‹ Œuvres de RacineChapitre 2 sur 197 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

iRande Reine , de qui les charmes Saiïujetifîènt tous les cœurs, Et de nos difcordes vainqueurs Pour jamais ont tari nos larmes :

Princefîè , qui voyez, fbupirer dans vos fers Un Roi , qui de ion nom remplit tout l'univers > Et failànt ion deftin , faites celui du monde: Régnez , belle Therefè , en ces aimables lieux

Qirarrofè le cours de mon onde , Et que doit éclairer le feu de vos beaux yeux,

Je fuis la Nymphe de la Seine.

C'eft moi dont les illuflxes bords

(a) 7 Doi-

* Cette Ode fat compose en 1660, à l'entrée de la Reine Elle fat inférée dans le Recueil de Poèfies que Meffieurs de Port-Royal dedie'rent au Prince de Cotiti, fous le nom de la Fontaine qui fît l'E pitre Oedicatorre. Elle fe trouve à l'Article de Mr. Racine Tome III, page 217. l'Auteur avoit environ vingt ans quand il la compofa.

xiv ODE.

Doivent pofféder les tréfors , Qui rendoient l'Efpagne fi vaine :

Ils ibnt des plus grands Rois l'agréable fejour ;

Ils le font des plailirs , ils le font de l'amour.

Il n'eft rien de ii doux que l'air qu'on y refpire.

Je reçois les tributs de cent Fleuves divers : Mais de couler fous votre Empire

C'eft plus que de régner fur l'Empire des mers.

O que bientôt fur mon rivage On verra luire de beaux jours !

Oh combien de nouveaux amours Me viennent des rives du Tage!

Que de nouvelles rieurs vont naître fous vos pas!

Que je vois après vous de grâces & d'appas

Qui s'en vont amener une faifon nouvelle!

L'air fera toujours calme , 6c le Ciel toujours clair ; Et près d'une fàifon fi belle

L'âge d'or feroit pris pour un fiécle de fer.

O qu'après de rudes tempêtes

Il eft agréable de voir ,

Que les Aquilons fans pouvoir

N'ofènt plus gronder fur nos têtes !

Que le repos eft doux après de longs' travaux ! Qu'on aime le plaiiir qui fuit beaucoup de maux ! Qu'après un long hiver le printems a de charmes !

Auffi , quoique ma joie excède mes fouhaits,

Qui n'aproit point fenti d'allarmes Pourroit-il bien juger des douceurs de la paix?

Ô D E, xv

J'avois perdu toute efpérance , Tant chacun croyoit maladie Que jamais le Ciel appaifé Dût rendre le calme à la France.

Mes champs avoient perdu leurs moiilbns Se leurs

fleurs , Je roulois dans mon lein moins de flots que de

pleurs j La trifteflè Se leffroi dominoient fur mes rives.

Chaque jour m'apportoit quelques malheurs nouveaux Mes Nymphes pâles 8c craintives A peine s'afîuroient dans le fond de mes eaux.

De tant de malheurs affligée Je parus -un jour fur mes bords Penlànt aux funeftes difeords Qui m'ont ii long tems outragée:

Lors que d'un vol foudain je vis fondre des Cieux

Amour qui me flatant de la voix 8c des yeux,

Triffe Nymphe , dit-il , ne te mets plus en peine ,

Je te prépare un fort fi charmant 8c fi doux, Que bientôt je veux que la Seine

Rende tout l'Univers de fà gloire jaloux

Je t'amène après tant d'années Une paix de qui les douceurs Sans aucun mélange de pleurs Feront couler tes deflinées.

Mais ce qui doit pailer tes plus hardis fouha'ts , Une Reine viendra fur les pas de la paix, Comme on voit le Soleil marcher après l'Aurore.

Des

x>[ ODE.

Des Rives du Couchant elle prendra fon cours,

Et cet aftre furpafîè encore Celui que l'Orient voit naître tous les jours.

Non que j'ignore la vaillance Et les miracles de ton Roi , Et que dans ce commun erlroi Je doive craindre pour la France.

Je fais qu'il ne le plaît qu'au milieu des hazards > Que livrer des combats 6c forcer des remparts Sont de fès jeunes ans les délices fliprêmes. Je fais tout ce qu'a fait ion bras victorieux ; Et que plufieurs de nos Dieux mêmes Par de moindres exploits ont mérité les cieux.

Mais c'eft trop peu pour fon courage

De tous ces exploits inouïs.

Il faut déformais que Louis

Entreprenne un plus grand ouvrage.

Il n'a que trop tenté le hazard des combats } L'Efpagne fait allez la valeur de fon bras j Aûez elle a fourni de lauriers à fà gloire. Il faut qu'il en exige autre chofè en ce jour ,

Et que pour dernière victoire Elle fournifîè encore un myrte à fon amour.

Therefè eft l'illuftre conquête Où doivent tendre tous fès vœux.

Jamais un myrte plus fameux Ne fàuroit couronner fà tête.

Le Ciel qui les avoit l'un pour l'autre formez Voulut que d'un même Or leurs jours fufîènt

tramez.

Elle eft di gne de lui comme il eft digne d'elle. Des Reines 6c des Rois chacun eft le plus grand i

Et

ODE. xtiî

Et jamais conquête fi belle Ne mérita les vœux d'un iî grand conquérant.

A fbn exemple tous les Princes

Ne fongeront plus déformais

Qu'à faire rerleurir la Paix,

Et le calme dans leurs Provinces.

L'abondance par tout ramènera les jeux.

Les regrets 8c les foins s'enfuiront devant eux , Toutes craintes feront pour jamais étoufées. Les glaives renfermez, ne verront plus le jour ,

Ou bien fè verront en trophées Par les mains de la Paix confàcrez. à l'amour.

Cependant Louis 8c Thérèse

Parleront leur âge en ces iieux ,

Et plus fàtisfaits que les Dieux ,

Boiront le nectar à leur aifè.

Je leur ferai cueillir pat de longues faveurs Tout ce que mon Empire a de fruits 8c de fleurs» Je bannirai loin d'eux tout flijet de trifteflè. Je ferai dans leur cceur je ferai dans leurs yeux i

Et c'efl: pour les fuivre fans ceflè , Que tu me vois quitter la demeure des Cieux.

Les plaifirs viendront fur mes traces Charmer tes Peuples réjouis.

La victoire fuivra Lcu ï s Thérèse amènera les Grâces.

Les Dieux mêmes viendront pafïer ici leurs

jours.

Ton repos en durée égalera ton cours.

Mars de fès cruautez, n'y fera plus d'épreuves La gloire de ton nom remplira l'Univers ;

Et

xvin ODE.

Et la Seine fur tous les Fleuves Sera ce que Thetis eft fur toutes les Mers.

Mais il eft tems que je me rende

Vers le bel Aflre de ton Roi.

Adieu Nymphe conible toi

Sur une efperance ii grande.

Therefè va venir : ne répands plus de pleurs; Prépare feulement des lauriers & des fleurs , Afin d'en faire hommage à la beauté fuprême. Ainiï finit Amour me laiïTànt à ces mots 5

Et je courus à l'heure même Conter mon avanture aux Nymphes de mes flots.

O Dieux ! que la feule penfée

De voir un aftre ii charmant ,

Leur fit oublier promptement

Toute leur mifère palîee.

Que le Tage foufrit ! Quels furent iès transports, Quand l'amour lui ravit l'ornement de fes

bords !

Et que pour lui la guerre eût été moins à craindre!

Ses Nymphes de regret prirent toutes le deuil»

Et ii leurs jours pouvoient s'éteindre La douleur auroit pu les conduire au cercueil.

Ce fut alors que les nuages , Dont nos jours étoient obfcurcis, Devant vous furent éclaircis Et n'enfantèrent plus d'orages.

Nos maux de vôtre main eurent leur guéri-

fon , Vos yeux d'un nouveau jour peignirent l'Horifon,

La

ODE. xix

La Terre fous vos pas devint même fertile, Le Soleil étonné de tant d'effets divers ,

Eut peur de fè voir inutile, Et qu'un autre que lui n'éclairât l'Univers.

L'im patiente Renom m ée Ne pouvant cacher fes transports Vint m'entretenir fur ces bords De l'objet qui l'avoit charmée.

O Dieux , que fès o'ifcours accrurent mes defirs !

Que je fèntis dès-lors de joie & de plaifirs

A vous ouir nommer fi charmante 8c fi belle!

Sa voix feule arrêta la couriè de mes eaux ; Les Zefirs en foule autour d'elle

CefTérent pour l'ouir d'agiter mes roieaux.

Tout l'Or dont fè vante le Tage Tout ce que j'Inde fiiF»~fès bords Vit jamais briller' de trefbrs Sembloit être fur mon rivage.

Qu'étoit-ce toutefois de ce grand appareil ! Des qu'on jettoit les yeux fur l'éclat nompareîl Dont vos feules beautez, vous avoient entourée?

Je fais bien que Junon parut moins belle aux Dieux, Et moins digne d'être adorée , Lors qu'en nouvelle Reine elle entra dans les Cieux.

Régnez, donc , Princeflè adorable, Sans jamais quitcr le fèjour De ce beau rivage où l'amour Vous doit être ii favorable.

Si l'on en croit ce Dieu, vous y devez cueillir

Des

xx ODE.

Des rofes que la main gardera de vieillir, Et qui d'aucun hyver ne craindront l'info-

lence , Tandis qu'un nouveau Mars ibrti de votre ièin Ira couronner fà vaillance De la Palme qui croît aux rives du Jourdain.

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