‹ Œuvres de RacineChapitre 39 sur 197 · P O R US · texte numérisé non relu

P O R US

Je croyois, quand l'Hydafpe afîèmblant fès Provinces Au fecours de fes bords fit voler tous fès Princes , Qu'il n'avoit avec moi , dans des deilèins li grands Engagé que des P^ois ennemis des Tyrans. Mais puiiqu'un Roi flattant la main qui nous menace, Parmi fès Alliez brigue une indigne place, C'eft à moi de répondre aux vœux de mon Pais , Et de parler pour ceux que Taxile a trahis. Que vient chercher ici le Roi qui vous envoyé ? Quel eff. ce grand fècours que ion bras nous ot-

troye?

De quel front ofè-t-il prendre fous fon appui Des Peuples qui n'ont point d'autre Ennemi que

lui?

Avant que fi fureur ravageât tout le Monde , L'Inde le repofbit dans une Paix profonde ; Et fi. quelques voifins en troubloient les douceurs , Il portoit dans fbn fein d'aflèz bons défenfèurs. Pourquoi nous attaquer ? Par quelle barbarie A-t-on de vôtre Maître excité la furie ? Vit-on jamais chez lui nos Peuples en courroux Defoler un Pais inconnu parmi nous ?

Faut-il que tant d'Etats , de deferts , de rivières , E 2 Soient

loo ALEXANDRE.

Soient entre nous 6c lui d'impuiïîàntes barrières ? Et ne iàuroit-on vivre au bout de l'Univers , Sans connoître fon nom, 6c le poids de Tes fers? Quelle étrange valeur , qui ne cherchant qu';

nuire, Embraze tout, iï-tôt qu'elle commence à luire! Qui n'a que ion orgueil pour règle 6c pour raifon Qui veut que l'Univers ne fbit qu'une Priibnj Et que Maître abibiu de tous tant que nous îbm-

mes, Ses Efclaves en nombre égalent tous les hommes i Plus d'Etats, plus de Rois. Ses iàcrileges mains Deïîbus un même joug rangent tous les humains Dans ion avide orgueil je iài qu'il nous dévore. De tant de Souverains nous ièuls regnons encore. Mais que dis-je nous ièuls ? Il ne relie que moi , Où l'on découvre encor les vertiges d'un Roi. Mais c'eft pour mon courage une illuftre matière Je voi d'un œil content trembler la Terre entière .Afin que par moi ièul les Mortels iecourus , S'ils ibnt libres, le ibient de la main de Porus, Et qu'on diiè par tout dans une paix profonde j Alexandre vainqueur eût dompté tout le monde : Mais un Roi. l'attendoit au bout de l'Univers , Tar qui le Monde entier a vu brifer [es fers.

Ephestion.

Vôtre projet du moins nous marque un granc

courage.

Mais , Seigneur , c'eft bien tard s'oppoièr à l'orage Si le Monde panchant n'a plus que cet appui, Je le plains , 6c vous plains vous-même autant

que lui. #

Je ne vous retiens point Marchez contre mon

Maître , Je voudrois feulement qu'on vous l'eût fait connaître,

T R A G £ D I % ior

Et que la Renommée eût voulu par pitié

De lès Exploits au moins vous conter la moitié.

Vous verriez ....

Que verrois-je? Et que pourrois-je apprendre. Qu i m'abaiûe fi fort au delîous d'Alexandre? Seroit-ce iàns efforts les Per&ns iubjuguez , Et vos bras tant de fois de meurtres fatiguez ï Quelle gloire en effet d'accabler la fbibleiîè D'un Roi déjà vaincu par fà propre mollefiè, D'un peuple iàns vigueur 8c prefque inanimé , Qui geminoit fous l'or dont il étoit armé, Et qui tombant en foule , au lieu de fè défendre, N'oppofbit que des morts au grand cœur d'Alexandre ?

Les autres éblouis de fès moindres exploits Sont venus à genoux lui demander des loix; Et leur crainte écoutant je ne fài quels Oracles , Ils n'ont pas crû qu'un Dieu pût trouver desoblca-

clés.

Mais nous , qui d'un autre œil jugeons des Con-

querans , Nous fàvons que les Dieux ne font pas des Tyrans :

Et de quelque façon qu'un Efclave le nomme, Le Fils de Jupiter pafîè ici pour un homme. Nous n'allons point de fleurs parfumer fbn che=-

min, Il nous trouve par tout les armes à la main. Il voit à chaque pas arrêter fès conquêtes. "Un feul Rocher ici lui coûte plus de têtes , Plus de foins , plus d'aûauts , 6c prefque plus de

temps Que n'en coûte à ion bras l'Empire des Perfàns. Ennemis du repos qui perdit ces Infâmes,

Page 1