‹ Œuvres de RacineChapitre 34 sur 197 · TAXILE, CL EOF ILE · texte numérisé non relu

TAXILE, CL EOF ILE

Uoi! vous allez, combattre un Roi dont la puiflànce Semble forcer le Ciel à prendre là

déreniè > Sous qui toute l'Aile a vu tomber fes Rois , Et qui tient la Fortune attachée à lès Lois ? Mon Frère , ouvrez les yeux pour connoître Alexandre , Voyez de toutes parts les Thrônes mis en cendre, Les peuples afièrvis , 2c les Rois enchaînez ,

D 4 Eê

8o ALEXANDRE.

Et prévenez les maux qui les ont entraînez.

Voulez-vous que frappé d'une crainte fi bafîè , Je prefènte la tête au joug qui nous menafîè , Et que j'entende dire aux Peuples Indiens , Que j'ai forgé moi-même £c leurs fers Se les

miens ?

Quitterai-je Porus , trahir ai-je ces Princes , Que raflèmble le foin d'affranchir nos Provinces, Et qui fans balancer fur un il noble choix , Sauront également vivre ou mourir en Rois ? En voyez-vous un fèul , qui fans rien entreprendre, Se laifîê terraiïèr au fèul nom d'Alexandre , Et le croyant déjà Maître de l'Univers , Aille efclave emprefle lui demander des fers ? Loin de s'épouvanter à l'afpecT: de fà gloire , Ils l'attaqueront même au fèin de la Victoire. Et vous voulez , ma Sœur , que Taxile aujourd'hui, Tout prêt à le combattre , implore fbn appui ?

Auffi n'efl-ce qu'à vous que ce Prince s'adreûe, Pour vôtre amitié feule Alexandre s'empreffè : Quand la foudre s'allume & s'apprête à partir, Il s'efforce en fècret de vous en garantir.

T a x I L E. Pourquoi fùis-je le fèul que fbn courroux ménage? De tous ceux que l'Hydafpe oppofè à fbn courage , Ai-je mérité fèul fbn indigne pitié?

Ne peut-il à Porus offrir fbn amitié ? Ah ! fans doute il lui croit l'ame trop genereufè Pour écouter jamais une offre fi honteufè • Il cherche une vertu qui lui refifte moins , Et peut-être il me croît plus digne de fès foins.

Dites , fans I'accufèr de chercher un Efclave,

Que

TRAGEDIE. Si

^ue de lès Ennemis il vous croit le plus brave , ït qu'en vous arrachant les armes de la main , 1 le promet du relie un triomphe certain. -on choix à vôtre nom n'imprime point de taches, ion amitié n'eft. point le partage des lâches ; ^uoi qu'il brûle de voir tout l'Univers fournis , )n ne voit point d'efclave au rang de lès Amis. Ui ! fi Ion amitié peut fouiller vôtre gloire , ^ue ne m'épargniez-vous une tache il noire? fous connoiiïèz les foins qu'il me rend tous k$

jours , 1 ne tenoit qu'à vous d'en arrêter le cours, /bus me voyez ici Maîtrefîè de fon ame , Tent meflàges fècrets m'afTurent de là flâme. 'our venir julqu'à moi lès foûpirs embralèz ;e font jour à travers des deux Camps oppofèz. Vu lieu de le haïr, au lieu de m'y contraindre, )e mon trop de rigueur je vous ai vu vous plaindre, /ous m'avez engagée à foufirir fon Amour , it peut-être, mon Frère, à l'aimer à mon tour.

/ous pouvez , làns rougir du pouvoir de vos charmes, 7orcer ce grand Guerrier à vous rendre les armes , it làns que vôtre cœur doive s'en alarmer , -e Vainqueur de l'Euphrate a pu vous deiàrmer. Wais l'Etat aujourd'hui liiivra ma deilinée, fe tiens avec mon fort là fortune enchaînée , ît quoique vos confeils tâchent de me fléchir, fe dois demeurer libre afin de l'affranchir. Je lài l'inquiétude où ce deflèin vous livre ; Mais comme vous, ma Sœur, j'ai mon amour à

fuivre.

Les beaux yeux d'Axiane, ennemis de la Paix,

D f Con-

fci ALZXAND&Z

Contre vôtre Alexandre arment tous leurs attraits Reine de tous les cœurs , Elle met tout en armes Pour cette liberté que détruifent lès charmes ; Elle rougit des fers qu'on apporte en ces lieux , Et n'y iàuroit fouffrir de Tyrans que fès yeux. Il faut fèrvir , ma Sœur , ion illuftre colère. Il faut aller. . .

Hé bien , perdez-vous pour lui plaire ; De ces Tyrans fi chers fuivez l'Arrêt fatal, Servez-les , ou plutôt fèrvez vôtre Rival. De vos propres lauriers fbuftrez qu'on le couronne, Combattez pour Porus , Axiane l'ordonne.

Et par de beaux exploits , appuiant fà rigueur , Aflurez à Porus l'empire de fon cœur.

Ah ! ma Sœur , croyez- vous que Porus. . ".

Mais vous - même* Doutez-vous en effet qu'Axiane ne l'aime ? Quoi , ne voyez-vous pas avec quelle chaleur , L'mgrate à vos yeux même étale fa valeur? Quelque brave qu'on ibit , fi nous la voulons croire Ce n'eft qu'autour de lui que vole la Victoire > Vous formeriez fans lui d'inutiles deflèins, La liberté de l'Inde eft toute entre fès mains. Sans lui déjà nos murs fèroient réduits en cendre,^ Lui fèul peut arrêter les progrès d'Alexandre: Elle fè fait un Dieu de ce Prince charmant, Et vous doutez encor qu'elle en fafîè un Amant ?

Je tâchois d'en douter , cruelle Cleofile. Helas ! dans fbn erreur affermirez Taxile. Pourquoi lui peignez -vous cet objet odieux ?

Aidez-

Aidez-le bien plutôt à démentir fès yeux. Dites lui qu'Axianc eft une beauté fiere , Telle à tous les Mortels qu'elle eft à vôtre Frère. Flattez de quelque efpoir. . . .

Efperez , j'y confèns :

Mais n'efperez plus rien de vos foins impuiflàns. Pourquoi dans les combats chercher une conquête , Qu'à vous livrer lui-même Alexandre s'apprête? Ce n'eft pas contre lui qu'il la faut difputer , Porus eft l'Ennemi qui prétend vous l'ôter. Pour ne vanter que lui , l'injufte Renommée Semble oublier les noms du refte de l'Armée: Quoi qu'on faflè , lui feul en ravit tout l'éclat , Et comme fès Sujets il vous mené au combat. Ah î fi ce nom vous plaît , fi vous cherchez à

l'être , Les Grecs & les Perfàns vous enfeignent un Maître Vous trouverez cent Rois compagnons de vos

fers, Porus y viendra même avec tout l'Univers. Mais Alexandre enfin ne vous tend point de chaînes, Il laiflè à vôtre front ces marques jfouveraines , Qu'un orgueilleux Rival ofè ici dédaigner. Porus vous fait fèrvir , il vous fera régner. Au lieu que de Porus vous êtes la Victime, Vous ferez.. . . . Mais voici ce Rival magnanime.

Ah ! ma Sœur , je me trouble ; 6c mon cœur allarmé En voyant mon Rival, me dit qu'il eft aime.

Le temps vous preilè. Adieu. C'eft à vous de vous

rendre L'Efclave de Porus, ou l'Ami d'Alexandre.

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