JOC ASTE
M On Fils , c'efi: donc ainfi que Ton garde ià roi?
Madame , ce combat n'eft point venu de moi , Mais de quelques Soldats tant d'Argos que des
nôtres , Qui s'étant querellez les uns avec les autres, Ont infenriblement tout le corps ébranlé » Et fait un grand combat d'un limple démêlé.. La bataille iàns doute alloit être crueile, Et lbn événement vuidoit nôtre querelle, Quand du Fils de Créon l'héroïque trépas, De tous les combattans a retenu le bras. Ce Prince le dernier de la race Roiale , S'eft appliqué des Dieux la réponiè fatale,. Et lui-même à la mort ïl s'eft précipité, De l'amour du pais noblement tranlporté.
Ah ! fi le fèul amour qu'il eut pour fà patrie, Le rendit infèniïble aux douceurs de la vie , Mon fils, ce même amour ne peut-il feulement, De vôtre ambition vaincre l'emportement ? Un exemple lî beau vous invite à le iîiivre. Il ne faudra ceflèr de régner ni de vivre. Vous pouvez, en cédant un peu de vôtre rang ,
Faire
Faire plus qu'il n'a fait en verfànt tout ion fàng.
Il ne faut que ceilèr de haïr vôtre Frère ,
Vous ferez beaucoup plus que fà mort n'a lu faire.
O Dieux ! aimer un Frère eft - ce un plus grand effort ,
Que de haïr la vie 8c courir à la mort?
Et doit -il être enfin plus facile en un autre,
De répandre ion iang, qu'en vous d'aimer le votre ?
Son illuftrc vertu me charme comme vous ,
Et d'un fi beau trépas je fuis même jaloux.
Et toutefois, Madame, il faut que je vous die,
Qu'un Trône eft plus pénible à quitter que la vie,
La Gloire bien ibuvent nous porte à la haïr ,
Mais peu de Souverains font gloire d'obéir.
Les Dieux vouloient Ion iàng 2c ce Prince fans
crime Ne pouvoir à l'Etat refufèr fà Victime; Mais ce même païs qui demandoit Ion iang, Demande que je règne & m'attache à mon rang. Jufqu'à ce qu'il m'en ôteil faut que j'y demeure. Il n'a qu'à prononcer j'obeïrai fur l'heure, Et Thebcs' me verra pour appaifèr fbn fort, Et defeendre du Trône , 8c courir à la mort.
Ah ! Menecée eft mort , le Ciel n'en veut point
d'autre.
LailTèz, couler fbn fàng fans y mêler le vôtre , Et puis qu'il l'a verfé pour nous donner la Paix , Accordez.-la , Seigneur, à nos juftes fbuhaits.
Et quoi même Créon pour la Paix fè déclare ?
Pour avoir trop aimé cette guerre barbare, Vous voiez, les malheurs où le Ciel m'a plongé.
Mon
Mon Fils eft mort, Seigneur.
Il faut qu'il foit vengé .
Sur qui me vengerois-je en ce malheur extrême ?
Vos ennemis , Créon, font ceux de Thebes même , Vengez-la , vengez-vous.
Ah ! dans fès Ennemis , |e trouve vôtre Frère , & je trouve mon Fils. Dois-je verfèr mon fàng, ou répandre le vôtre? Et dois-je perdre un Fils pour en venger un autre ? Seigneur , mon iàng m'eft cher , le vôtre m'eft fà-
cré, Serai-je fàcrilege ou bien dénaturé?
Souillerai-je ma main d'un iàng que je révère? Serai-je parricide , afin d'être bon Père? Un fi cruel fècours ne me peut fbulager, Et ce fèroit me perdre au lieu de me venger. Tout le fbulagement où ma douleur afpire, C'eft qu'au moins mes malheurs fervent à vôtre
Empire.
Je me confblerai fi ce Fils que je plains , Aflure par là mort le repos des Thébains. Le Ciel promet la Paix au fàng de Menecée > Achevez-la , Seigneur , mon Fils l'a commencée, Accordez-lui ce prix qu'il en a prétendu , Et que fbn fàng en vain ne fbit pas répandu.
Non, puifqu'à nos malheurs vous devenez fènfi-
ble, Au fàng de Menecée il n'eft rien d'impomble : Que Thebes 1e r'afïiire après ce grand effort, Puis qu'il change vôtre ame , il changera fbn fort. La Paix dès ce moment n'eft plus def efperée ,
Puifque
Puifque Créon la veut je la tiens afïurée,
Bien-tôt ces cœurs de fer fe verront adoucis ,
Le vainqueur de Créon peut bien vaincre mes Fils.
a Eté ode.
Qu'un fi grand changement vous defàrme Se vous
touche , Quittez, mon Fils, quittez cette haine farouche, Soulagez une Mère, 8c confblez Créon.
Rendez-moi Polinice, &; lui rendez Hemon.
Mais enfin , c'eft vouloir que je m'impofe un
Maître.
Vous ne l'ignorez pas , Polinice veut l'être > Il demande fur tout le pouvoir Souverain , Et ne veut revenir que le Sceptre à la main.