‹ Œuvres de RacineChapitre 102 sur 197 · J UNIE · texte numérisé non relu

J UNIE

Le Ciel connoît , Seigneur , le fond de ma peu-

fee.

Je ne me flatte point d'une gloire infènfèe. Je fài de vos prefèns meiurer la grandeur. Mais plus ce rang fur moi répandroit de iplen-

deur, Plus il me feroît honte 8c mettroit en lumière Le crime d'en avoir dépouillé l'héritière.

C'elr de {es intérêts prendre beaucoup de loin , Madame , Se l'amitié ne peut aller plus loin. Mais ne nous flattons point , êc laiilbns lemyftere La Sœur vous touche ici beaucoup moins que 1«

Frère , Et pour Britannicus . . .

Il a fu me toucher , Seigneur , <k je n'ai point prétendu m'en cacher Cette iïncerité fans doute eiî peu diferete ; Mais toujours de mon cœur ma bouche eft. Fin

terprete.

Abfènte de la Cour je n'ai pas dû penfèr , Seigneur , qu'en l'art de feindre il fallût m'exer

cer.

J'aime Brittannicus. Je lui fus deftinée Quand l'Empire devoit fuivre fon hymenée. Mais ces mêmes malheurs qui l'en ont écarté, Ses honneurs abolis , fbn Palais deierté, La fuite d'une Cour que fa chute a bannnie, Sont autant de liens qui retiennent Junie. Tout ce que vous voyez, confpire à vos defirs, Vos jours toujours ièreins coulent dans les plai

iirs.

L'Empire en eft pour vous l'inépuifàbte fource, Ou fi quelque chagrin en interrompt k courfè .

Tou

TRAGEDIE. îj-j

Tout l'Univers fbigneux de les entretenir j'empreflè à l'effacer de vôtre fou venir, kitannicus efl fèul. Quelque ennui qui le preilê 1 ne voit dans fbn fort que moi qui s'intereiîè ; El n'a pour tous plaiiirs , Seigneur, que quelques

pleurs £ui lui font quelquefois oublier fes malheurs.

Néron.

ilt ce font ces plaiiirs , &. ces pleurs que j'envie, Kie tout autre que lui me paîroit de fà vie. lais je garde à ce Prince un traitement plus

doux. Iadame , il va bien-tôt paroître devant vous.

ih, Seigneur, vos vertus m'ont toujours rafîùrée.

Cî pouvois de ces lieux lui défendre l'entrée.

lais , Madame, je veux prévenir le danger, r ù fbn reilèntiment le pourroit engager. i : ne veux point le perdre. Il vaut mieux que lui' même

ntende fon Arrêt de la bouche qu'il aime. fes jours vous font chers , éloignez-le de vous

.ns qu'il ait aucun lieu de me croire jaloux.

e fbn bannifîèment prenez fur vous 1 orTencc ,

: fbit par vos dilcours , fbit par vôtre iilence ,

u moins par vos froideurs faites-lui concevoir.

u'il doit porter ailleurs les vœux Se fbn efponv

! oi ! Que je lui prononce un arrêt fi févere! a bouche mille fois lui jura le contraire, uand même jufques-là je pourrois me trahir : ïes yeux lui défendront , Seigneur , de m'e* béïr.

Ne-

Néron.

Caché près de ces lieux je vous verrai , Madame Renfermez vôtre amour dans le fond de vôtre a

me.

Vous n'aurez point pour moi de langages iècret; J'entendrai des regards que vous croirez muets; Et là perte ièra l'infaillible fàlaire D'un gefte , ou d'un ibupir échappé pour lui plai

re.

Helas ! fi j'ofè encor former quelques fouhaits, Seigneur , permettez-moi de ne le voir jamais.

NERON, JU'NIE, NARCISSE

Narcisse.

BRitannicus , Seigneur , demande la PrincerT Il approche.

Néron.

Qu'il vienne.

Ah Seigneur!

Néron.

Je vous laifl Sa fortune dépend de vous plus que de moi. Madame, en le voyant , iôngcz que je vous vc

SCI

TRAGEDIE. iff

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