PORUS, T'A X I L E
SEigneur , ou je me trompe, ou nos fiers Ennemis Feront moins de progrès qu'ils ne s'étoient promis.
Nos Chefs & nos Soldats brûlans d'impatience , Font lire fur leur front une mâle afïurance; ils s'animent l'un l'autre , £c nos moindres Guerriers Se promettent déjà des moinons de Lauriers. ]'ai vu de rang en rang cette ardeur répandue, Par des cris généreux éclater à ma vue: Ils fè plaignent , qu'au lieu d'éprouver leur grand
cœur, L'oifiveté d'un Camp coniùme leur vigueur. Laifïerons-nous languir tant d'illufrres courages ? Nôtre Ennemi , Seigneur , cherche fès avantages» li fè fent foible encore , Se pour nous retenir Ephefrion demande à nous entretenir.
Et par de vains dilcours. . . .
Seigneur , il faut l'entendre , Nous ignorons encor ce que veut Alexandre. Peut-être eft-ce la Paix qu'il nous veut présenter.
La Paix ! Ah de fà main pourriez-vous l'accepter ? Hé quoi ? nous l'aurons vu par tant d'horribles
guerres Troubler le calme heureux dont jouïflbient nos
terres , Et le fer à la main entrer dans nos Etats ,
Pour
Pour attaquer des Rois qui ne l'orTenfoient pas ? Nous l'aurons vu piller des Provinces entières , Du iàng de nos Sujets faire enfler nos Rivières , Et quand le Ciel s'apprête à nous l'abandonner, J'attendrai qu'un Tyran daigne nous pardonner ?
Ne dites point, Seigneur, que le Ciel l'abandonne.
D'un foin toujours égal fà faveur l'environne: Un Roi qui fait trembler tant d'Etats fous iès
lois , N'eft pas un Ennemi que méprifènt les Rois.
Loin de le méprifor , j'admire fon courage , Je rens à & valeur un légitime hommage. Mais je veux à mon tour mériter les tributs Que je me fens forcé de rendre à fes Vertus. Oui , je confèns qu'au Ciel on élevé Alexandre ; Mais fi je puis , Seigneur , je l'en ferai defeendre , Et j'irai l'attaquer jufques fur les Autels Que lui dreflè en tremblant le refte des mortels. C'efl ainlî qu'Alexandre eftima tous ces Princes , Dont fà valeur pourtant a conquis les Provinces. Si fon cœur dans l'Aile eût montré quelque effroi , Darius en mourant l'auroit-il vu fon Roi ?
Seigneur , fi Darius avoit fû & connaître , Il regneroit encore où règne un autre Maître. Cependant cet orgueil qui caufà fon trépas , Avoit un fondement que vos mépris n'ont pas. La valeur d'Alexandre à peine étoit connue, Ce foudre étoit encore enfermé dans la nue. Dans un calme profond Darius endormi Ignoroit jusqu'au nom d'un il foible Ennemi. Il le connut bien-tôt , 8c fon ame étonnée De tout ce grand pouvoir fo vit abandonnée >