi fè laiiîè ôter la Victoire des mains ?

La Victoire, Creon, n'eft, pas toujours fi belle, La honte & les remords vont fbuvent après elle. Quand deux Frères armez vont s'égorger en-

tr'eux, Ne les pas fèparer , c'eft les perdre tous deux. Peut-on faire au Vainqueur une injure plus noire3 Que lui laiilèr gagner une telle victoire ?

Creon.

Leur courroux eft trop grand. . . .

Il peut être adouci, Creon,

i6 LES FRERES ENNEMI?*

Tous deux veulent régner.

Ils régneront auflï.

On ne partage point la grandeur îbuverainej Et ce n'eft pas un bien qu'on quitte 6c qu'on re* prenne.

L'intérêt de l'Etat leur fèrvira de Loi.

L'intérêt de l'Etat eft de n'avoir qu'un Roi, Qui d'un ordre confiant gouvernant fès provinces, Accoutume à fès LoixScle Peuple ôc les Princes. Ce règne interrompu de deux Rois dirïerens , En lui donnant deux Rois lui donne deux tyrans.. Par un ordre fbuvent l'un à l'autre contraire, Un frère détruiroit ce qu'auroit fait un frère. Vous les verriez toujours former quelque attea^

tat, Et changer tous les ans la face de l'Etat. Ce terme limité que l'on veut leur preicrire, Accroît leur violence en bornant leur Empire. Tous deux feront gémir les Peuples tour à tour. Pareils à ces torrens qui ne durent qu'un jour , Plus leur cours eil borné , plus ils font de ravage, Et d'horribles dégâts fignalent leur paiîàge.

On les verroit plutôt par de nobles projets , Se diiputer tous deux l'amour de leurs Sujets. Mais avouez, Creon, que toute vôtre peine C'eft de voir que la paix rend vôtre attente vaine, Quelle allure a mes Fils le Thrône où vous tendez, Et va rompre le piège où vous les attendez. Comme après leur trépas k droit de la naiflànce

Fait

T R A G £ D I I, rf

Fait tomber en vos mains la foprême puiflânce , Le làng qui vous unit aux deux Princes mes Fils, Vous tait trouver en eux vos plus grands ennemis: Et vôtre ambition qui tend à leur Fortune, Vous donne pour tous deux une haine commune*. Vous inipirez au Roi vos confoils dangereux, Et vous en forvez un pour les perdre tous deux,

Je ne me repais point de pareilles chimères , "Mes refpedts pour le Roi font ardens&iinceres, Et mon ambition eft de le maintenir Au Trône où vous croyez que je veux parvenir. JLc foin de là grandeur eft le ieul qui m'anime, Je hais fos ennemis , 8c c'eft là tout mon crime ; Je ne m'en cache point, mais a ce que je voi, Chacun neft pas ici criminel comme moi.

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