‹ Œuvres de RacineChapitre 11 sur 197 · JOC AS T E · texte numérisé non relu

JOC AS T E

Je fois mère, Creon, 8c lï j'aime fon frère, JLa perfonne du Roi ne m'en eft pas moins cherev De lâches Courtiiàns peuvent bien le haïr , Mais une Mère enfin „ne,peut„pas fe trahir.

Vos intérêts ici font conformes aux nôtres, Les ennemis du Roi ne font pas tous les vôtres j Creon , vous êtes Père , 8c dans ces ennemis , Peut-être fongez-vous que vous avez un Fils. On lait de queLe ardeur Hémon fort Polinice,

Oui, je le £ii, Madame, 8c je lui fais juftice, Je le dois en ciret diftinguer du commun 5 Aîais c'eft pour le haïr encor plus que pas un. Et je fouhaiterois dans ma jufte colère , Que chacun le hait comme le hait fon Père.

Après tout ce qu'à fait la valeur de fon bras , Tout ie monde en ce point ne vous reiîèmblepas,

Creon,

l8 LES FRERES ENNEMIS.

Je le voi bien , Madame , Se c'eft. ce qui m'afflige i Mais je jtài bien à quoi 4à révolte m'oblige, Et tous ces beaux exploits qui le font admirer , C'eft. ce qui me le fait juftement abhorrer. La honte fiiit toujours le parti des rebelles , Leurs grandes actions font les plus criminelles j lis lignaient leur crime en fignalant leur bras , Et la Gloire n'eft point où ks Rois ne font pas.

Ecoutez un peu mieux la voix de la Nature.

Plus TorTenfèur m'eft cher, plus je retiens l'injure.

Mais un Père à ce point doit-il être emporté ? Vous avez trop de haine.

Et vous trop de bonté.

C'eft, trop parler , Madame , en faveur d'un rebelle,

Antigone L'innocence vaut bien -que -l'on parle pour elle,

Je fài ce qui le rend innocent à vos yeux.

Antigone.

Et je fài quel fùjet vous le rend odieux.

L'amour a d'autres yeux que le commun des hommes.

Vous abufèz, Creon, de l'état où nous fbmmes, Tout vous fèmble permis, mais craignez mon

courroux.

Vos libertez enfin retomberoient fur vous.

Antigone.

L'intérêt du public agit peu fur ibn ame, Et l'amour du païs nous cache une autre flâme.

Je

Je la ùii mais, Creon , j'en abhorre le cours. Et vous ferez bien mieux de la cacher toujours.

Creon.

Je le ferai, Madame, Se je veux par avance, Vous épargner encor jufquesàma prefènee.

Aufii bien mes refpeâs redoublent vos mépris , Et je vais faire place à ce bien-heureux Fils. Le Roi m'appelle ailleurs , il faut que j'obéifie, Adieu , faites venir Hémon 8c Poiinice.

Jociste.

N'en doute pas, méchant, ils vont venir tous deux, Tous deux ils préviendront tes deiïèins malheureux.

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