‹ Œuvres de RacineChapitre 19 sur 197 · JOCASTE, ANTIGONE · texte numérisé non relu

JOCASTE, ANTIGONE

HE' bien en eft-ce tait ? l'un ou l'autre perfide Vient-il d'exécuter ion noble parricide ? Parlez , parlez , ma Fille.

AJi ! Madame , en effet, L'Oracle eft accompli , le Ciel eft fatisrait.

Quoi mes deux Fils font morts ?

Un autre làng , Madame, Rend la paix à l'Etat 8c le calme à vôtre ame : Un fàng digne des Rois dont il eft découlé, Un Héros pour l'Etat s'eft lui-même immolé. Je courois pour fléchir HémonScPolinice, Ils étoient déjà loin avant que je fortifie. Ils ne m'entendoient plus , 8c mes cris douloureux Vainement par leur nom les rappelaient tous

deux.

Ils ont tous deux volé vers le champ de bataille , Et moi je fuis montée au haut de la muraille , D'où le Peuple étonné regardoit comme moi , L'approche d'un combat qui le glaçoit d'effroi. A cet inftant fatal le dernier de nos Princes , L'honneur de nôtre fàng , l'elpoir de nos Provinces , Menecée en un mot digne Frère d'Hémon , Et trop indigne aulTi d'être -Fils de Créon, De l'amour du pais montrant Ion ame atteinte,

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Au milieu des deux camps s'efl avancé iàns crainte, Et fè faiiànt ouïr des Grecs & des Thebains, Arrêtez , a-t-il dit , arrêtez inhumains. Ces mots impérieux n'ont point trouvé d'obfla-

cle, Les Soldats étonnez de ce nouveau ipeâracle , * De leur noire fureur ont fuipendu le cours , Et ce Prince aufli-tôt poursuivant ion difeours: Apprenez , a-t-il dit , l'Arrêt des deftinées , Par qui vous allez voir vos miferes bornées. Je fuis le dernier iàng de vos Rois defeendu , Qui par l'ordre des Dieux doit être répandu. Recevez donc ce iàng que ma main va répandre, Et recevez la Paix ou vous n'ofïez prétendre. Il fè taît , il iè frappe en achevant ces mots , Et les Thebains voyant expirer ce Héros , Comme li leur fàlut devenoit leur iùpplice , Regardent en tremblant ce noble iàcrifice. }'ai vu le triite Hémon abandonner ion rang Pour venir embraiîcr ce Frère tout en iàng. Créon à ion exemple a jette bas les armes, Et vers ce Fils mourant efl venu tout en larmes, Et l'un 8c l'autre camp les voyant retirez,' Ont quitté le combat & iè lbnt fèparez. Et moi le cœur tremblant, 8c lame toute émue, D'un fi funeite objet j'ai détourné la vûë , De ce Prince admirant l'héroïque fureur.

Comme vous je l'admire 8c j'en frémis d'horreur. Eft-il poflïble , ô Dieux , qu'après ce grand miracle, Le repos des Thebains trouve encor quelque ob£

tac le ?

Cet illuftre ( trépas ne peut-il vous calmer , Puiique même mes Fils s'en laitîènt deiàrmer? •

La

TRAGEDIE, +j

La refufèrez-vous cette noble victime?

Si la vertu vous touche autant que fait le crime , Si vous donnez les prix comme vous puniiTez , Quels crimes par ce iàng ne lèront eftâcez ?

Oui, oui cette vertu fera récompense, Les Dieux font trop paiez du iing de Menecéej Et le làng d'un Héros auprès des immortels , Vaut lèul plus que celui de mille criminels.

Connoiiïez mieux du Ciel la vengeance fatale. Toujours à ma douleur il met quelque intervalle. Mais helas ! quand ia main fèmble me fecourir , C'eft alors qu'il s'apprête à me faire périr. Il a mis cette nuit quelque fin à mes larmes, Afin qu'à mon réveil je vifie tout en armes. S'il me flatte auiïi-tct de quelque eipoir de Paix , Un Oracle cruel me 1 ote pour jamais.

Il m'ameine mon Fiis , il veut que je le voye , Mais helas î combien cher me vend-il cette joye ! Ce Fils eft iniéniible , ëc ne m'écoute pas , Et fbudain il me l'ôte & l'engage aux combats. Ainii toujours cruel, 6c toujours en colère, Il feint de s'appaiièr &. devient plus lèvere; Il n'interrompt fès coups que pour les redoubler, Et retire ion bras pour me mieux accabler,

Madame, efperons tout de ce dernier miracle.

La haine de mes Fils efr. un trop grand obftacle, Polinice endurci n'écoute que fès droits , Du Peuple 8c de Créon l'autre écoute la voix. Oui du lâche Créon. Cette ame intéreiîee, Nous ravit tout le fruit du fàng de Menecée: En vain pour nous làuver ce grand Prince îè perd , Le Fere nous nuit plus que le E ^tenousièrt.

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38 LES FRERES ENNEMIS, De deux jeunes Héros cet infidèle Père

Ah ! le voici , Madame , avec le Roi mon Frère.

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