‹ Œuvres de RacineChapitre 23 sur 197 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ETEOCLE, CREON.

DUi , Creon , c'eft ici qu'il doit bien-tôt & rendre , Et tous deux en ce lieu nous le pouvons attendre :

>{ous verrons ce qu'il veut , mais je repondrois

bien, ^ue par cette entrevue on n'avancera rien. [e connois Polinice 8c ion humeur altiere, fe fài bien que ià haine eil encor toute entière, fe.ne crois pas qu'on puiiïè en arrêter le cours, it pour moi je iens bien que je le hais toujours.

Creon.

Vlais s'il vous cède enfin la grandeur fbuveraine, /ous devez ce me femble appaiier vôtre haine,

[e ne fài fi mon cœur s'appaifèra jamais : 2e n'efi: pas fon orgueil , c'efl lui fèul que je hais. Sous avons l'un 8c l'autre une haine obftinée, î.lle n'eft pas , Créon , l'ouvrage d'une année. Ille eft née avec nous , 8c ià noire fureur , \ufiî-tôt que ia vie entra dans nôtre cœur. "Tous étions ennemis dès la plus tendre enfance, ^ue dis-je? nous l'étions avant nôtre naiïlànce,

Triftd

Trifte 8c fatal effet d'un fing inceftueux ! Pendant qu'un même fein nous renfermoit ton

deux , Dans les flancs de ma Mère une guerre inteftine De nos diviiions lui marqua l'origine.' Elles ont , tu le fais , paru dans Je berceau , Et nous fuivront peut-être encor dans le torr

beau.

Cn diroit que le Ciel par un arrêt funefre, Voulut de nos parens punir, ainii i'incefte , Et que dans nôtre Sang il vouLt mettre au joi Tout ce qu'ont de plus ncir & la haine 8c l'amou Et maintenant, Cveon , que j'attens ii venue, Ne croi pas que pour lui ma haine diminue. Plus il approche, Se plus il me fèmble odieux, Et fans doute il faudra qu'elle éclatte à lès yeux J'aurois même regret qu'il me quittât l'Empire Il faut , il faut qu'il fuye , 8c nrn qu'il iè retire Je ne veux point, Civon, le haïr à moitié, Et je crains ion courroux moins que ion amiti Je veux pour donner cours à mon ardente haine Que fi fureur au moins autorile la mienne ; Et puiiqu'enfin mon cœur ne fàuroit iè trahir, Je veux qu'il me detefte afin de le haïr. Tu verras que fi rage effc encore la même , Et que toujours fbn cœur afpire au Diadème. Qu'il m'abhorre toujours , & veut toujours r<

pner , Et qu'on peut bien le vaincre 8c non pas le g;

gner.

Domtez-le donc, Seigneur, s'il demeure inflex

ble.

Quelque fier qu'il puifïè être il n'eil pas invinc

ble:

Et puifque la Raifbn ne peut rien fur fbn cœur

Epioi

Eprouvez ce cjue peut un bras toujours vainqueur. Oui , quoique [dans la Paix je trouvafïe des charmes,

Je ferai le premier à reprendre les armes , Et fi je demandois qu'on en rompît le cours , Je demande encor plus que vous régniez toujours. Que la Guerre s'enflame 6c jamais ne finifîè , S'il faut avec la Paix recevoir Polinice. Qu'on ne nous vienne plus vanter un bien fi doux , La guerre 8c fes horreurs nous plaifènt avec vous. Tout le peuple Thebain vous parle par ma bouche , Ne le fbûmettez pas à ce Prince farouche. Si la Paix Te peut faire il la veut comme moi. Sur tout , û vous l'aimez , confèrvez-lui fon Roi, Cependant écoutez le Prince vôtre Frère , Et s'il le peut, Seigneur, cachez, vôtre colère. Feignez Mais quelqu'un vient.

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