‹ Œuvres de RacineChapitre 153 sur 197 · TITUS, BERENICE, PRE NICE · texte numérisé non relu

TITUS, BERENICE, PRE NICE

Bérénice.

NOn, je n'écoute rien. Me voilà refblue. Je veux partir. Pourquoi vous montrer à ma vue?

Pourquoi venir encore aigrir mon deJèfpoir ? N'êtes- vous pas content ? Je ne veux plus vouj voir.

Titus.

Mais de grâce, écoutez.

Il n'eft plus temps.

Titus.

Madame^ Un mot,

Non.

Dans quel trouble elle jette mon ame ! Ma Frinceuc , d'où vient ce changement fbudain?

Bérénice.

C'en eft fait. Vous voulez que je parte demain». Et moi, j'ai refolu de partir tout à l'heure, Kt je pars.

T I. t u s^ Demeurez.

Ingrat, que je demeure.!

Et pourquoi? Pour entendre un Peuple injurieux Qui Sut de mon malheur retentir tous ces lieux ?

Ne l'entendez-vous pas cette cruelle joye,

Tandis que dans les pleurs moi feule je me noyé?

Quel crime , quelle oilènfc a pu les animer ?

Helas ! Et qu'ai-je fait que de vous trop aimer ? - Titus.

£ coûtez- vous , Madame, une foule infènfèe ? Bérénice.

Je ne voi rien ici dont je ne fois blefïee.

Tout cet Appartement préparé par vos foins,

Ces lieux de mon amour ii long-temps ks témoins,

Qui fèmbloient pour jamais me répondre du vôtre,

Ces fefrons , où nos noms enlaflèz l'un dans Tau» tre,

A mes triftes regards viennent par tout s'offrir,

Sont autant d'impofteurs que je ne puis fouffrir.

Allons, Phenice..

Titus.

O Ciel! Que vous êtes injufte!

Bérénice.

Retournez , retournez vers ce Sénat augufte.

Qui vient vous applaudir de vôtre cruauté.

Hé bien , avec plaifir lavez-vous écouté ?

Etes-vous pleinement content de vôtre gloire?

Avez-vous bien promis d'oublier ma mémoire ?

■Mais ce n'effc pas allez, expier vos amours.

Avez-vous bien promis de me haïr toujours ? Titus.

Non, je n'ai rien promis. Moi, que jevoushaï£ fe

Que je puifîè jamais oublier Bérénice!

Ah Dieux! Dans quel moment fbn injufte rigueur

De ce cruel ioupçon vient affliger mon coeur !

Çonnoiflèz-moi , Mad-ame , Se depuis cinq années

Q 7 Comp*

372 BEREXÎCZ.

Comptez tous les momens , 6c toutes les journées

Où par plus de traniports , 6c par plus de fou-

pirs, Je vous ai de mon cœur exprimé les delïrs. Ce jour furpaflè tout. Jamais , je le confelîè. Vous ne fûtes aimée avec tant de tendreilè. Et jamais . . .

Bérénice.

Vous m'aimez , vous me le loûtenez.

Et cependant je pars , 6c vous me l'ordonnés. Quoi ! dans mon defèlpoir trouvez-vous tant de

charmes?

Craignez-vous que mes yeux verlènt trop peu de

larmes ?

Que me fèrt de ce cœur l'inutile retour ? Ah cruel ! par pitié montrez-moi moins d'amour. Ne me rappeliez point une trop chère idée , Et laiflèz-moi du moins partir perfiiadée Que déjà de vôtre ame exilée en fècret, J'abandonne un Ingrat qui me perd fans regret. Vous m'avez arraché ce que je viens d'écrire,

il lit une Lettre.

Voilà de vôtre amour tout ce que je délire. Liiez , Ingrat, liiez, 6c me laiiTez fortir.

Titus.

Vous ne ibrtirez point , je n'y puis confèntir. Quoi ? ce départ n'efl: donc qu'un cruel ftratagême ? Vous cherchez, à mourir ? Et de tout ce que j'aime Il ne reliera plus qu'un trifte fouvenir ? Qu'on cherche Antiochus , qu'on le faflè venir.

Bérénice fe laijfe tomber fur un Jïege,

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