‹ Œuvres de RacineChapitre 155 sur 197 · TITUS , BERENICE , ANTIOCHUS · texte numérisé non relu

TITUS , BERENICE , ANTIOCHUS

VEnez, Prince, venez, je vois ai fait chercha^ Soyez ici témoin de toute ma foiblefîè. Voyez il c'eft aimer avec peu de tendreïîè. Jugez-nous.

Antiochus.

Je crois tout. Je vous connois tous deux» Mais connoiflêz vous-même un Prince malheureux.

Vous m'avez honoré, Seigneur, de vôtre eftime» Et moi, je puis ici vous le jurer lins crime, A vos plus chers amis j'ai difputé ce rang. Je l'ai difputé même aux dépens de mon iàng. Vous m'avez , malgré moi , confié l'un & l'autre,' La Reine fon amour , Se vous , Seigneur , le vôtre,

La

ÎJ6 "B JE R E tf / C £.

Là Reine qui m'entend, peut me defà vouera Eile m'a vu toujours ardent à vous louer , Répondre par mes foins à vôtre confidence. Vous croyez m'en devoir quelque reconnoifîànc< Mais le pourriez-vous croire en ce moment fatal Qu'un ami iï fidelle étoit vôtre Rival ?

Titus.

Mon Rival !

ANfîOCHVS.

Il eft temps que je vous éckircifiè.

Oui, Seigneur, j'ai toujours adoré Bérénice. Pour ne la plus aimer , j?ai cent fois combattu. Je n'ai pu 1 oublier , au moins je me fuis tu. De vôtre changement la flatteulè apparence Mavoit rendu tantôt quelque foible efperance. Les, larmes de la Reine ont éteint cet efpoir. Ses yeux baignez de pleurs demandoient à voi

voir.

Jeïiiis venu, Seigneur, vous appeller moi-mêm Vous êtes revenu. Vous aimez, on vous aime} Vous vous êtes rendu , je n'en ai point douté. Pour la dernière fois je me fuis confulté. J'ai fait de mon courage une épreuve dernière , Je viens de r appeller ma Raifon toute entière. Jamais je ne me fuis fonti plus amoureux. . Il .faut d'autres efforts pour rompre tant c

noeuds.

Ce n'elt qu'en expirant que je puis le détruire. J'y cours. Voilà dequoi j'ai voulu vous inftruire. * Oui, Madame, vers vous j'ai rappelle fès pas. Mes foins ont réiïfTi , je ne m'en repens pas. Puifîè le Ciel verfèr for toutes vos années Mille profperitez l'une à l'autre enchaînées! Ou s'il vous garde encore un refte de courroux , Je conjure les Dieux d'épuifer tous les ccups , Qui pourroient menacer une Jl belle vie, ^ Su

i Sur cej jours malheureux que je vous focrifle. Bérénice, fe levant.

j Arrêtes. Arrêtez. Princes trop généreux ,

. En quelle extrémité me jettez-vous tous deux? Soit que je vous regarde , ou que je l'envilàge ,

; Par tout du defcfpoir je rencontre l'image.

' Je ne vois que des pleurs. Et je n'entens parler

;-Que de trouble, d horreurs, de fàng prêt à couler.' Mon cœur vouseit connu, Seigneur * 8c je puis

dire * à Titus.

Qu'on ne l'a jamais vu loupirer pour l'Empire. La grandeur des Romains , la pourpre des Cefàrs N'a point , vous le lavez. , attiré mes regards.

I J'aimois, Seigneur , j'aimois , je voulois êtreaimée. Ce jour , je l'avoûrai, je me fuis alarmée. J'ai crû que vôtre amour alloit finir fbn cours. Je connois mon erreur , 8c vous m'aimez toujours. Vôtre cœur s'eft troublé , j'ai vu couler vos larmes.

Bérénice , Seigneur , ne vaut point tant d'allarmes. Ni que par vôtre amour l'Univers malheureux , Dans le temps que Titus attire tous lès vœux s Et que de vos vertus il goûte les prémices, Se voye en un moment enlever fès délices. Je crois depuis cinq ans juiqu'à ce dernier jour, Vous avoir afluré d'un véritable amour.

Ce n'eil pas tout , je veux en ce moment funefte, Par un dernier effort couronner tout le refle. Je vivrai, je fiiivrai vos ordres abfblus. Adieu, Seigneur, régnez, je ne vous verrai plus, * Prince, après cet Adieu, vous jugez bien vousmême * a Anùochm Que je ne confèns pas de quitter ce que j'aime, Pour aller loin de Rome écouter d'autres vœux. Vivez , 8c faites-vous un effort généreux. Sur Titus , 8c fur moi , réglez vôtre conduite.

Je l'aime, je le fuis. Titus m'aime, il me quitte Portez loin de mes yeux vos fbupirs , & vos fen Adieu , fèrvons tous trois d'exemple à l'Univers Dé l'amour la plus tendre, &la plus malheureufi Dont il puiiîè garder l'hiftoire douloureuse. Tout eft prêt. On m'attend. Ne fùivez. point me

pas.

Pour la dernière fois, * Adieu, Seigneur.* àTittt.

A.NTI0CHU5.

Helas!

LE

Page 1