‹ Œuvres de RacineChapitre 154 sur 197 · TITUS, BERENICE · texte numérisé non relu

TITUS, BERENICE

Titus.

MAdame , il faut vous faire un aveu véritable. Lors que j'enviiàgeai le moment redoutable Où prefîe par les loix d'un auftere devoir , Il falloir pour jamais renoncer à vous voir ; Quand de ce trille Adieu je prévis les approches , Mes craintes, mes combats, vos larmes,* vos reproches , Je préparai mon ame à toutes les douleurs Que peut faire ientir le plus grand des malheurs. Mais quoi que je craigniilè, iifaut que je le die, Je n'en avois prévit que la moindre partie. Je croyois ma vertu moins prête à iuccomber, Et j'ai honte du trouble où je la voi tomber. J'ai vu devant mes yeux Rome entière aflèmblee. Le Sénat m'a parlé. Mais mon ame accablée Ecoutoit iàns entendre , Se ne leuralaiiîe, Pour prix de leurs tranfports , qu'un filence glacé.

Rome de vôtre fort eft encore incertaine. Moi-même à tous momens je me fouviens à peine, Si je fîiis Empereur , ou ii je fuis Romain. Je ibis venu vers vous uns iàvoïr mon deflèin. Mon amour m'entraînoit , & je venois peut-être Pour me chercher moi-même , 5c pour me re-

connoître.

Qu'ai-je trouvé ? Je voi la mort peinte en vos

yeux.

Je voi pour la chercher que vous quittez ces lieux,

C'en

C'en eft trop. Ma douleur â cette trifte vue A ion dernier excès eft enfin parvenue- Je reflèns tous les maux que je puis reflèntû% Mais je voi le chemin par où j'en puis fbrtir. Ne vous attendez point, que las de tant d'aïlarmes , Par un heureux hymen je tariiïe vos larmes. En quelque extrémité que vous m'ayez réduit. Ma gloire inexorable à toute heure me fiiit. Sans celle elle prefènte à mon ame étonnée L'Empire incompatible avec vôtre hymenée, Me dit , qu'après l'éclat 8c les pas que j'ai faits * Je dois vous époufèr encor moins que jamais. Oui , Madame. Et je dois moins encore vous dire Que je fuis prêt pour vous d'abandonner l'Empire, De vous fuivre , & d'aller trop content de mes fers Soupirer avec vous au bout de l'Univers. Vous-même rougiriez de ma lâche conduite. Vous verriez à regret marcher à vôtre fuite Un indigne Empereur fans Empire, fans Cour,' Vil fpedtacle aux humains des fbibleflès d'amour. Pour fbrtir des tourmens , dont mon ame eft la proye, Il eft , vous le fàvez , une plus noble voye. Je me fuis vu, Medame, enfèigner ce chemin,' Et par plus d'un Héros , & par plus d'un Romain, Lors que trop de malheurs ont lafïe leur conftan-

ce, Ils ont tous expliqué cette perfèverance Dont le fort s'attachoit à les periecuter , Comme un ordre fècret de n'y plus refïfter. Si vos pleurs plus long-temps viennent frapper

ma vue , Si toujours à mourir je vous vois refblue,

S'il

TRAGEDIE s $7f

! S'il faut qu'à tous momens jç tremble pour vos jours, Si vous ne me jurez d'en refpecf er le cours j Madame , à d autres pleurs vous devez, vous ai-}

tendre.

En l'état où je fuis je puis tout entreprendre, Et je ne répons pas que ma main à vos yeux N'enfànglante à la fin nos funeftes Adieux.

Bérénice.

Helas!

Titus.

Non, il n'eft rien dont je ne fois capable, Vous voilà de mes jours maintenant reiponiable. Songez-y bien, Madame. Et ii je vous fuis cher.«i

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