‹ Œuvres de RacineChapitre 101 sur 197 · NERON, JUNIE · texte numérisé non relu

NERON, JUNIE

Néron.

VOus vous troublez , Madame , 8c changez c vifage , Liièz-vous dans mes yeux quelque trille prelàge

Seigneur , je ne vous puis déguifer mon erreur J'allois voir Odravie , 8c non pas l'Empereur.

Néron.

Je le fii bien , Madame , 8c n'ai pu fans envie Apprendre vos bontez pour l'heureufè Octavie. ,

Vous Seigneur ?

Néron.

Penfèz-vous, Madame, qu'en ces lieu Seule pour vous connoître Oclavie ait des yeux i

Et quel autre , Seigneur , voulez-vous que j'irr

plore ?

A qui demanderai-je un crime que j'ignore? Vous qui le puniriez , vous ne l'ignorez pas. De grâce , apprenez-moi , Seigneur , mes attet

tats.

Néron.

Quoi Madame ! Ejft-ce donc une légère offenfe De m avoir fi long-temps caché vôtre préfènee? Ces trefbrs dont le Ciel voulut vous embellir, Les avez-vous reçus pour les enfèvelir ? L'heureux Britannicus verra-t-il fans allarmes Croître loin de nos yeux fon amour 8c vos char

mes?

Pour

ourquoi de cette gloire exclus juiqu'à ce jour , l'avez-vous iàns pitié relégué dans ma Cour ? )n dit plus : Vous Tournez fans en être oftènfée )u'il vous oie, Madame, expliquer là peniëe. "ar je ne croirai point que iàns me coniulter ia.ièvere Junie ait voulu le flatter ; îi quelle ait coniènti d'aimer 6c d'être aimée, ans que j'en fois inflxuit que par la Renommée.

e ne vous nîrai point , Seigneur , que lès foupirs I l'ont daigné quelquefois expliquer iès deiirs. i n'a point détourné les regards d'une Fiile ,

eul refle du débris d'une iiiuftre Famille.

eut-être il iè ibuvient qu'en un temps plus heureux ion Père me nomma pour l'objet de lès Vœux.

m'aime. U obéit à l'Empereur ion Père , j.t j'oie dire encore , à vous, à vôtre Mère : ; ros deiirs ibnt toujours il conformes aux liens....

4a Mère a iès deflèins , Madame, 8c j'ai les miens.sTe parlons plus ici de Claude 6c d'Agrippine. ^e n'efl point par leur choix que je me détermine.

>'eft à moi ièul , Madame , à répondre de vous j [ lt je veux de ma main vous choiiir un Epoux.

\h ! Seigneur, ibngcz-vous que toute autre alliance , ?era honte aux Ceiàrs auteurs de ma naiiîànce ?

^îon, Madame, l'Epoux dont je vous entretiens-, ^eut iàns honte aiièmbler vos ayeux 6c les i!ens. Vous pouvez, iàns rougir, conièntk à ià flame.

Et quel eft donc , Seigneur, cet Epoux?

2 j-o BRITANKICUS.

Néron.

Moi, Madamt

Vous ?

Néron.

Je vous nommerois , Madame , un autre norr Si j'en lavais quelque autre audefïus de Néron. Oui , pour vous faire un choix , où vous puillie

fbuicrire , J'ai parcouru des yeux la Cour, Rome, 6c l'Em

pire , Plus j'ai cherché , Madame , 6c plus je cherch

encor En quelles mains je dois confier ce trefbr : Plus je vois que Cefàr digne fèul de vous plaire En doit être lui fèul l'heureux dépoiitaire , Et ne peut dignement vous confier qu'aux main: A qui Rome a commis l'Empire âcs Humains. Vous-même confultez. vos premières années. Ciaudius à fon Fils les avoit dcftinées , Mais c'étoit en un temps où de l'Empire entier Il croyoit quelque jour le nommer l'Héritier. Les Dieux ont prononcé. Loin de leur contre

dire , C'efl: à vous de paflèr du côté de l'Empire. En vain de ce prefènt ils m'auroient honoré , Si vôtre cœur devoit en être fèparê $ Si tant de foins ne font adoucis par vos charmes Si tandis que je donne aux veilles , aux allarmes Des jours toujours à plaindre , 8c toujours enviez Je ne vais quelquefois refpirer à vos piez , Qu'Odtavie à vos yeux ne faflè point d'ombrage Rome auiii-bien que moi vous donne lbn fufïra-

Répudie Oclavic , 8c me fait dénouer

Un Hymen que le Ciel ne veut point avouer.

Son-

T R A G JE D I E. r$\

Songez-y donc , Madame , Se pefez -en vous-même

Ce choix digne des foins d'un Prince qui vous aime ;

Digne de vos beaux yeux trop long-temps captivez ,

Digne de l'Univers à qui vous vous devez.

I Seigneur , avec raiibn je demeure étonnée fe me voi dans le cours d'une même journée ij^omme une criminelle amenée en ces lieux : Et !ors qu'avec frayeur je parois à vos yeux, ,^ue fur mon innocence à peine je me lie, l/ous m'offrez tout d'un coup la place d'Odravie. Ip'ofè dire pourtant que je n'ai mérité Ni cet excès d'honneur , ni cette indignité. Et pouvez-vous , Seigneur , fouhaiter qu'une

Fille 1 ^ui vit preiqu'en naiflânt éteindre fà Famille , i ^ui dans l'obfcurité nourriflànt fà douleur :l>'eft faite une vertu conforme à fbn malheur, paiTe fubitement de cette nuit profonde |)ans un rang qui i'expoie aux yeux de tout Je

monde , : )ont je n'ai pu de loin fbûtenir la clarté , it dont une autre enfin remplit la Majefté?

Néron.

e vous ai déjà dit que je la répudie. a\.yez moins de frayeur , ou moins de modefKe, vl'accufèz point ici mon choix d'aveuglement. ■e vous répons de vous , confentez feulement. )u fang dont vous forcez rappeliez la mémoire, it ne préférez point à la fblide gloire )es honneurs dont Cerar prétend vous revêtir, jx gloire d'un refus , fujet au repentir.

L 7 Ji>

ijfi BRITANNICUS.

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