‹ Œuvres de RacineChapitre 3 sur 197 · ET DES DEUX VISIONAIRES · texte numérisé non relu

ET DES DEUX VISIONAIRES

ONSIEUR,

Je vous déclare que je ne prens point de parti entre Mr. Defmarêts Se Vous, Je laiiïè à juger

au

Ces Notes font de Mr. Brossette.

* Le nom de l'Auteur , & le mérite de cette Pièce nous intereflent à la conferver. En voici 3e fujet. Mr. Racine aïant fait Tes études à Port-Roial des Champs, vint à Paris , & tourna coûtes Ces vues du côte' de la Poëfie.

Quand

xxii LETTRE DE

au monde quel eft le Viiionaire de vous deux, J'ai lu jufqu'ici vos Lettres avec aiîèz d'indifférence , quelquefois avec dégoût , félon qu'elles me fèmbloient bien ou mal écrites. Je remarquais que vous prétendiez prendre la place de l'Auteur * des petites Lettres, mais je marquois en même temps que vous étiez beaucoup au deilbus de lui , 8c qu'il y avoit une grande différence entre une Provinciale , Se une Imaginaire.

Je m'étonnois même de voir le Port-Royal aux mains avec f Mrs. Chamillard Se Defmarêts.

Où

Quand Defmarêts écrivit contre Port-Roïal Mr. Nicole répliqua à Defmarêts par huit Lettres, intitulées Vifionnaires ; & dans la première de ces Lettres , qui eft datée du dern'ur y ur de Décembre: i66f, il traita les faifeurs de Romans, & 'es Poètes de Théâtre, d'Empoifonneurs publics , & de gens horribles parmi les Chrétiens» Monfieur Racine, qui avoit déjà donné au public fes deux premières Tragédies, crût avoir fujetde penfer que ce traitlà tomboit en particulier fur lui : il prit la défenfe du Théâtre, & attaqua Meilleurs de Port-Roïal. CesMeffieurs, alarmez par cetre Lettre, qui les menaçoit d'un Ecrivain auffi redoutable que Pafcal, trouvèrent le moïen d'appaifer le jeune Racine , & même ils le regagnèrent tellement , que jufqu'à fa mort il a été un de leurs plus tèlez partifuns.

*T A l' Auteur des Heréjîes &c. ] En 1664 , & l66f. MM. de Port-Royal publièrent fuccefîivement dix Lettres, intitulées les Imaginaires , ou Lettres fur l'HsreJîe imaginaire ; & en 1666 iis en donnèrent de même huit autres , fous le titre de Vijîonaires , qui étoient une fuite des précédentes. On attribué ces Lettres à Monfieur Nicole. Quand Mnrfieur Racine compofa celle ci, on n'avoit encore publié que les deux premières VtJionairest en Janvier ,

* Des petites Lettres. ] Des Lettres Provinciales.

■f Morlfietir Chamillard, J Docteur de Sorbocne.

Mr. RACINE. xxii;

Ou efl cette fierté , diibis-je , qui n'en vouloit qu'au Pape , aux Archevêques , 8c aux Jéfuites ? Et j'admirois en lècret la conduite de ces Pères qui vous ont fait prendre le change , 8c qui ne font plus maintenant que les fpectateurs de vos querelles. Ne croyez pas pour cela que je vous blâme de les laiflèr en repos. Au contraire , fï j'ai à vous blâmer de quelque choie , c'eft d'étendre vos inimitiez, trop loin , 6c d'intereilèr dans le démêlé que vous avez, avec Defmarêts, cent autres perfbnnes dont vous n'avez aucun fujet de vous plaindre.

Et qu'eft-ce que les Romans 5c les Comédies peuvent avoir de commun avec le Janfënifme ? Pourquoi voulez-vous que ces Ouvrages d'eiprit fbient une occupation peu honorable devant les hommes, 8c horrible devant Dieu? Faut-il, parce que Defmarêts a fait autrefois un Roman , 6c des Comédies , que vous preniez en averiîon tous ceux qui fè font mêlez d'en faire ? Vous avez aflêz d'ennemis. Pourquoi en chercher de nouveaux ? O ! que le Provincial étoit bien plus jâge que vous. Voyez comme il flatte l'Académie dans le temps même quil periecute la Sorbone. Il n'a pas voulu fe mettre tout le monde fur les bras. Il a ménagé les faiièurs de Romans. Il s'efl fait violence pour les louer. Car Dieu-merci vous ne louez jamais que ce que vous faites. Et croyez-moi , ce font peut-être les feules gens qui vous etoient favorables.

Mais , ii vous n'étiez pas content d'eux , iî ne falloit pas tout d'un coup les injurier, Vous pouviez employer des termes plus doux que ces mots * d'Empoifonneurs publies , 6c de gens horribles

* D' ' Empoifunneurs publics &c] Voici le partage delà

pre-

xxiv LETTRE DE

blés parmi les Chrétiens. Penfèz-vous que l'on vous en croie fur vôtre parole ? Non , non , Monlieur, on neft point accoutumé à vous croire fi légèrement. Il y a vingt ans que vous dites tous les jours que les cinq Proportions ne font pas dans Janfènius : cependant on ne vous croit pas encore.

Mais nous connoiflbns l'aufterité de votre Morale. Nous ne trouvons point étrange que vous damniez, les Poètes. Vous en damnez bien d'autres qu eux. Ce qui nous furprend , c'en: de voir que vous voulez empêcher les hommes de les honorer. Hé ! Moniieur , contentez-vous de donner les rangs dans l'autre Monde , ne réglez point les récompeniès de celui-ci. Vous l'avez quitté , il y a long-temps. Laiilèz-le juger des choies qui lui appartiennent. Plaignez-le , il vous voulez , d'aimer des bagatelles 6c d'eftimer ceux qui les font. Mais ne leur enviez point de miièrables honneurs , aulquels vous avez renoncé.

Auflï-bien il ne vous fera pas facile de les leur ôter. Ils en font en ponellion depuis trop de flècles. Sophocle, Euripide, Terence , Homère ëc Virgile , nous ibnt encore en vénération , comme ils l'ont été dans Athènes ôc dans Rome. Le Temps qui a abbatu les Statues qu'on leur a élevées à tous , & les Temples mêmes qu'en a élevez à quelques-uns d'eux , n'a pas empêché

que

première vifionnaire. CesquaHtés [de faire des Romans & des pièces de Théâtre] qui ne font pas fort honorablesau jugement des honnêtes gem , font horribles étant tonpdèrécs félon les principes de la Relgion Chrétienne , & les règles de l'Evangile. Un f-ifeur de Romans, & un Poète de Théâtre efi un empoifonneur public , non des to-eps , mais des âmes &c.

mr; racin e; xxv

que leur mémoire ne vînt juiqu'à nous. Notre fiècle , qui ne croit pas être obligé de fuivre votre jugement en toutes chofès , nous donne tous les jours les marques de l'eftime qu'il fait de ces iortes d'Ouvrages , dont vous parlez avec tant de mépris ; 8c malgré toutes ces maximes fèvères que toujours quelque paflîon vous infpire , il oiè prendre la liberté de coniiderer toutes les perfbnnes en qui l'on voit luire quelques étincelles du feu qui échauffa autrefois ces grands Génies de l'Antiquité.

Vous croïez fans doute qu'il eft bien plus honorable de faire * des Enluminures , des Cèamillardesy 8c des Onguents pour la brûlure. Que voulez-vous ? Tout le monde n'eft pas capable de s'occuper à des choies fi importantes , tout le monde ne peut pas écrire contre les Jéfùites. On peut arriver à la gloire par plus d'une voie.

Mais , direz-vous, il n'y a plus maintenant de gloire à composer des Romans 8c des Comédies. Ce que les Païens ont honoré eft. devenu horrible parmi les Chrétiens. Je ne fuis pas un Théologien comme Vous. Je prendrai pourtant la liberté de vous dire , que l'Egliiè ne nous défend point de lire les Poètes , qu'elle ne nous commande point de les avoir en horreur. C'eft en partie dans leur Le£hire que les anciens Pères fè font formez. Saint Grégoire de Nazianze n'a pas fait de difficulté de mettre la Pafïion de Notre Seigneur en Tragédie. Saint Auguftin cite Virgile aum fouvent que vous citez Saint Auguftin.

(b) Je

* Des Enluminures , des Chamiîlardes , &c. ] Ce font les Titres de quelques Livres , que Meilleurs de Port- Royal écrivoient en ee tems-là contre leurs Adverfaixes.

xxvî LETTRE DE

Je lai bien qu'il s'accule de s'être laiilè attendrir à la Comédie , Se d'avoir pleuré en liiànt Virgile, Qu'eft-ce que vous concluez, de là ? Direz-vous qu'il ne faut plus lire Virgile , & ne plus aller à la Comédie? Mais Saint Auguftin s'accufè auiii d avoir pris trop de plaiiir aux chants de l'Egliiè. Elî-ce à dire qu'il ne faut plus aller à l'Egliiè?

Et vous autres qui avez fùccedé à ces Pères , dequoi vous êtes-vous aviiez de mettre en François les Comédies deTerence? Falloit-il interrompre vos fàintes occupations pour devenir des Traducteurs de Comédies ? Encore , ii vous nous les aviez données avec leurs grâces , le Public vous jfèroit obligé de la peine que vous avez priiè. Vous direz peut-être que vous en avez retranché quelques libertez. Mais vous dites auffi que le loin qu'on prend de couvrir les paillons d'un voile d'honnêteté ne lèrt qu'à les rendre plus dangereuses. Ainii vous voilà vous-mêmes au rang des Empoilbnneurs.

Eit-ce que vous êtes maintenant plus faints , que vous n'étiez en ce tems-ià ? Point du tout. Mais en ce tems-là Defmarêts n'avoit pas écrit contre vous. Le crime du Poète vous a irritez contre la Poè'rie. Vous n'avez pas confideré que ni Moniteur d'Urfé , ni Corneille, ni Gomberville votre ancien ami n'etoient point reiponiàbles delà conduite de Defmarêts. Vous les avez tous enveloppez dans là dilgrace. Vous avez même oublié que Mademoifelle de Scuderi avoit fait une Peinture avantageulè du Port-Roïal dans là Clélie. Cependant j'avois ouï dire que vous aviez fbuffert patiemment qu'on vous eût louez dans ce Livre horrible. L'on fit venir au delèrt le volume qui parloit de Vous. II y courut de main-en- main , Se tous les Solitaires voulurent voir l'endroit où

ils

M r. RACINE. xxvij

ils étoicnt traitez d'illuftres. Ne lui a-t-on pas môme rendu lès loiianges dans l'une des Provinciales , Se n'eft-ce pas elle que l'Auteur entend lors qu'il parle d'une Peribnne qu'il admire Jâns la connoître ?

Mais, Moniieur, 11 je m'en fou viens , on a loué même Defmarêts dans ces Lettres. D'abord l'Auteur en avoit parlé avec mépris , fur le bruit qui couro':t c...'ii travailloit aux Apologies des jeiuites. Il vous fie lavoir qu'il n'y avoit point de part. Aum-tct il fut lotie comme un homme d'honneur , Se comme un homme d'eiprit.

Tout de bon , Moniieur , ne vous iL-mbie-t-il pas qu'on pourroit faire fur ce procédé les mêmes réflexions que vous avez faites tant de fois iûr le procédé des Jéiuites. Vous les acculez de n'envilàger dans les perfonnes que la haine eu i'amour qu'on avoit pour leur Compagnie. Vous deviez éviter de leur reflèmbler. Cependant on vous a vus de tout temps loiier Se blâmer le même homme félon que vous étiez contens ou mai làtisfaits de lui. Surquoi je vous ferai feuvenir d'une petite Hiiloire que m'a contée autrefois un de vos Amis. E.ie marque allez bien votre caractère.

Il difoit qu'un jour deux Capucins arrivèrent au Poit-Roïai, ce y demandèrent i'hoipitalité. On les reçût d'abord allez froidement , comme tous les Religieux y étoient reçus. Mais enfin il étoit tard, 6c l'on ne pût pas iè difpenler de les recevoir. On les mit tous deux dans une chambre , Se on leur porta à louper. Comme ils étoient à table , le Diable qui ne vouloit pas que ces bons Pères ioupailent à leur aifè , mit dans la tête de quelqu'un de vos Meilleurs , que l'un de ces Ca<- (b) 2 pucins

xxvm LETTRE DE

pucins étoit un certain Père * Maillard, quisetoit depuis peu fignalé à Rome en Sollicitant la Bulle du Pape contre Janfenius. Ce bruit vient aux oreilles de la f Mère Angélique. Elle accourut au Parloir avec précipitation, 8c demande, qu'eft-ce qu'on a fèrvi aux Capucins , quel pain 6c quel vin on leur a donné? La Tourierelui répond qu'on leur a donné du pain blanc 8c du vin des Meilleurs. Cette Supérieure zélée commande qu'on le leur ête , & que l'on mette devant eux du pain des valets 8c du cidre. L'ordre s'exécute. Ces bons Pères qui avoient bû chacun un coup , font bien étonnez de ce changement. Ils prennent pourtant la chofè en patience, 8c le couchent, noniàns admirer le foin qu'on prenoitde leur faire taire pénitence. Le lendemain ils demandèrent à dire la Meflè. Ce qu'on ne pût pas leur refufèr. Comme ils la difôient, Monfieur de Bagnols entra dans i'Eglife , 8c fut bien fùrpris de trouver le vifàge d'un Capucin de fès parens dans celui que l'on prenoit pour le Père Maillard. Monfieur de Bagnols avertit la Mère Angélique de ion erreur, 8c l'aiïùra que ce Père étoit un fort bon Religieux , êc même dans le cœur afîèz ami de la Vérité. Que fit la Mère Angélique ? Elle donna des ordres tout contraires à ceux du jour de devant. Les Capucins furent conduits avec honneur de l'Egliie

dans

* Père Maillard.'] Il eft nommé Père Mulard , dans la Réponfe * qu'un Ecrivain de Porc-Royal fit à cette Lettre, le Pnmier d'Avril, 1666.

* C'eft la féconde Réponfe.

f Mère Angélique.'] Angélique Arnauld, Abbefle de. Port- Royal. Elle étoit Sœur de Monfieur Arnauld * Docteur de Soi bonne, & de Monfieur d'Andiily.

Mr. RACINE. xxix

dans le Réfecloir , où ils trouvèrent un bon déjeuner qui les attendoit, 8c qu'ils mangèrent de fort bon cœur , beniflànt Dieu qui ne leur avoit pas fait manger leur pain blanc le premier.

Voila , Monlieur , comme vous avez traité Defmarêts , 8c comme vous avez toujours traité tout le monde. Qu'nne femme fût dantle defbrdre , qu'un homme fut dans la débauche , s'ils fè difbient de vos Amis , vous efperiez toujours de leur fàlutj s'ils vous étoient peu favorables, quelque vertueux qu'ils fufTent , vous appréhendiez toujours le jugement de Dieu pour eux. La Science étoit traitée comme la Vertu. Ce n'étoitpas afièz pour être fàvant, d'avcir étudié toute fà vie , d'avoir lu tous les Auteurs , il falloit avoir lu Janfénius, 8c n'y avoir point lu les Proportions.

Je ne doute point que vous ne vous juftifiïez par 1 exemple de quelque Père. Car qu'eff-ce que vous ne trouvez point dans les Pères ? Vous nous direz que S. Jérôme a loué Rufîn comme le plus fàvant homme de fbn Siècle , tant qu'il a été fbn ami ; & qu'il traita le même Rufln comme le plus ignorant homme de fbn Siècle , depuis qu'il fe fut jette dans le parti d'Origène. Mais vous m'avouerez que ce n'eft pas cette inégalité de fèntimens qui l'a mis au rang des Saints 6c des Docteurs de l'Eglifè.

Et fans fortir encore de l'exemple de Defmarêts, quelles exclamations ne faites-vous point, fur ce qu'un homme qui a fait autrefois des Romans, 8c qui confeiîè , a ce que vous dites , qu'il a mené une vie déréglée , a la hardiene d'écrire fur les matières de la Religion ? Dites-moi , Monfieur, Que faifoit dans le monde Monfieur le Maître. Il plaidoit , il faifoit des Vers : tout cela eft égale- (b) 3 ment

xxx LETTRE DE

ment profane félon vos Maximes II avoué' auilv dans une Lettre , qu'il a été dans le dérèglement , & qu'il seiï. retiré chez vous pour pleurer les crimes. Comment donc avez-vous ibuffert qu'il ait tant fait de Traductions , tant de Livres fur les matières de ia Grâce ? Ho , ho , direz -vous , il a fait auparavant une longue 8c ièrieuié pénitence. Il a été deux ans entiers à bêcher le jardin, à faucher les prez , à laver les vaiiîèlles. Voila ce qui l'a rendu digne de la Doctrine de S. Auguitin. Mais,. Moniïeur , vous ne fàvez pas quelle a été la pénitence de Defmarêts. Peut-être a-t-ii fait plus que tout cela. Croïez-moi , vous n'y regarderiez point de ii près , s'il avoit écrit en vôtre faveur.. C'étoit là le fèul moïen de fànclifier une plume profanée par des Romans Se des Comédies.

Enfin , je vous demanderois volontiers ce qu'il faut que nous liiions , fi ces fortes d'Ouvrages nous font défendus. Encore faut-il que l'efprit le de-' lailè quelquefois. . Nous ne pouvons pas toujours lire vos Livres. Et puis, à vous dire la vérité, vos Livres ne lé font plus lire comme ils faiibient. Il y a long-rems que vous ne dites plus rien de nouveau. . En combien de façons avez-vous conté l'Hiitoire du Pape Honorius ? Que l'on regarde tout ce que vous avez fait depuis dix ans , vos Diiquiiitions, vos Difîèrtations , vos Réflexions, vos Considérations , vos Obfervations j on n'y trouvera autre choie linon que les Propciitions ne font pas dans Janfénius. Hé! Meilleurs, demeurez-en là. Ne le dites plus. Auifi bien, à vous parler franchement , nous ibmmes réiblus d'en croire plutôt le Pape & le Clergé de France , que vous.

Pour vous , Moniieur , qui entrez maintenant en lice contre Defmarêts , nous ne refuibns point

de

Mr. RACINE. xxxi

de lire vos Lettres. Pouflèz votre Ennemi à toute rigueur. Examinez chrétiennement lès mœurs 8c lès Livres. Emploïez l'autorité de S. Bernard, pour le déclarer Viiîonaire. Etabli liez de bonnes règles pour nous aider à reconnoître les fous. Nous nous en fèrvirons en tems & lieu. Mais ne lui portez point de coups qui puiflènt retomber fur les autres, Sur tout, je vous le répète : Gardezvous bien de croire vos Lettres auiïi bonnes que hs Lettres Provinciales. Ce fèroit une étrange vilion que celle-là. Je voi bien que vous voulez attraper ce genre d'écrire. L'enjouement de Monfieur Pafcal a plus 1èr vi à votre parti que tout le fèrieux de Monfïeur Arnauld. Mais cet enjouement n'eft point du tout votre caractère. Vous retombez dans les froides plaifànteries des 'Enluminures, Vos bons mots ne font d'ordinaire que de balles alluiions. Vous croïez dire , par exemple, quelque chofè de fort agréable, quand vous dites fur une exclamation que fait Monlieur Chamillard, que fon grand O , n'eft qu'un o en chiffre j 6c quand vous l'avertiriez de ne pas fuivre le grand nombre , de peur d'être un Docteur a Ici douzaine, on voit bien que vous vous efforcez d'être plaiiàns. Mais ce n'eli pas le moïen de l'être.

Retranchez-vous donc fur le fèrieux. Remplirez vos Lettres de longues 8c doctes périodes. Citez les Pères. Jettez-vous fou vent fur les Antithèfès. Vous êtes appelé à ce ftile. Il faut que chacun fuive là vocation. * Je fois, Sec.

* Mr. Racine avoit défendu cette Lettre par une féconde, où il n'avoit pas moins répandu d'enjoument Se de raillerie que dans la première; mais l'ayant montrée à M. Defpreaux fon intime ami , à qui il n'avoit pourtant pas communiqué la première > cet illuftre Poète

lui

xxxii LETTRE DE

lui répondit : Votre Lettre ejî bie,i écrite , mais en vérité vous prenez un mauvais parti j & vous attaquez les plus honnêtes gens qui foient au monde. Eh bien donc, reprit M. Racine, celle-ci ne verra jamais le jour, II la ri (Terra aufîi-tôt dans fon Porte feuille i ne la communiqua à perfcnne , retira de la première tous les Exemplaires qu'il put retrouver , & alla chez M. de Saci pour fe reconcilier avec lui. M. l'Abbe' Dupin l'y accompagna. Add.

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