SCENE VI
h UNIE, BRITANNICUS, - NARCISSE.
Britannicus.
l #Adame , quel bonheur me rapproche de tVl vous ?
£uoi ! je puis donc jouir d'un entretien fi doux? ii riais parmi ce plaiiir quel chagrin me dévore! !:Ielas i puis-je elpérer de vous revoir encore? { lut-il que je dérobe avec mille détours Jn bonheur que vos yeux m'accordoient tous
. les jours ?
Quelle nuit ! Quel réveil ! Vos pleurs, vôtre pre-
fènee ^ï'ont point de ces cruels defirmé l'infblence? ^ue raifoit vôtre Amant ? Quel démon envieux d'à refufe l'honneur de mourir à vos yeux ? ielas ! dans la frayeur dont vous étiez atteinte vl'avez-vous en iècret adreile quelque plainte ? via Princeilè , avez-vous daigne me fbuhaiter ? ongiez-vous aux douleurs que vous m'alliez 'coûter ?
Vous
aj-o" BRITANNICUS.
Vous ne me dites rien ? Quel accueil ! Quelle g!:
ce ! Eft-ce ainii que vos yeux conlblent ma diigrace Parlez. Nous fommes lèuls. Nôtre ennemi tron
pé Tandis que je vous parle eft ailleurs occupé. Ménageons les momens de cette heureulè abièr
ce.
Vous êtes en des lieux tout pleins de fà puiftànc Ces murs même , Seigneur , peuvent avoir d
yeux , Et jamais l'Empereur n'eit. abfènt de ces lieux.
Britannicus.
Et depuis quand , Madame , êtes-vous û craint
ve ?
Quoi déjà vôtre amour fbufrre qu'on le captive Qu'eft devenu ce cœur qui me juroit toujours De faire à Néron même envier nos amours ? Mais banniflèz , Madame , une inutile crainte. La foi dans tous les cœurs n'eft pas encore étei:
te, Chacun fèmble des yeux approuver mon cou
roux :
La Mère de Néron fè déclare pour nous , Rome de là conduite elle-même oflénfée...
Ah Seigneur ! vous parlez, contre vôtre penfée. Vous-même vous m'avez, avoué mille fois Que Rome le louoit d'une commune voix.
Toujours à là vertu vous rendiez quelque hon
mage.
Sans doute la douleur vous di&e ce langage.
Ce difeours me liirprend , il le faut avouer. Je ne vous cherchois pas pour l'entendre louer.
Qu<
uoi pour vous confier la douleur qui m'accable 'peine je dérobe un moment favorable 5 \: ce moment fi cher, Madame , eft confumé louer l'ennemi dont je fuis opprimé, ui Vous rend à vous-même en un jour fi contraire ?
joi ! même vos regards ont appris à iè taire ? je vois-je ? vous craignez de rencontrer mes
yeux ) ?ron vous plairoit-il ? vous ferois-je odieux? 1 ? fi je le croiois ... Au nom des Dieux, Ma^
dame , , laircifîèz. le trouble où vous jettez mon ame, riez. Ne fùis-je plus dans votre ibuvenir ?
{ tirez-vous , Seigneur , l'Empereur va venir.
Britannicus.
. >rès ce coup , Narcifïè , à qui dois-je m'atten* dre?