‹ Œuvres de RacineChapitre 22 sur 197 · CREON, ATTALE · texte numérisé non relu

CREON, ATTALE

L'Intérêt des Thebains n'efl pas ce qui vous touche , Dedaigneuiè Princeffè, & cette ame farouche Qui fèmbie me flatter après tant de mépris , Songe moins à la paix qu'au retour de mon Fils. Mais nous verrons bien-tôt ii la riere Antigone Auffi-bien que mon cœur- dédaignera le Thrône , Nous verrons quand les Dieux m'auront tait votre Roi, Si ce Fils bien-heureux l'emportera for moi.

Et qui n'admireroit un changement i\ rare ?

Tu crois donc que la Paix eft i'objet de mes foins ?

Oui je le crois , Seigneur , quand j'y penibis le moins ,

Et voyant qu'en effet ce beau foin vous anime,

l'admire à tous momens cet effort magnanime,

Qui vous fait mettre enfin vôtre haine au tombeau.

Menecée en mourant n'a rien fait de plus beau.

Et qui peut immoler fà haine à fà Patrie,

Lui pourroit bien auvîi fàcrincr ià vie.

Ah! £ns doute , qui peut d'un généreux effort, Aimer ion ennemi, peut bien aimer la mort. Quoi je neglig crois le loin de ma vengeance?

Et

Et de mon ennemi je prendrois la défenfè? De la mort de mon Fils Polinice eft l'auteur , Et moi je deviendrais ion lâche Protecteur ? Quand je renoncerois à cette haine extrême , Pourrois-je bien ceflèr d'aimer le Diadème ? Non, non, tu me verras d'une confiante ardeur , Haïr mes ennemis Se chérir ma grandeur. Le Thrône fit toujours mes ardeurs les plus chères > Je rougis d'obéir où régnèrent mes Pères ; je brûle de me voir au rang de mes Ayeux, "Et je l'envifàgeai dès que j'ouvris les yeux. Sur tout depuis deux ans ce noble loin m'infpire : ]e ne fais point de pas qui ne tende à l'Empire. Des Princes mes neveux j'entretiens la fureur , Et mon ambition autorifè la leur.

D'Etéocle d'abord j'appuyai l'injuitice , Je lui fis refulèr le Thrône à Polinice. Tu fais que je penlbis dès lors à m'y placer j Et je l'y mis, Attale, afin de l'en chailèr.

Mais , Seigneur , fi la Guerre eut pour vous tant

de charmes, D'où vient que de leurs mains vous arrachez, les

armes ? Et puifque leur difeorde eft l'objet de vos vœux , Pourquoi par vos confèils vont-ils & voir tous

deux?

Plus qu'à mes ennemis la Guerre m'eft mortelle , Et le courroux du Ciel me la rend trop cruelle. Il s'arme centre moi de mon propre defiein , Il fe fert de mon bras pour me percer le ièin. La Guerre s'allumoit , lors que pour mon fùp-

plice , Hémon m'abandonna pour fèrvir Polinice 5

Les

Les deux Frères par moi devinrent ennemis , Et je devins, Attale , ennemi de mon Fiis. Enhn ce même jour je tais rompre la trêve, J'excite le Soldat, tout le Camp iè ibuleve; On fe bat , Se voilà qu'un Fils defeiperé , Meuit &. rompt un combat que j'ai tant préparé. Mais il me relie un Fils Se je ièns que je i'aime , Tout rebelle qu'il eit , 8c tout mon Rival même. Sans le perdre je veux perdre mes ennemis, Il m'en codteioit trop s'il m'en coûtoitdeux Fils. Des deux Princes d'ailleurs la haine eft trop puiP

iànte.

Ne croi pas qu'à la Paix jamais elle ccnfènte; Moi -me ire je fàurai ii bien l'envenimer. Qu'ils périront tous deux plutôt que de s'aimer. Les autres Ennemis n'ont que de courtts haines } Mais quand de la Nature on a brife les chaînes, Cher Attale, il n'eft rien qui puiilê reunir Ceux que des nœuds il torts n'ont pas fû retenir.- L'on hait avec excès lors que l'on hait un Frère. Mais leur éloignement rallentit leur coleie. Quelque haine qu'on ait contre un fier ennemi, Quand il cil loin de nous on la perd à demi. Ne t'étonne donc plus fi je veux qu'ils fè voyent » Je veux qu'en le voyant leurs rureurs ièdeployent, Que rappellant leur haine au lieu de la chailèr, lis s'étoufFent , Attale , en voulant s'embrafièr.

Attale.

Vous n'avez plus , Seigneur , à craindre que vousmême , On porte les remords avec le Diadème.

Quand on eft fur le Thrône on a bien d'autres

foins , Et les remords font ceux qui nous pefent le moins.

Du

Du plaiiïr de régner une ame poiîèdée,

De tout le temps paiîè détourne fbn idée ,

Et de tout autre objet un efprit éloigné

Croit n'avoir point vécu tant qu'il n'a point

régné.

Mais allons : le remords n'eft pas ce qui me touche , Et je n'ai plus un cœur que le crime effarouche. Tous les premiers forfaits coûtent quelques efforts :

Mais , Attale , on commet les féconds fans remords.

Ti.i du trouéme Atte.

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